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même incertitude quant aux chiffres précis de la morbidité et de la mortalité de notre armée tunisienne. Cependant, d’après ce que nous avons pu voir, on peut, sans être taxé d’exagération, doubler pour le moins les chiffres que l’on trouve dans le rapport de M. Baudoin, en tenant surtout compte des statistiques des ambulances de Ghardimahou, Aïn Draham, du Kef, de la Goulette et de la Manouba.
Quoi qu’il en soit, en ne faisant attention qu'aux chiffres du rapport en question, on voit qu’il y a eu ! mort sur 7,5 atteints, soit 14 0/0 environ des cas produits. Cest à peu près la proportion de la mortalité par fièvre typhoïde dans les hôpitaux civils . Comme le laisse entendre M. Baudoin, ce chiffre est au-dessous de la vérité. En temps normal, la mortalité dans les hôpitaux du midi de la France sur les soldats atteints par la fièvre typhoïde estde 20 à 25 pour cent. Il n’estpas possible que cette proportion soit moins élevée en campagne, où les malades ne reçoivent pas de soins immédiats. Il n’y a qu'une seule explication à donner à cet égard, c’est que les villes de la province de Constantine n’ont reçu que les hommes relativement peu gravement atteints, puisqu'ils ont pu supporter le voyage long et périlleux qu’il fallait faire à dos de mulets pour atteindre leurs lits dans les hôpitaux.
Les cas graves dès le début, et ils ont dominé,
1. Cependant dans la dernière épidémie à Paris (novembre et décembre 1882), la mortalité n'aurait pas dépassé 15 °/..
route
comme on le verra tout à l’heure à propos des faits observés au Kef, étaient maintenus à l’ambulance; le plus souvent, les malades y succombaient. Ainsi au Kef, sur 106 cas de fièvre typhoïde confirmés, nous avons eu 65 décès, soit 1 décès sur 1,6 atteints soit 61,3 pour cent. Je tenais immédiatement à faire ressortir les différences entre la gravité indiquée officiellement, il faut le reconnaitre, d’ailleurs avec toutes les réserves voulues, et celle signalée comme plus considérable par tous les témoins qui ont vécu au milieu des événements. On pourra du reste contrôler cette assertion par la lecture des faits qui ont été observés à ce sujet à l’'ambulance du Kef, et dont nous allons maintenant nous occuper.
B. DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE PENDANT LES PREMIERS MOIS DE L'OCCUPATION DU KEF
1° Formation de la garnison du Kef; provenance des corps de troupes qui la composent.
Ici, nous serons plus précis. Le champ de notre observation est évidemment plus restreint. Ne changeant plus chaque jour de campement comme nous le faisions lorsque nous étions attachés à la brigade du général Gaume, il nous a été plus facile desuivre, avec plus desoin, l’état sanitaire des nouveaux corps de troupes qui, moins heureux que les autres régiments retournés en France, ont eu la pénible mission d'occuper et de défendre la position stratégique du Kef. Pour nous, notre rôle a été de continuer nos
services à l’ambulance-hôpital que l'on venait de créer dans cette place. Elle fut constituée le 25 juin. Elle devait satisfaire au besoin des portions de corps arrivés au Kef du 24 au 30 du même mois et dont voiei l’'énumération : |
Un bataillon du 83° de ligne (Toulouse); un bataillon du 122° de ligne (Montpellier); un escadron du 13° chasseurs à cheval (Lunéville); plus des sections lartillerie et de génie, ete. On le voit, la garnison avait été formée avec les débris de la brigade du général Brême, si fortement éprouvée par la fièvre typhoïde. C’est une nouvelle désignation défectueuse, malgré l'avertissement que le départ de Perpignan du 142° de ligne avait dû laisser dans l'esprit de chacun.
Voici maintenant l’itinéraire pour chacun de ces corps depuis leur départ de France :
Le 13° chasseurs est parti de Lunéville le 12 avril; il embarque à Marseille, débarque à Bône, stationne successivement à Ghardimahou, à Béjà, et arrive le 24 au Kef.
Le 83° de ligne est parti de Toulouse vers le 10 avril, il embarque le 11 à Toulon sur le transport la Sarthe et est attaché à la brigadeLogerot, qui, partie de Souk-Ahrras et de Sidi-Youssef, s'empara du Kef. À trois compagnies est confiée la défense de cette place, le reste suit le général jusqu’à Béja, mais revient au Kef le 24 juin. Cest cette deuxième portion, un moment en contact avec le 142 qui surtout a été le plus éprouvée.
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Le 122° était parti de Montpellier le 13 avril et s'était embarqué à Marseille. Il a fait partie de la brigade du général de Brême. I arriva à Ghardimahou dans les premiers jours de mai en même temps que le 142° avec lequel il reste en contact jusqu’au moment où il est envoyé au Kef, fin juin. Il avait évacué à Ghardimahou un grand nombre de cas de fièvre typhoide.
20 Développement et marche de la fiévre typhoïde sur la garnison du Kef.
En résumé, tous les bataillons qui arrivent au Kef doivent être en puissance du miasme typhoide, du fait d’un long séjour à Souk-Ahrras, à Ghardimahou et d’un voisinage immédiat avec le 142° que nous avons appris à considérer comme un foyer permanent de ce génie morbide dès le début de la campagne. Aussi ces corps de troupes étant en Tunisie depuis la même époque, ayant été soumis aux mêmes conditions hygiéniques ou à des influences morbigènes identiques, 1l n’est pas extraordinaire qu'immédiatement après leur arrivée dans leur nouveau campement, ils ne présentent tous 1e même état pathologique.
En effet, comme on aurait dû le prévoir au moment de la désignation des corps qui devaient rester en Tunisie, aussitôt la garnison du Kef constituée la fièvre typhoide se déclare et revêt du jour au lendemain le caractère épidémique. Évidemment les premiers malades étaient déjà dans la période d’in-
fection avant d'arriver au Kef, si l’on admet, avec la majorité des observations, que cette maladie fébrile ne se manifeste qu'au bout d’un mois d’incubation. Le 1° juillet, c’est-à-dire cinq jours après sa constitution, ambulance du Kef comptait 25 malades se décomposant ainsi : |
Tableau No 1.
Fièvre typhoïde confirmée. . . . .. 6
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Pendant le mois de juillet, les cas se multiplièrent et l'épidémie atteignit son maximum d'intensité et comme nombre de malades et comme gravité, ainsi
qu'on peut s’en convaincre par les deux tableaux suivants :
Tableau N° 2.
Mouvements des malades de juillet 1881 à janvier 1882.