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APPLICATIONS MUSICALES

ARTICLE II. — HotlnlatioiiB par parenté.

656. Les modulations par parenté peuvent souvent s'exécuter d'emblée, sans aucun processus modulatoire, su moins lorsque la parenté existant entre l'ancien ton et le nouveau est suffisamment évidente (').

Nous avons déjà indiqué {Contrepoint, n™ 106 et suiv.) les parentés de ton les plus étroites; nous allons les rappeler rapidement ici (parentés du premier degré); nous signalerons ensuite quelques parentés un peu moins proches (parentés du second degré ). Nous donnerons en même temps des exemples de modulations fondées sur ces diverses parentés.

PARBKTËS DL' PRKIIIBB DSfillt.

657. HomoLonie. — La parenté entre deux tons de même tonique et de même mode, mais de genres différents, est tellement étroite que le passage de l'un des deux tons à l'autre ne constitue pas une modulation; ainsi, dans le mode mineur, il arrive continuellement qu'on substitue la variante ornée ou la variante alternante à la gamme normale, et inversement, sans qu'il en résulte de sensation modulatoire. Pour que le passage d'une variante à l'autre constitue une modulation véritable, il faut que l'échelle tonique ellemême soit modifiée, c'est-à-dire qu'il y ait changement de mode.

Un ton étant donné, le ton de mode contraire sera, dans ce qui suit, désigné sous le nom de contrelon ou, plus brièvement, de contre. Le symbole représentant le passage d'un ton majeur à son contre est :

Si le ton donné est mineur, la modulation vers le contre a pour symbole

Les modulations de ce genre sont si faciles, si fréquentes et si connues qu'il n'y a pas lieu d'en citer ici des exemples,

658. Voisinage. — On ton étant donné, ses voisins sont les tons de même mode ayant leur tonique située à une quinte au-dessus (survoisin) ou au-dessous (sousvoisin) de celle du ton donné.

Selon que le ton donné est majeur ou mineur, la modulation par survoisinage est représentée par

et la modulation par sousvoisinage est représentée par

Comme exemple de modulation par survoisinage, on peut citer le début d'une valse bien connue de Chopin (Opus 3^, n" 1), qui oscille brusquement du ton établi la\f (mesures i à 4) à la dominante mi'j» (mesures 5 à 8).

(') Il arrire parfois que la compoGÏteur, tris accautiimé à cetta parante, l'utilise aana y «onger et madule d'emblëe. tandis que l'anditeary itMins fnmiliariië avec la parenté dont il s'agit, asl snrprii par le changement de ton auquel elle a dnnn6 lieu, et trouve, au maina à première audition, quo la modulation n'est pas aDffisanuneat préparée.

- MODULATIONS. 4o3

Au lieu de ces tons, la transposition dans le champ néant fournit ceux de do { mesures i à 4) et de jo/ (mesures 5 à 8) et, ainsi transposé, le chani se réduit à (') :

Comme exemple de modulation d'emblée par sousvoisinage, on peut citer le passage suivant, tiré (») du Petil Faust d'Hervé (n- 3); Valentin, qui a chanté avec les soldats le chœur initial, en/a majeur, passe brusquement h la quarte, et attaque en j(>son premier couplet :

r/JV DU CHŒVR

cales fe.ra. mourir.

Quand un

On sait que ces modulations par voisinage, c'est-à-dire vers l'une des échelles constitutives du ton initial, sont extrêmement fréquentes.

659. Connexion. — Deux tons connexes sont ceux dont les échelles toniques ont une tierce en commun.

Suivant que cette tierce est mineure ou majeure, les tons sont relatifs ou corrélatifs; ainsi, dans la série

on voit que do a pour relatif ia, lequel a pour corrélatif /a, lequel a pour relatif r«', ... et ainsi de suite.

On sait combien il est facile d'enchaîner d'emblée entre eux les tons de la série précitée, ainsi que dans l'exemple suivant :

Fig. 3lit.

La succession en sens inverse est également très employée, notamment dans des formules telles que la suivante :

la mineur, ton initial,

do majeur, ion relatif,

mi miDeur, corrélatif du précédent et dominante du ton initial,

mi majeur, contreroode du précédait et pouvant être considéré comme

dominante de la mineur orné pour rentrer dans le ton initial.

Voici un exemple d'application de cette formule, tiré {^) du début de la Chevauchée des

( ' ) Cita avec Butoriwtiuii de M, Ilengel, édileur.

(') Avec aulorisation de M. Heugel, liJitour.

(') Avec ButarisalioD de MM. Suliolt frères, ôdil*urs â MajcroB.

NBUVIiillE PAHTIii. — APPLICATIONS NUSICALES.

