‹ Essai sur la flore populaire de Normandie et d'AngleterreChapitre 5 sur 5 · DE NORMANDIE ET D’ANGLETERRE · texte numérisé non relu

DE NORMANDIE ET D’ANGLETERRE

Par M. Ed. Ee 'Hcriclier.

Depuis l’impression de ce travail, l’appel que nous y faisions a été entendu, et nous consignons ici, avec reconnaissance , les renseignemens qui nous sont venus d’un grand nombre de points divers, de personnes amies ou considérables dans la science botanique : au premier rang de celles-ci nous mettons MM. de Brébisson et Le Normand.

Page ^ 2,' ligne 5, lisez: Pansij. Dans l’Avranchin la Reine des Prés s’appelle aussi Belle des Prés, en anglais Mead-Sweet , littéralement la grâce, le charme des prés.

P. 19, 1. 31 : C’est le Criocère qui habite le plus souvent sur les lis.

P. 23, 1. 13 : Jean- Baptiste Rousseau, comme nous l’a fait remarquer M. Edelestaiid du Méril.

P. 20, 1. 13 : M. Dubosc, Archi\dste de la Manche, m’a signalé encore le nom populaire d’une plante de'cette classe, la Flûte au Berger.

P. 28, 1. 4 : La plante que nous appelons Chancrette est, au centre de la France, la Chancréey d’après la Flore de Boreau et le Vocabulaire du Bernj (M. Jaubert). Parmi les noms vulgaires de plantes que m’a communiqués M. Dubosc, j’en remarque un qui a une forme certainement populaire : c’est celui d’une plante qui fait saliver sans doute, et que je ne connais pas, X Herbe à Vécopisse. Ce mot peut signifier encore une herbe où se trouve la bave écumeuse des insectes, par exemple l’Achillée.

P. 36,1. 2 : Ajoutez à Travellers Joy : ils l’appellent aussi le Berceau ou Tonnelle de la Vierge, Virgin’ s bower. Le nom Coquelourde dériverait plutôt de la coque de la corolle qui semble pesante et fait incliner la tige de l’Anémone. OEil de Perdrix a pour synonyme en anglais Bird’s eye, œil d’oiseau.

P. 37, 1. 5 : Les Anglais ont notre mot de Pas-de-Lion sous la forme de Padelion.

P. 38, 1. 6 : Une variante normande de Herbe à la Bosse est Contre-Bosse. Le nom le plus répandu de l’Ellébore dans l’Avranchin est V Herbe Enragie. (Note de M. Blin. ) A l’article Aconit on peut ajouter X Herbe de St-Crétojle, c’est XActæa spicata qui se trouve en Haute- Normandie, appelée Herbe de St-Christophe , et en pharmacie Christophoriana.

P. 39, 1. 15 : Cependant à l’appellation Chou d’eau on peut opposer celle de Rose d’eau que l’on emploie-, selon le Docteur Béchet, dans le canton de Ducey. Le Pione normand a pour équivalent en anglais Piony.Voy. Family Herbal, p. 266.

P. 40, 1. ^6 : M. de Brébisson nous apprend que dans TEure le Senevé s’appelle Senve, contraction du terme français. C’est aussi son nom en Picardie, d’après le Botaniste cultivateur, t. IV, p. 250. En anglais Charlock. En anglais populaire Sweet navew est le navet cultivé. —

L. : En Angleterre la Julienne est consacrée à la Vierge, c’est la Dames violet.

P. 41 , 1. 3 : M. Tetrel croit que le nom de Violier jaune dérive de son odeur de violette. — L. 15 : La Vouède dans'la Hague s’appelle Vaudre. — L. I l : Tout en donnant cette étymologie du Cresson alénois, nous avions soupçonné cependant que cette expression renfermait un nom de lieu. Cette hypothèse est confirmée par ce passage que nous avons trouvé récemment : il est de G. de Villeneuve, des Cris de Paris :

L’autre crie : Feves novelles !

.‘Vus et oingnons à longue alaiiie !

Puis après cresson de fontaine !

Vey-ci bon cresson orlenois !

— L, 14 : L’équivalent de Bourse à Pasteur est en anglais Shepperd' s pur se.

P. 42, 1. -16 : Le nom de Rose des Rochers, Rock rose, vient de ce que cette plante croît sur les coteaux secs et pierreux. V Herbe à jaunir est en anglais, au même point de vue, Dijer’s weed, l’Herbe au Teinturier.

