SUR
LA FIÈVRE TYPHOIDE
ENPECODUICHELONN
Comme tous les médecins militaires, lorsque je faisais du service à l'hôpital du Gros-Cailiou, de 1878 à 1881, j'ai pu me convaincre que la fièvre typhoïde est l'affection qui cause le chiffre le plus élevé et de la morbidité et de la mortalité dans les régiments casernés à Paris : sur 366 décès survenus en 1880 à cet hôpital, 256, soit plus des deux tiers, ont été le fait de cette fièvre.
Pendant le temps de mon service militaire, j'ai entendu souvent mes chefs attribuer cette prédominance d’action du miasme typhoïde sur l’armée, depuis surtout le nouveau mode de recrutement, à deux ordres de causes : les unes paraissant prédisposantes, les autres au contraire déterminantes ou réellement efficientes dans l’invasion de l’organisme par ce génie morbide.
Les fatigues d’une nouvelle vie, les excès de toutes sortes que facilite le séjour d’une grande ville, les émotions morales, les passions dépressives, l’agglomération sur un espace restreint, la ventilation défectueuse des casernes, en un mot tout ce qui entraine la misère physiologique ou l’imminence morbide, telles sont les causes qui aident le miasme typhogène à ouvrir les portes de l’organisme du jeune soldat nouvellement venu dans les casernes de grands centres.
Quant à la cause déterminante efficiente de la maladie, chacun en général s’accordait à la considérer éomme due à la présence d’un miasme existant dans l’atmosphère, mais émanant selon toute probabilité d’un sol infecté de longue date par les selles des typhoïdés. En résumé, dans les grandes agglomérations comme Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, etc., la fièvre typhoïde est nécessairement endémique; dans les petites garnisons, elle n’apparaît qu'à longue date, épidémiquement, pour ainsi dire, et lors de la constitution d'un foyer morbigène par le fait de l’arrivée d’un homme en puissance de cette maladie.
Cest, muni de ces données étiologiques, acquises pendant mon stage à l'hôpital du Gros-Caillou, et par la lecture des travaux de Colin, Arnould, Griesenger, Villemain, Gueneau de Massy, Murchinson, etc., que je suis parti de Paris au commencement de mai 1881 pour rejoindre le corps expéditionnaire opérant contre les Kroumirs. Laïssant la