Walkyries, prélude du 3" acte de la Walkyrie de Wagner (p. 188 de l'édition SchoU ; Fromont, à Paris ). La transposition dans le champ néant donne

660. Parmi ces successions entre connexes, celle où l'on passe d'un ton majeur tel que do à son corrélatif mi mineur est peut-être un peu moins aisée que les autres, en sorte qu'elle est moins usitée.

Aussi Reber {loc. cit., p. 19, § Cl), traitant du troisième degré de la gamme majeure (c'est-à-dire de l'accord parfait basé sur ce degré), esiime-t-il que c'est là un « mauvais degré; il est faible comme effet tonal; on l'emploie assez rarement »,

Il est vrai qu'entre do majeur et mi mineur rafHnitë est plus faible de do vers mi quiï dans le sens inverse, et nous en avons indiqué plus haut la raison (Jialtac/iements,n''M'l)\ mais cette modulation, étant un peu moins usitée que d'aulres, est aussi moins banale et peut être d'un effet charmant, comme dans l'exemple suivant tiré {') d'une romance de Gounod (Donne-moi celte fleur, n" 11 du a* recueil de ao mélodies, p. 59 de l'édition Choudens).

La transposition dans le champ néant donne ;

Fig. 36Î.

661- Èquiarmure. — La parenté par équiarmure est celle qui e.ùste entre les quatre tons d'un même champ. Trois de ces tons sont déjà liés entre eux par d'autres parentés (voisinage et connexion); seul, le pseudique de mode contraire à celui du ton donné n'est lié à ce dernier que par équiarmure; on le désignera dans ce qui suit sous le nom A'équipseudique.

{ ' ) Avec autorisation de U. Cboudens, édïleur-pitipriétairi

CHAPITRK I. — HODiLATIONS. JD>

Le Tableau suivant résume, tant pour le cas d'un too donné majeur que pour le cas contraire, les parentés entre quatre tons équiarmés :

Tons du champ néant.

Parentés avec do Ion dooné sunoisio équipseudique relatif

Noms des quatre équiarmés. . DO SOL RÉ LA

Parentés avec la relalir équipseudique soiisvoiain ton donné

Comme exemple de modulation enire équiarmés, on pourrait renvoyer à la figure 69 (Contrepoint, n" 112), dans laquelle il y a oscillation entre les quatre tons do, sol, ré, la du champ néant. On peut aussi citer le passage suivant, tire (')du Faust de Schumann, 2" partie, n" 6 ( p. 69 de l'édition Costallat, Paris).

La transposition dans le champ néant fait apparaître ( et la :

Fig. 364.

;ore les quatre Ions do, sol, ré

> r If jJ ^ 1^^

di . gués

pour vain

9 la fu . reur des mers

ir \ î\î I

jui^m

PARENTES DU SECOND DEGRe.

668. Toutes les parentés qui viennent d'ôtre indiquées sont e.\trêmement éti-oites ('),

( I ) Avec autorisation dus ddilours MM. Coslallat et C", 60, chaussëo d'Anlin, PurJ9.

(') SanC peul-âlrc la parentd ontro un tou et son L'quipsoudique ; celle-ci, en etict, est la seule des parenlds i-i-dvasus examindes qui ne soit pas consonanlE, c'csl-à-dire pour laquelle los deui Ioniques comparées no forment pus entre allât un intervalle conaonant.

4o6 NEUVIÈME PARTIE. — APPLICATIONS MtlSICAUiS.

Pouf former des parentés moins proches, il suffit de combiner entre elles les précédentes, de façon k augmenter le nombre des degrés de parenté.

Nous n'examinerons pas méthodiquement toutes les combinaisons que l'on pourrait ainsi réaliser et, pour faire court, nous nous bornerons à associer l'homotonie au voisinage et à la connexion.

608. Voisinage et homotonie. — Soit do majeur un ton donné ; ses voisins sont fa et sol majeurs. De même que nous avons appelé contre le contremode du ton donné, de même nous appellerons contrevoisins les contremodes des voisins; lea contrevoisins de do majeur seront donc/a et sol mineurs.

Enfin nous appellei'ons fauxvoisins de do majeur les voisins du contre de ce ton, c'està-dire de do mineur. Les fauxvoisins de do majeur seront donc encore fa et sol mineurs. On voit qu'il doit toujours en être ainsi, et que, dans tous les cas, il y a identité entre les fauxvoisins et les contrevoisins d'un môme ton.

Étudions donc seulement ces derniers.

664. Le conirevoisinage est, en principe, une parenté moins proche que le voisinage ; toutefois il y a lieu de faire à ce sujet la remarque suivante :

Do majeur est plus proche parent de fa mineur que de son autre contrevoisin sol mineur; et, de même, do mineur est plus proche parent de sol majeur que de son autre contrevoisiu /a majeur.