P. 43, 1. 9 : Le Polygala ou la Plante-Oiseau, qui figure si bien un oiseau à la queue épanouie, aux ailes éployées, rappelle V Oiseau bleu couleur du temps, des traditions populaires. Son nom de Polygala est la traduction savante du nom populaire Herbe à lait, en anglais Milk ivort. — L. 26: L’anglais Corn-cockle, c’est-à-dire coque des blés , est le synonyme du normand Coquelourde.

M. Tetrel croit que le nom de Saint- Sacrement , appliqué

au Lychnis dioïque . vient de sa corolle découpée en • rayons comme un ostensoir.

P. 48, 1. 10 : Le nom de Triaque est une altération de Thériaque, comme le mot populaire anglais Treach, appliqué à plusieurs plantes médicinales, comme à la moutarde, Treacle mustard. . Famihj Herbcd.) — L. 14 : Les Anglais ont indiqué dan^ le nom qu’ils ont donné au sainfoin sa provenance et sa nature sucrée , French-honeysvcMe.

P. 47, 1. 7 : L’étymologie d’Epine-Vinette doit être remplacée par une autre qui est certaine : Vinette , en vieux français, et encore dans quelques provinces, signifie Oseille, et les feuilles de notre plante sont acides.

P. 49, 1. 8 : La Rose de Chien , en Angleterre Dog rose. Le nom anglais Maudlin et Maudleyne , l’Aigremoine , représente le nom de Madeleine , c’est VHerba Magdalenœ , par un rapport naturel entre cette sainte célèbre par ses pleurs et la propriété de la plante de guérir les yeux malades , les yeux pleureurs.

P. 50, 1. 30 : La Benoîte s’appelle aussi en Angleterre Avens y peut-être la fleur des Avents, parcequ’elle durerait jusqu’à celte époque.

P. 51 , 1. 4 : Ce Bramble est d’origine française : on appelle l’Airelle myrtille Brimbelle , Baisin des Bois et Teint -Vin. Ce dernier nom dérive de l’emploi le plus commun de l’Airelle de colorer le vin., Brimbelle est peutêtre la même chose que Brindille, diminutif de brin. — L. 5 : La Potentille anserine est en anglais le Cinquefoil, de sa jolie feuille à cinq divisions.

P. 53, 1. 23 : A Saint-Lo l’Ombilic se dit Tendrelle, de la tendreté de toutes ses parties.

P. 54, 1. 'l : Ce mot Currant représente Corinthe, ou raisin de Corinthe : la groseille est , comme le raisin , un fruit où la graine est dispersée dans une pulpe. — L. 29 :

Je ne doute pas que la dernière syllabe de Genotte ne soit le Notte, Nonotte (noix) usité en Normandie, et je suppose que la première représente Terre, et que Terre- Notte est devenu Gernotte. Je le crois d’autant plus qu’en Picardie ou l’appelle Ernotte, selon le Botaniste cultivateur, par Dumont-Gourset, t. IV, p. 227. On y dit aussi Jarnotte. (V. p. 234.) Du reste c’est^en français Terre-Noix, en anglais de même, Earth-nut. — L. 33 ; En anglais le Smyrnium est V Alexander’ s Maceron.

P. 55, 1. ^ : En anglais la Ciguë est Hemlock , qui, malgré le silence des étymologistes, doit signifier Hamjje touffue, c’est-à-dire Hemp, Hampe, d’où Hemp Chanvre, et Lock, touffe. C’est ainsi qu’on appelle l’Aigremoine, Hemp-Agrimomj. Ces trois plantes ont une tige droite et haute. Le Persil en anglais signifie littéralement Petite- Ache, Smallage. — L. 7 : L’Hydrocotyle , en anglais Penmj Wort, l’Herbe au gros sou.

P. 57, 1. 24 : Le Cardère est en anglais Teasel, littéralement, Tisseur.

P. 59, 1. 3 : La Camomille est en anglais Maij weed , Herbe de mai. — Comme les enfans se plaisent à se faire saigner en introduisant cette herbe dans leurs narines, les Anglais l’appellent Nose-bleed. Cette plante est aussi ponr eux la Maudlin, c’est-à-dire l’Herbe de Ste Madeleine; en normand Madeline. L’Achillée sternutatoire trouve son appellation dans l’anglais Sneeze wort. Le synonyme anglais de Milfoil est Yarrow, mot d’origine septentrionale sans doute, en anglo-saxon Gearewe, en hollandais Garwe.

