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Ceci montre bien, en outre, comme nous l’avons déjà indiqué ci-dessus, les modifications parfaites qui se sont brusquement produites de 1872 à 1874 dans les conditions pathologiques dela fièvre typhoïde sur l’armée. Quoi qu’ilen soit, ilreste bien acquis que les troupes envoyées en Tunisie, en dehors des causes provenant du casernement qu’elles quittaient, étaient sans l’imminence morbide du miasme thyphogène, en raison de leur âge. Elles étaient encore plus prédisposées à être atteintes par cette affection du fait de leur origine avant leur incorporation.
C) Influence du lieu d'origine avant l’incorporation. | |
Si l’on veut bien se rappeler que les soldats des régiments envoyés en Tunisie s'étaient recrutés dans les régions avoisinant nos villes du midi de la France, depuis Marseille Jusqu'à Bordeaux, on acquerra immédiatement cette notion que ces jeunes hommes venaient à peine de quitter les villages du massif du centre de la France, des Pyrénées et des Alpes. En général, c’étaient des villageois âgés de 21 ans, et de cinq mois seulement de service. On le sait, et Trousseau l’a soutenu avec la majorité des observateurs, que les gens des campagnes sont surtout aptes à contracter la fièvre typhoïde. Ils n’ont pas, comme les habitants des villes, pu acquérir l’immunité à la suite d’une existence de chaque jour dans le milieu épidémique, immunité si profonde, si évidente, sur-
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tout pour les natifs des villes où la fièvre typhoïde sévit le plus, comme Paris et Toulon ‘.
Non seulement leur organisme est vierge de cette influence morbigène par suite d’une existence passée loin de tout foyer de ce genre, mais encore parce que leurs ascendants n’ont jamais été touchés par ce poison. En effet, avant la loi de 1872, le paysan de ces régions n'avait qu’un souci, qu’un but pendant dix ou quinze ans, c'était de racheter son enfant du service militaire. Au moment dela conscription, il vendait son champ, si besoin était, pour satisfaire à ce désir, persuadé qu’en sept.ans de travail, le conscrit récupérerait aisément la dépense faite.
Une autre raison a encore son importance. Une grande partie de ces pays montagneux sont constitués par des terrains à roches imperméables, ce qui s’oppose à la formation de foyers infectieux, formation, d’ailleurs, rendue difficile par le fait des communications malaisées avec les grands centres.
Comme conséquence de ce qui précède, se recrutant dans les régions où ils sont casernés, recevant par suite toutes les années un grand nombre de jeunes hommes indemnes de toute influence morbide parce que le remplacement, le rachat sont supprimés depuis 1872 ; résidant en outre dans des villes
4. À Toulon il est excessivement rare d'observer un cas de fièvre typhoïde sur un habitant né et ayant vécu dans cette ville sans s’en éloigner pendant la première partie de son existence. Par contre, tout étranger jusqu'alors indemne, et qui vient séjourner à Toulon, est infailliblement atteint par cette maladie.
à conditions typhogènes aussi intenses que possible, nos régiments du midi de la France sont toujours au printemps, le théâtre d’épidémie de fièvre typhoïde. Aussi des corps de troupes étant désignés pour la Tunisie aux premières chaleurs, leurs effectifs devaient naturellement être sous l’influence de cette affection miasmatique. On pouvait s’attendre, par suite, à ce que, dans les premiers jours de leur arrivée sur les frontières tunisiennes, ils évacuassent sur les ambulances et les hôpitaux de la province de Constantine, un certain nombre de cas de fièvre typhoïde. Mais, on pouvait également à bon droit, supposer qu’une fois les premiers cas, résultat de l'infection contractée en France, se seraient produits, l'épidémie s’étendrait d'elle-même, les conditions étiologiques ordinairement accusées venant à faire défaut. Si cette heureuse hypothèse ne s’est pas vérifiée pour la brisade du général Brême, comme nous l’avons con-
taté pour les troupsede la colonne de gauche, cela. tient absolument à l’inaction des régiments qui composaient cette brigade, et à son séjour trop longtemps maintenu dans des campements où des foyers secondaires ont été créés et infectés par les premiers cas produits, surtout par le 142 de ligne.