Les raisons pour lesquelles il en est ainsi sont celles qui rendent les gammes ornées plus simples et plus douces à l'oreille que les gammes pseudiques; ces raisons sont les suivantes :

Ce qui fait que les contrevoisins de do sont, en principe, moins étroitement alliés à ce ton que les voisins eux-mêmes, c'est que, pour obtenir les contrevoisins, il faut d'abord passer du ton à ses voisins, et ensuite contremoder ceux-ci. Mais, tandis que le cootremodage de sol introduit la note si]^ formant avec do le rapport | dont nous avons souvent remarqué la complexité, au contraire le contremodage de /a ne fait apparaître que &i^, dont le rapport & (:fo (t) n'est pas plus complexe que celui de /a (^li puisqu'il contient un facteur ordinaire de moins.

De même, pour do mineur : le contremodage de sol mineur procure une simpIiScatioo, puisqu'il fait disparaître le rapport complexe ^ = |; au contraire, le contremodage de

fa mineur n'en procure aucune, puisqu'il remplace le rapport j- = 5 par le rapport

665. Connexion et homotonie. — Étant donné un ton tel que do majeur, dont les connexes sont la mineur et mi mineur, de même que nous donnons à do mineur le nom de contre, de même nous appellerons contreconnexes les connexes changés de mode, c'est-à-dire la majeur et mi majeur; en outre, par analogie avec la façon dont nous avons déâniplus haut le fausvoisinage, nous appellerons /auj;con/te.ref du ton les connexes de son contre, c'est-à-dire mi]^ majeur et la\f majeur.

Contrairement à ce qui avait lieu dans le cas précédent, il n'y a plus ici Identité entre les contreconnexes et les fauxconnexes.

666. Le Tableau suivant présente tous les connexes, contreconnexes et fauxconnexes du ton de do majeur ou mineur, et rappelle dans sa dernière colonne la valeur de l'intervalle existant entre le ton donné et chacun des autres tons considérés.

GHArmB I. — UODULATIOKS.

Toni allies au tau donn^.

Parentes. Ti

conlreconnexeB \

(contrée des connexes) i

rauxconnexes l i

6 do contre) |

contreconnexes (contres des connexes)

Tauxconnexes (connexes du contre)

[iilerviLUBs le toD donnd.

Ce Tableau montre que, dans les modulations par contreconnexion et par fauaseconnexioQ, le mode ne change pas, et la tonique se déplace seulement d'une tierce majeure ou mineure au-dessus ou au-dessous du ton initial ; les modulations dont il s'agit appartiennent donc à huit types distiocts, que représentent les quatre symboles doubles suivants :

Pour faire court, nous nous bornerons à citer des exemples des quatre premières qui se rapportent au mode majeur.

667. Descendre le ton d'une tierce majeure. — Cette modulation, où l'on passe pour ainsi dire du nombre 5 au nombre 4, est extrêmement facile parce qu'elle rapproche du géniteur; rien n'est plus aisé, par exemple, que de moduler selon la succession suivante (' ) ■

Fig. 365.

668. Monter le ton d'une tierce majeure. — Cette modulation s'exécute aussi avec facilité, bien qu'un peu moins aisément que la précédente. En voici un exemple (Jig. 366) tiré (*) de la Walkyrie de Wagner (acte 1, scène III, p. Sg de l'édition Schott ; Promont, k Paris).

On remarquera que, quand on est parti du champ néant, la succession de nU majeur à do majeur laisse souvent une tendance à rentrer dans le champ néant en allant faire cadence sur la mineur. Cette tendance à rattacher à la mineur la succession de do et

t ' ) Le lecteur qni exâcatenit cet oiemple i, la voix pourra constater qu'il ne cl [«prise b une octave Juste au-deBson» de la première : il d* devra pas s'en étaa ddIonDé, cor ce n'est po* d'une octave, nuùs de trois tieroes majeures qu'il e. dio 0- 460).

(') Avec antorisation de HH. Schott SU, dditeors à MayeDce.

B pas la quatrième et dernière et en conclure que sa voix s (voir ci-dessus Intervalte»,

NEtlVIEHB PARTIE. — APPLICATIONS MUSICALES.

mi majeurs s'explique aisémeot en considérant que la mineur est eu rapport simple à la fois avec do majeur, son relatif, et avec mi majeur, dominante de la mineur orné.

l'oeil

gle bril

Le une -fJ 1

-Ht-if

Le

Hais, daa3 l'exemple de la figure 366, cette tendance ne se manifeste pas, car Wagner fait suivre (par homotonie) mi majeur de mi mineur, corrélatif de do majeur, en sorte que le retour à ce ton s'effectue avec une grande facilité (par connexion).

669. Descendre le Ion d'une tierce mineure. — Comme exemple de modulations OÙ le

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