— Guedelle signifiait en effet la Guède en vieux français.

— A part la Hanebane, nous n’avons plus en Normandie de noms de plantes complètement Scandinaves. Ainsi on ne trouve plus de traces du nom Scandinave de la Camomille puante : « Vous aiirez une idée de la beauté de la chevelure de Baldur, dit l’Edda en prose ou le second

Eclda, lorsque je vous dirai que la plus blanche de toutes les plantes est appelée le Sourcil de Baldur. » C’est V Anthémis coinla , encore appelée Baldursbra (brow) dans quelques parties de la Suède. (V. le Mallet, de l’Evêque Percy, p. 418.)

P. 60. 1. H : L’Armoise porte en anglais deux noms, dont l’un , Southern wood, ferait croire à son importation d’une contrée méridionale, dont l’autre, Old man, le vieil homme, doit renfermer quelque légende, ou au moins une propriété salutaire. On appelle encore l’Armoise absinthe, Werm-vood, c’est-à-dire Bois à vers.

P. 61, l.,^4 : La Raiponce en anglais se dit Rampion. — L. 6 : Sur les Marches de Bretagne l’Airelle myrtille s’appelle le Lucet, dérivé du latin Lucus. — Le Moret se dit Mauret en picard, et signifie dès-lors noir : le français dit encore cheval moreau. C’est l’étymologie de la Morelle, dont le fruit est noir. — L. 33 : M. de Brébisson nous a rappelé que le normand Conjière a pour correspondant en anglais Confrey. — L. 30 : M. F. Dortée, auteur d’un ouvrage intitulé Poésies, nous a indiqué, pour le Myosotis, un nom qui n’est pas peut-être suffisamment populaire, et qu’il a introduit dans la pièce, le Myosotis :

L’expression d'amour qu’ils conservent sans cesse,

O fleur, te fit nommer Y eux-de-V Enfant- Jésus. (P. t72.)

En continuant la citation nous trouvons le nom de cette jdante en langage symbolique :

Et les sensibles cœurs te prirent pour emblème ,

Du jour où tu leur semblas même Dire ces mots qui te sont dus :

Phis je vous vois , plus je vous aime.

P. 62. l. I : Le nom français Gremil, qui a sans doute été primitivement Grenil , puisque la graine est sa partie

la plus caractéristique de cette plante, a été imité par l’anglais Gromwell.

P. 63, 1. 14 : La graine de lin s’appelle en normand Linette. — - L. 4 : Dans la Hague on appelle la Digitale Nunu, qui se rapproche de Nanan. (V. ce mot.)

P. 64, 1. 4 ; A Genêts l’Orobanche s’appelle Rave, c’est la même idée en anglais : Broom râpe, rave, celle du genêt à balais; c’est la plus remarquable, \Orobanche majoi . — L. -12 : Le Moriochemin se rattache à un mot du vieux français. Le Glossaire de la langue romane, de Roquefort, donne Maroche (littéralement male-arroche, mauvaise arroche), Marruhium. — L. 25 : Ce'^mot de Balm sert à faire comprendre l’anglais ISep, le Pouliot, abréviation de JSepenthès, la plante homérique, qui en anglais signifie Panacée.

P. 65, 1. 7 : La Brunelle, qui, malgré les étymologies allemandes et la forme Prunella, que lui a donnée Linné, dérive de sa couleur brune, porte dans quelques localités le nom de Bonnette, qu’explique et développe l’anglais Selfheal, littéralement le moyen de se guérir soi-même. — Les noms de la Scutellaire , ou Plante à l’Ecuelle , concourent à la même idée : en français Toque, Casque, d’on son nom spécifique de Galericulata , en anglais Seuil cap , écuelle - chapeau , union de deux synonymes , ou espèce de pléonasme.

P. 66 , l. 25 : Deux philologues anglais donnent à Samphire une étymologie beaucoup plus probable : Skinner et Sherwood tirent ce mot de Herbe de St-Pierre.

P. 67, l. 2 : Nous avons appelé Doche , Doque , un terme obscur. Cependant nous le croyons maintenant celtique; nous trouvons, dans les formules de Marcellus, Odocos ; quoiqu’il soit traduit Ebulus , nous croyons

que c’est notre mot normand. La Patience est en anglais Monk's rhubarb : quelques especes sont purgatives.

P. 68; l. 8 : L’Kpurge s’appelle dans la Hague Triette, nom analogue à Pis de Chien; comme diminutif de Iran, en normand mamelle, en vieux français Trian, de Trahere, traire. L’Epurge est en anglais Spurge.

