Mode de genèse du miasme de la fièvre typhoide
Qu’en dernière analyse, les symptômes morbides qu’on observe chez les typhoïdés soient, pour certains auteurs, le fait de lésions occasionnées par un air altéré, par un microbe‘, il n’est pas douteux pour personne que la fièvre typhoïde ne soit le résultat de germes qui se multiplient dans certaines circonstances de sol et d’atmosphère.
D'un autre côté, pour tous les observateurs (nous nous en tiendrons prudemment à cette source d’information), le génie typhogène n’agit pas par contagion, mais bien par infection. On admet qu’il faille séjourner un certain temps auprès du foyer d’où se dégagent ces germes pour pouvoir être atteint par eux. Or ces germes semblent principalement résider dans les matières fécales des malades, et on suppose, avec quelque raison, qu’ils ont besoin de subir pendant plus ou moins de temps, une sorte d'élaboration pour acquérir toute leur puissance morbigène.
Cette théorie de la genèse du miasme de la fièvre typhoïde faitrepousser nécessairement touteinfluence
1. Travaux d’Eberth, de Brautlecht dans la Revue mensuelle de mé-
decinc, novembre 1881. -- Travaux de Klebs et de Letzerich, dans la Revue mensuelle de médecine, décembre 1881.
rade
exclusive de l’encombrement ‘. Malheureusement, c’est l’idée de cette action de l'encombrement qui domine encore dans les hautes sphères, et qui a fait douter en Tunisie que nos troupes puissent propager la fièvre typhoïde en rase campagne. Cependant, quoi de plus encombré que certains ateliers, que certaines fabriques, que les cités ouvrières, où cependant la fièvre typhoïde est rarement observée à moins qu’un habitant de la campagne ne vienne y séjourner ? Quoi de plus encombré, de plus ramassé sur un petit espace que nos villes du Midi? Or la population civile, indigène de ces villes, n’est jamais atteinte par la fièvre qui décime les recrues venant à peine d’arriver dans les casernes situées au milieu d'elles.
Dans un autre ordre d’idées, un foyer pestilentiel, un égout mal entretenu, des fosses d’aisances, des amas de matières fécales autour d’un camp peuvent. dégager des miasmes chimiques, pour ainsi dire, tout au plus capables d’engendrer la dyssenterie comme les odeurs de l’amphithéâtre occasionnent la diarrhée. Mais ils ne donneront pas lieu à des épidémies de fièvre typhoïde à moins que, comme en Tunisie, des selles de malades de cette catégorie n’y aient déposé des germes qui vont pulluler à plaisir.
Si cette opinion des foyers pestilentiels était fondée, qui mieux engendrerait la fièvre typhoïde que la fosse
41. Voir discussion de l’Académie de médecine sur causes de l’épidémie, 24 octobre 1882. — Discours de M. Rochard sur l'influence de l'encombrement,
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à purin placée au pied des maisons de nos paysans du nord ? Or, l’étude des petites épidémies de localités démontre que des villages avec de pareilles conditions d'hygiène sont restés 10, 20, 80, 40 ans sans un seul cas de cette maladie, jusqu’au jour où un soldat est venu dans son pays déjà en proie à cette affection et par suite a créé sur place un foyer morbide de ce genre. De la maison du malade, la fièvre tyyhoïde rayonne dans tout le village et la majeure partie de la population, quel que soit l’âge, a été touchée. Tout récemment les communes qui sont groupées autour de Baccarat ‘ ont été contaminées de cette façon par arrivée d’un seul typhoïdé, alors qu'aucun cas de cette maladie n'avait été observé depuis 30 ans. Or, Pépidémie qui a sévi dans les camps de Souk-Ahrras et de Ghardimahou, peut être considérée comme une épidémie de localité dont les premiers cas ont été importés par le 142 de ligne.
La fièvre typhoïde se transmet donc par infection à l’aide de germes résidant dans les matières fécales d’un malade typhoïdé, lesquels germes paraissent se multiplier dans le sol et par suite sont susceptibles de déterminer facilement un foyer de dégagement de miasmes typhogènes.
Dès maintenant nous pouvons admettre que ces miasmes qui résultent d’un dégagement constant de germes feront d’autant plus de victimes qu’ils
4. Archives générales de médecine, 1880, 1er semestre, Mémoire de M. Alison sur l’Étiologie de la fièvre typhoïde dans les campagnes.