INTRODUCTION
rature
Dante est un ami pour quiconque a su goûter les beautés de ce grand esprit. Le chrétien surtout, et c'est à ce point de vue que je voudrais me placer en écrivant cette étude, le chrétien trouve dans la lecture de la Divine Comédie non seulement la plus vive jouissance intellectuelle, mais encore une source inépuisable d'arguments en réponse soit à ces croyants utilitaires pour lesquels la poésie chrétienne n'est qu'un vain mot, soit à ces lettrés incroyants qui ne mettent aucun scrupule à s^approprier nos écrivains, s'imaginant que le goût littéraire suffit pour apprécier les œuvres du sentiment religieux.
Eug. DE Margerib.
Dante a eu le sort de tous les grands hommes : il a . été diversement jugé et presque toujours avec passion. Aussi, quand on prend la peine de lire les diverses appréciations dont il a été Tobjet, on se heurte à d étranges méprises, à de déplorables malentendus qu'on ne peut s'çxpliquer que par une antipathie préconçue contre le cathoUcisme et ses plus pures gloires.
En Angleterre, par exemple, en Allemagne, en
France et même en Italie, on est allé jusqu'à faire de Dante un hérésiarque, un patarin, un cathare, un sociaHste, un franc-maçon, un précurseur de Luther et de Voltaire.
De pareilles assertions, acceptées avec faveur et sans contrôle par certains esprits prévenus, nous ont vivement ému, et au nom de la vraie science, au nom de l'impartiale histoire, nous avons entrepris ce modeste travail pour venger la mémoire du plus grand poète catholique et révéler à la jeunesse de nos jours tout ce qu il y a de beau, de vrai et de profondément chrétien dans la Divine Comédie^ principal ouvrage de Dante, dont nous croyons avoir saisi le majestueux ensemble, la pensée intime et la haute portée ^*\
(1) Pour se conformer aux habitudes littéraires do son époque, Dante a intitulé son œuvre Comédie^ parce qu'il l'avait écrite dans' un style simple et lui avait donné un dénoùment heureux. C'est en 1472, à Foligno, dans les Etats de l'Eglise, que parut la première édition du poème de Dante; elle portait ce simple titre ; la Commedia di Dante Alighieri di Fiorenza. En 1512, il parut à Venise une édition intitulée : Opéra del divino poeta Dante. Enfin, ce n'est qu'en 1516 que la vingt-neuvième édition, publiée par Bernardo Stagnino, avec les commentaires de Landino, fut livrée au public, avec ce titre si mérité : la Divina Commedia. L'admiration et l'usage ont consacré ce titre, et il est resté gravé au fronton de l'épopée catholique comme son expression la plus juste et la mieux méritée.