P. 68, 1. 31 : La grosse Noix s’appelle Noix-Gangue , et le Noyer Gauguier. Ce mot se disait en vieux français, et il est écrit Gaughier dans le Gieus de Rohin et Marion : ce mot dérive peut-être de Wall, facilement changé en Gall et prononcé Gaul, d’où Gaulier; du moins en anglais c’est Wall-nut, littéralement noix étrangère, en allemand Wall-nuss, de l’allemand Wale, exotique: cette noix est originaire de T erse.

P. 70, 1. 23 : Les Ecossais ont fourni à la langue de la botanique le nom d’un arbrisseau odorant de leur pays, qu’ils appellent le Sweet-Gale : c’est le Mijrica-Gale , appelé aussi Candlebernj, parceque de son fruit on tire une bougie parfumée. Ils disent de la mémoire d’un honnête homme : « C’est comme le Sweet-Gale qui sent bon après sa mort. » (V. notre Notice sur M. Campbell d’Islay.) — Le Savinier se dit en anglais Savine. — Le sapin, appelé Pruce, a gagné de la popularité en Normandie dans ces dernières années, où, par suite de la disette de pommes, on fabriquait du cidre avec de l’essence de Pruce.

P. 71, 1. S : On appelle en anglais Adam and Eve les bulbes de VOrchis mascula, qui ont une vague ressemblance avec la figure humaine. (V. HalliwelVs Dict. of archaisms, p. 9). — L’Ophrys-Apifera s’appelle en anglais non-seulement Fly-Orchis, mais encore et plus populairement Bee-Flower. — h’ Ophris-Bifolia est en anglais Tuagblade, littéralement la double-feuille. — L. -12: L’Iris s’appelle encore en anglais Flower de Luce, où l’on reconnaît notre Fleur de Lis ; d’ailleurs ce mot est fréquent en anglais, et une localité du Monmouthshire s’appelle de-Lys.

P. 72, 1. 5 : Aux Liliacées on peut ajouter la Ciboule (Allium cepa), qui se dit Cibot et Chibot ; c’est le terme du vieux français. — L. 32 : L’expression anglaise pour le Gouet est originale et pittoresque : c’est le capuchon, la coule du moine, Friar’s coivl.

P. 73, 1. 33 : Les Bromes portent dans l’Avranchin le nom de Droite, comme en Picardie. (V. le Botaniste cultivateur, ‘par Dumont-Courset, t. IV, p. 226.) — L. 27 : Dédier le Ray-Grass au botaniste- Ray, c’est une erreur qui ferait croire que ce nom date seulement du botaniste. C’est le vieil anglais Rye^ seigle, Rye-Grass, ivraie, et le mot anglais Ray est la dernière syllabe du mot français. — L. 30 : Le Chiendent s’appelle encore dans l’Avranchin Coudrine , peut-être de Çoulvrine, couleuvre, à cause de ses racines rampantes.

P. 77, 1. 7 : VAuroche devient en anglais Orache.

P. 80, 1. 34 : Nous pourrions signaler le vers qui termine cette page à l’auteur de la Négation dans les Langues romanes, M. Schweigheuser, pour l’ajouter à sa collection de ce qu’il appelle Négations explètives, tirées du règne végétal, et qui ne méritent nullement ce nom. Ce sont simplement des objets de comparaison, comme le sont essentiellement Point, Mie, Miette, brin, etc., dont un fréquent usage a obscurci l’origine. Dans toutes les langues on a uni aux négations pures , pour leur donner plus de force, des substantifs de choses ténues et minimes, tels que les précédens. Tel est le Nihil des Latins, Ne-hilum, pas même l’ombilic d’un pois chiche, à peu près dans le sens de ces vers du Roman de la Rose :

Je ne priseroie trois chiches

Socrate combien qu’il fust riches. (V. 6941.)

^’e prisent votre dongier (pouvoir) un pois.

{Romans d'Aubery, t. II , p. 907.)

P. 81, I. 6 : Le peuple altère ce mot de Capillaire, et

dit Sirop de Scapulaire. — La Langue de Serpent est, sous une forme plus populaire, en anglais Adder’s tongue, langue de couleuvre. — L. ^2 : Cette expression de Patte de ver rappelle Temps de ver, printemps , en vieux français. — L. 18 : La Boule de neige est nommée Cannehotte, de la ressemblance en fragilité avec les tiges du chanvre , dites Cannihottes et Chennevottes , après le rouissage.