Comment se sont formés ces foyers ? Comment en rase campagne ont-ils pu avoir toute la puissance morbigène que l’on constate d’ordinaire dans les villes du Midi, c’est ce que nous allons essayer de mettre en relief aussitôt.
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4. Mode de formation des foyers typhoïdiques autour des campements.
Ainsi que nous le disions plus haut, la donnée étiologique, qui veut surtout attribuer la production des cas de fièvre typhoïde à l'encombrement, a beaucoup contribué à faire négliger l’étude de l'influence du sol, seul producteur, à notre sens, du miasme de cette maladie. Un observateur ‘ qui a vu ses travaux couronnés, mais qui nous touche de trop près pour que nous invoquions son autorité, a démontré combien l’influence de l'encombrement était minime par rapport à celle qui provient du sol. Certes, on ne saurait nier l’action délétère de l’atmosphère confinée des casernes sur l’organisme ?.
Évidemment, des hommes, venant de la campagne et dans un pareil milieu, verront l’ensemble de leurs fonctions plus ou moins altéré, et par cela: même, seront placés dans des conditions de résistance moindre à toute action morbigène. Mais cette atmosphère plus ou moins impure est incapable de créer, de toute pièce, la fièvre typhoïde ; c’est le varioleux qui donnera lieu à une variole chez son
4. Dr AzBerr GALror. Mémoire sur les épidémies de fiévre typhoïide au 4° de marine à Toulon, 1880.
2. Dans son discours à l’Académie, M. Rochard, tout en incriminant les logements insalubres et encombrés de la population ouvrière logeant dans les cités ou garnis, s’'empresse également d'ajouter que les victimes sont les nouveaux venus dans la capitale: Italiens et Limousins. — Voir également sur ce point de vue le tableau de Pimmigration parisienne dans le mémoire de M. Vallin.
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voisin. C’est celui qui à été atteint du typhus qui sera cause d’un nouveau foyer de ce genre. Même pour cette dernière affection, on ne saurait admettre qu’elle puisse se créer de toutes pièces par l’encombrement et le miasme. L'absence de typhus pendant le siège de Paris et de Metz en est bien une preuve manifeste.
Il en est de même pour la fièvre typhoïde.
Aucune fosse daisance, aucun égoût collecteur ne donnera lieu à des cas de fièvres typhoïdes si un malade, préalablement, n’est venu par ses selles y déposer un germe de cette affection. Les relations des épidémies de localité l’ont démontré suffisamment depuis quelque temps; ce qui s’est passé en Tunisie est venu en fournir une preuve non moins éclatante.
Nous admettons donc que l’on sera infecté par la
fièvre typhoiïde lorsque l’on sera obligé de vivre non loin d’un foyer où s’élaborent ces germes. On peut discuter encore sur les voies d’introduction dans lorganisme. Est-ce par l’eau potable, en supposant avec Lebermeister et les médecins anglais que dans la saison sèche, les puits soient devenus des solutions concentrées de germes. Est-ce par l’atmosphère, en admettant avec Pettenkofer que, au moment dela saïson chaude, l’évaporation du terrain entraîne avec elle dans le milieu ambiant, une grande quantité de particules miasmatiques actives. Les deux hypothèses peuvent se réaliser. Mais en Algérie et en Tunisie, on doit donner à Pettenkofer la préférence.
Quoi qu’il en soit, il faut incriminer d’abord un
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mode d'infection du terrain avoisinant le camp, et ensuite montrer comment l’atmosphère a joué son rôle dans l’empoisonnement ultérieur de l’organisme de nos soldats.
Imdiquons en premier lieu la formation des foyers.
