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LE DESSIN DÉFINITIF

Notre époque semble avoir atteint un sommet d’évolution, avoir fermé la boucle, ou avoir rejoint les deux extrémités d’une ligne courbe. Au début, les ouvriers préhistoriques gravèrent des contours. Puis, il y eut quelques recherches de relief et de coloration. Le barbarisme de la décadence alla jusqu’à la recherche de l’illusion d’optique. Aujourd’hui, la dernière génération sent la valeur incontestable du dessin pur. Elle est revenue à l’expression par le trait. Lorsqu’elle utilise la couleur, ce n’est plus absolument en quelque intention puérile. A cause des exceptions, ceci semblera paradoxal, mais le lecteur attentif retrouve ce symptôme dans l’œuvre de nos meilleurs peintres modernes. Le dessin est d’ailleurs la partie vivante de l’art, immuable et éternelle; la couleur, certainement merveilleuse, est néanmoins d’essence périssable, transitoire, elle est moins que la matière de ce dont le dessin est l’esprit.

Ceux que j’appelle, à défaut d’autre terme plus explicite, les dessins définitifs , sont ceux dont toute spéculation est absente, dont le but réside en leur propre réalisation. Ce genre n’apparaît qu’au commen-

Gravure sur bois italienne (1500). — Savonarole dans sa cellule.

cernent de la renaissance, il est le produit d’une culture raffinée, d’une affection très moderne. Etant abstrait, il intéressera seulement les esprits accoutumés aux complexités, tandis que le dessin d’étude est assez accessible. Les dessins définitifs de Dürer sont principalement estimés comme effigies, et Clouet apparaît compréhensible parce qu’il s’éloigne du dessin pur.

Sur papier, sur vélin, sur ivoire, sur ardoise, sur bois, il est entrepris selon une idée préconçue. Le dessinateur a, également selon un but prémédité, choisi l’outil : le crayon, le pinceau, la pointe, le fusain, formeront eux-mêmes et à eux seuls l’œuvre d’art matérielle. L’artiste a aussi adopté un procédé concordant avec ses souhaits. Enfin, il a établi une échelle de conventions ; car, l’expression méditée sera complète en même temps que sera terminé le travail du crayon.

Quelques-uns n’utilisent que le trait profilant les formes. D’autres ombrent le dessin de différentes manières afin de simuler les volumes. Enfin, outrepassant le sens véritable du dessin, plusieurs traduisent les valeurs de colorations par des valeurs grises. (Nous nous arrêtons, à la page 112, aux résultats de ces procédés).

Ce dernier genre, dont je viens de citer trois espèces, représente le dessin sous sa forme en quelque sorte scientifique. L’analyse grave y est intimement mêlée à ce que peut la sensibilité. L’intelligence lucide et l’âme de l’artiste se liguent. Un des deux termes ne peut rien réaliser.

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