P. 86, 1. 3 : M. Dubosc a eu l’obligeance de m’envoyer des noms populaires de plantes, que je crois normands pour la plupart, mais que je ne puis rapporter exactement à leurs végétaux. Ce sont par exemple les suivans : V Herbe aux lézards, V Herbe aux morpions, V Herbe aux cochons, sans doute la Porcelle, Hypocharis , littéralement sous le porc; Y Herbe au bigre (le bigre, chasseur d’essaims dans les forêts), peut-être la Mélisse, ou Herbe aux Moques; la Chauve-Souris, le Griot, Y Herbe aux chinq dents, peut-être la Quintefeuille ( Potentilla reptans) , ou la Potentille argentée; la Vignonne, ou l’herbe qui vient dans les ajoncs ou Vignons, Y Herbe à couronne, la Chaînette , Y Herbe à la serpette.

A l’article Mandragore nous ajouterons le titre d’un Ouvrage peu commun, de L. Dorléans : « La Plante humaine, sur le Trépas du Roy Henry-le-Grand , où il se traicte du rapport des hommes avec les plantes. » Paris,

Nous devons à M. Halley quelques notes intéressantes sur des noms de végétaux, usités dans le pays de Caen. C’est la Scille penchée, qu’on y appelle Chinq-Dés, cinq doigts , du nombre de ses fleurons ; le Cheiranthus Cheiri y est la Ste-Anne, sans doute de l’époque de sa floraison ; la Cardamine s’y nomme Coucou, par la même raison , et la Drosera rotundifolia est le Petit Saint - Sacï:ement , des poils rayonnans de sa feuille ronde ; l’Aviculaire y est la Tenue, de sa ténuité remarquable entre ses congénères;

V Euphorbe }}eplus est le Réveil- Matin , mot que la science a traduit, selon son procédé ordinaire, par Hélioscopia, parcequ’on croyait qu’elle se tournait toujours vers le soleil, comme l’Héliotrope. Notre dicton sur un mauvais ménage se formule ainsi : « Ch’est coume la canivière au diable : le mâle n’y vaut pas muus que la fumelle. » On crie dans les rues de Caen : Seillas, Orgeas, pour la paille de seigle, d’orge. A Creully la pomme-de-terre se dit Péde-terre, ce qui semble signifier Peire (poire) de terre, nom affecté plus spécialement au Topinambour. La paille de froment prend trois noms, suivant les diverses opérations : Glui ou Couline, la paille droite, et C^uline signifie généralement Torche de paille , comme dans le chant du Bessin , remarquablement empreint du cachet populaire : « Couline vaut lolo. » Ensuite Guerbet d'etram, la paille mise en botte, et enfin Escouessins , littéralement choses secouées, les menues pailles et épis.

Dans le remarquable mouvement d’études qui se font aujourd’hui en province sur les patois, nous avons à signaler un travail analogue au nôtre, et qui vient de paraître : « Vocabulaire des noms wallons T Animaux , de Plantes, etc., par M. G rand gagnage , auteur du Dict. étym. de la Langue wallonne.

Nous avons à ajouter quelques noms anglais, tels que : Lousewort, herbe aux poux, à son synonyme Louse strife de la p. 290; Lungwort , la Pulmonaire, Quickbeam , le Sorbier, littéralement flèche vivante; Wind flower. Anémone, littéralement fleur du vent; Elecampane, l’Aunée, y Enula campana , des officines; Yellow bay, le Jaunet; Yoke-elm , le Charme , littéralement orme à joug. Ce que nous avons dit sur le loup, p. 30, admet au moins deux exceptions: Wolfsbane, l’Aconit, littéralement mort du loup , et Wolfsmilk , l’Euphorbe , littéralement lait du loup.

Quelle esL la plante désignée par Shakspeare , lorsqu’il dit d’Ophélia : « Elle est venue, portant de fantasques guirlandes de renoncules, d’orties, de marguerites et de ces longues feuilles pourpres, que les bergers licencieux nomment d’un nom plus grossier, mais que nos froides vierges appellent « des doigts de mort. » (Dead mens fingers) . Cette plante au nom grossier, qui imite le doigt de l’homme, aux longues feuilles pourpres, ne serait-elle pas VArum maculatum, dont le spadix se prête à de singulières similitudes , dont la spathe ou feuille est bordée de violet purpurin ?