Quand un camp est formé, on creuse à quelque distance des fosses communes où tout soldat est tenu . d’aller à la selle. Chaque jour, on donne l’ordre de recouvrir de terre les couches de matières produites. Au bout d’un certain temps, ces fosses sont pleines, représentant plusieurs couches superposées de matières et de terre, alors on creuse une fosse nouvelle qui se remplit de même façon, et bientôt le camp est entouré d’un certain nombre de fosses fixes. En temps ordinaire, on a observé que les camps permanents pouvaient présenter des cas de dyssenterie par le fait de cette agglomération progressive de matières fécales autour d’eux.Maisen Tunisie, 1nefautpas perdre de vue que, dès les premiers jours de la constitution du camp, il y eut des hommes en puissance de fièvre typhoïde contractée dans la garnison de France, lesquels contaminèrent immédiatement les fosses fixes en question, qu’en terme militaire on appelle dunettes.
Ce que nous venons de décrire existait dans les campements de Souk-Ahrras, Ghardimahou, Aïn- Draham, etc. Au Kef il en fut de même. La majeure partie de la garnison campa en dehors des remparts; le reste plaça ses tentes près de la Casbah et le long
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des anciennes fortifications. Nécessairement, on dût dès le premier moment de l'installation remuer beaucoup de terre, pour établir des défenses temporaires, enlever une grande quantité d’immondices de tous genres, accumulées dans les rues ou près des murailles. Notons encore qu’à la fin de juin, au moment du fort de ces travaux, nous fümes assaillis par un véritable ouragan, accompagné d’une pluie très abondante, délayant profondément le terrain.
Il doit paraître évident qu’il existait bien autour des tentes de nos troupes des foyers multiples d’où devaient se dégager des miasmes typhoïdés, puisque des hommes atteints de cette fièvre avaient pu chaque jour les infecter. Mais en France, de pareilles conditions hygiéniques n’entraîneraient des effets nuisibles, que si la fossé à purin se trouvait immédiatement à côté de l’habitation. Il reste à indiquer pourquoi en Tunisie, le dégagement a été intense et très nuisible, bien qu’il se produisit à certaine distance de emplacement des tentes. C’est ici qu’il faut placer l’action des hydrométéores.
5. Influence des hydromeétéores sur le developpement de la fièvre typhoïde.
Tous les auteurs qui se sont occupés de la fièvre typhoïde ont noté que, sauf de rares exceptions, les épidémies de ce genre apparaissaient principalement au milieu de l'été et au commencement de l’automne. Il doit en être ainsi & priori puisque l’on admet généralement que cette maladie est de nature
infectieuse, miasmatique, que ses germes sortent du sol pour pénétrer dans l'organisme par la voie pulmonaire à l’aide de l'air atmosphérique.
Ceci étant admis, deux phénomènes semblent favoriser la présence des germes dans le milieu respiratoire.
1° Une certaine humidité ou une certaine porosité d’unterrain contaminé;
2° Une température cosmique isolée.
Et, en effet, 11 est à présumer qu’une évaporation plus où moins active entre pour beaucoup dans la diffusion du miasme typhogène. Cest évidemment dans le milieu de lété que ce phénomène physique se produit avec le plus d'intensité, et on peut ajouter que ce n’est qu'à ce moment qu'il peut entrainer avec lui un grand nombre de germes dans un espace de temps donné. Or pour les maladies par infection, il faut plutôt considérer la quantité que la + qualite qui ne saurait varier, deux germes étant présumés posséder la même puissance, qu’ils soient aëérobies où anaérobies.
En résumé une épidémie sera d’autant plus violente que la chaleur aura été plus intense, après de fortes pluies.
En ce cas l’évaporation étant plus grande, l’atmosphère renferme pour un temps déterminé une quantité plus considérable de particules miasmatiques. Or, c’est dans la région méditerranéenne, et surtout dans le nord de l'Afrique, pendant la saison sèche que ces divers facteurs ont leur maximum d’intensité.