‹ Essai sur la formation de l'esprit public allemandChapitre 19 sur 20 · ROYAUME DE FRANCE · texte numérisé non relu

ROYAUME DE FRANCE

Ce que l'on n'aurait pas osé en 181 5 (arracher l'Alsace et la Lorraine à la France) est devenu plus tard le lien commun de l'ambition nationale (1 ).

(1) Bismarck a su en faire le lien commun. Quinet, du reste, avait

A mesure que la France se renferme dans

des pensées plus étroites le monde germanique n'attend plus qu'une occasion. Or quelle est la nation placée par V Allemagne pour épier et chercher cette occasion ? C'est celle

QUI PORTE A SA CEINTURE LES CLEFS DE NOTRE TERRITOIRE ET QUI GARDE DANS SA GEÔLE LA FORTUNE DE LA FRANCE (VI, p. 158).

2° Opinion française.

« Il est un pays qui nous a toujours trompés dans nos jugements. Toujours nous l'avons cherché à un demi-siècle de distance de la place où il était réellement, tant son génie est peu conforme au nôtre et nous donne peu de prise pour le saisir (1831, VI, p. 142).

(Les deux pays) se poursuivent l'un l'autre, comme dans la course d'Atalante, sans s'atteindre jamais (VI, p. 223).

L'esprit allemand et l'esprit français sont de nature si opposée que, presque toujours, l'un exclut l'autre (VI, p. 225).

dit : « V unité, voilà la pensée profonde, continue, nécessaire, qui travaille ce pays et le pénètre en tous sens >.

3° Teutomanie et gallophagic (1842).

« Aussi longtemps que le génie national se produisait par des œuvres vraiment sérieuses, il était plein d'humanité, de sympathie, de modestie Au contraire, depuis que le génie est

tari, V infatuation a pris la place de la poésie, du talent, de l'originalité, je ne sais quel mélange de gloriole débonnaire et par dessus tout de bile envieuse (VI, p. 249).

La vanité allemande ne ressemble en rien à l'orgueil des Anglais ou des Castillans Toujours inquiète, toujours irritée, tout lui fait

ombrage elle porte avec elle les inquiétudes

du parvenu, au lieu du contentement d'un homme depuis longtemps dans la prospérité et la puissance (p. 251).

Un encens imprévu a obscurci le front du

penseur; l'ivresse a commencé.

A cette première disposition s'est ajouté un fait puissant, réel, je veux dire V union des douanes. Depuis que cet événement important est consommé, les Allemands sont convaincus qu'ils sont le peuple pratique par excellence, et qu'il ne leur reste plus qu'à saisir la couronne universelle (p. 253).

Cette nationsditèso udainenient retrouvée

et inspirée des conseils de la Prusse semble, jusqu'à ce jour, ne devoir s'exprimer que par un redoublement de mauvaise humeur et de fiel dans lequel la France a naturellement la plus grande part (p. 254) ».

— Et Ouinet cite le fameux Manuel de l'Histoire universelle de Léo (paru en 1840) où se lisent ces belles propositions : « Le peuple français est un peuple de singes (Affenvolk). La ville de Paris est la vieille maison de Satan (das alte Haus des Satans). La prise de la Bastille est une comédie ,101. Necker un idiot, etc. »

Voici, après cela, le gallophage [Fran^osenfresser) dont le grand écrivain a tracé un portrait étincelant de verve et de malice : « Dans mon long séjour, au bord du Necker, j'ai moimême assisté plus d'une fois à ces effroyables festins de chair française. Tenez donc pour certain que la gallophagie est un état réel, une profession, une carrière de laquelle on vit, hélas ! matériellement beaucoup plus que spirituellement.

» Le gallophage reçoit, dès les premières

années, une éducation particulière DèsTâgede

six mois, il doit grimper au mât, et casser le nez à toutes les poupées parisiennes qu'il rencontre sur son chemin. Vers six ans si par mégarde

il prononce un mot d'origine française, sa carrière est manquée L'éducation faite, il peut

partir pour la terre gauloise. La faible barrière de Paris s'est ouverte en gémissant devant lui. Désormais, la ville lui appartient; il y règne. Malheur aux vaincus !

» La haute vertu qui le distingue, c'est de ne faire aucune acception de personne et souvent j'ai vénéré en silence cet héroïsme qui consiste à se repaître d'abord de ceux qui vous ont tendu la main. Le gallophage n'a aucune des

faiblesses de la vie ordinaire Je frappe qui

m'assiste, c'est (dit-il) ma devise » (p. 261-

« De bonne foi, l'Allemagne voudrait-elle que nous prissions au sérieux tant d'absurdités haineuses qui, si elle n'y fait attention, tendent de plus en plus à tenir chez elle la place de la raison et du savoir » (VI, p. 264).

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