Dans les chartes anglo-normandes du xv^ siècle , il y a un certain nombre de mots anglais francisés; par exemple, pour l’hommage du château de Cherbourg, on trouve la redevance annuelle au roi d’un Borespere, c’est-à-dire Bear-Spear , épieu à sanglier. On trouve aussi une arme dite Pollace; c’est le Poleaxe de l’anglais.

A la page 194, Gonne poudre, c’est-à-dire Gunpoivder, poudre à canon.

La plupart des hommages, ou symboles de vassalité, sont dans ces chartes, comme ailleurs, des noms de végétaux. Les copies de Brequigny, que M. Puiseux vient de publier dans les Mémoires des Antiquaires de Normandie (Nov. 1858), renferment plusieurs de ces termes que l’habile annotateur a , pour la plupart , heureusement expliqués. Cependant, il y en a plusieurs sur lesquels, eu présence de ses doutes, nous lui demandons de présenter quelques interprétations. A la page 74 , il trouve un terme « que je n’ai pu trouver dans aucun lexique »; c’est dans cet hommage : « Per homagium ac reddendo unum gar- LiER apud castrum nostrum. » Ne faudrait-il pas lire Gartw, ail? A la page 71, dans le « Reddendo unum chapelle! de Mageroun », nous croyons, comme lui, qu’il s’agit du Maceron ; mais du Smijrnium olusatnm , et non pas Mathioli.

Sur cette redevance : « Unum colarium, et unam lyam » , page 92, réditeur déclare qu’il « n’a point trouvé jusqu’ici d’explication satisfaisante de ce dernier mot. » Ne serait-il point question d’un lys, quoique nous ne nous dissimulions pas l’objection qui naît du genre féminin. Quant à cepium de l’énumération : « Piccium , cepium , canabi , » p. 235, il ne signifie ni suif, ni sèche; c’est certainement cœpe, oignon. Nous serait-il permis d’indiquer à l’éditeur du Glossaire normand, qui a d’ailleurs été si bienveillant pour cet Essai de Flore populaire (Caen. L Ordre et la Liberté, -1858), M. Julien Travers, un terme végétal, que nous croyons altéré, mais dont l’altération prouve la dilfi- 'culté de recueillir les mots de patois : c’est le mot Glondat, attribué à la Manche, avec le sens d’Ajonc. Nous pouvons affirmer que ce mot n’existe pas dans notre département; mais nous concevons que le Landage ,

ou ajonc , a pu être prononcé de manière à figurer Glondat.

Nous croyons la traduction de Lijam par Lys à peu près certaine , depuis que nous avons trouvé Lye, lys , dans le Glossaire des Bardes et Jongleurs anglo - normands , de M. de la Rue. — Une lettre que nous recevons d’Angleterre nous apprend que « Dead mens fingers » est le Lotier corniculé, dont les légumes ont une certaine ressemblance avec les doigts de la main humaine.

Notre Florule anglo -normande nous a valu une élégante pièce de vers, qui nous semble caractériser, avec une poétique justesse, le but de l’ouvrage, et dont nous retranchons, en remerciant l’auteur, ce qui nous est personnel, craignant encore de laisser subsister des termes trop flatteurs.

Vous avez visité le jardin des poètes ,

Faisant votre moisson , et les plus humbles fleurs , Grâce à vous , ont trouvé , pauvres petites têtes,

Leur famille et leur nom , comme leurs grandes sœurs. Vous avez pris aux champs, livres de poésie ,

Bercés sur les gazons , ces êtres sourians ,

Ces enfans du soleil , qui féconde la vie,

En peuplant l univers de ses rayons brillans,

Et vous leur avez dit , à ces fleurs inconnues :

« Lisez ici vos noms, fillettes du Printemps.

Vous ignoriez , enfans , d’où vous êtes venues ;

Voici votre famille et vos titres patens.

Je sais votre structure et vos métamorphoses ;

Je cite vos vertus et vos défauts aussi :

Cette légère fleur fut teinte au sang des roses ;

Cette autre fut trempée au bain d’or du souci.

Les noms que vous donna le peuple qui vous aime ,

En pieux souvenirs , je les ai conservés ,

Et si de noms latins vous avez le baptême

C’est pour que vos prénoms et vos noms soient sauvés.

Je vous appelle aussi dans ma nomenclature

Des poétiques noms que vous donne Albion ;

Car votre règne est grand : votre progéniture Forme au-delà des mers une autre nation...

Arranches. — Typographie de E. Toslain.

Tiré à loO Exemplaires.

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