‹ Essai sur la gameChapitre 139 sur 201 · CHAPITRE 1. — MODULATIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1. — MODULATIONS

ton, restant majeur, descend d'emblée d'une tierce mineure, on peut citer (Jig. 367) le début de Bagatelle de Beethoven (Bagatelle n° 2, op. 33).

Après les coiatre premières mesures, où est exposé un thème en fa majeur, le Ion baisse brusquement d'une tierce majeure, et les quatre mesures suivantes imitent en ré majeur le ^ëme exposé dans les précédentes.

670. Mouler le ton d'une tierce mineure. ~ L'exemple suivant est tiré du Don Juan de Mozart, acte II, n" 23 [p. 196 de l'édition Choudens ('), Paris]. On y rencontre les deux mêmes tons, ré el/a majeurs, que dans l'exemple précèdent, mais ils se succèdent eu sens inverse.

Kig. J68.

REHABttlTE SUR LES ARMURES.

671. Les parentés les plus proches, que nous avons appelées plus haut du premier degré, sont Celles qui ont été désignées sous les noms d'homotonie, voisinage, connexion et équiarmure. La plus étroite semble être l'homotonie. {iaa.ut aux auti-es, voici un Tableau qui les récapitule pour le cas particulier du champ néant.

Tons

voisins, connej:t

s et éqtiiarmés de do majeur

et de la mineu

de lu

Tons.

Armures.

do o>»j«ur.

la mmeur.

fa a

&0U s voisin

corrélaljf

do a

lOD

relatif

sol a

aurvojsin

équipseudiqu

ré i

Bousvoisin

la i

relatif corrclaiir

ton survoisin

Ces six tons ont précisément pour toniques les notes de la gamme qui sont susceptibles déporter l'accord parfait (toutes, sauf «). La parenté existant entre eux est bien connue des harmonistes; toutefois, ceux-ci n'exposent peut-être pas toujours très nettement les causes réelles de cette parenté, car ils semblent souvent l'attribuer à cette circonstance que les tons considérés emploient à peu près le même nombre de dièses ou do bémols. 11

{ ' ) Reproduite nvec aulnriiuilion de t «dileur.

(') L'armure ne ceniportn cet accîJenl que quand le ton quille le genre pwudïque pour prondro le )|;cnrR iiormul. (') L'armure ne comporte cet accident qun quand le Ion quillo l'cspi'rp iillérée [mi mineur priinnltén- on mi tmlype, et /a majeur iécalUré an fa falype) pour prendre l'espùeo nalnrclle.

4lO NEIIVI^HE PARTIE. — APn-tCATrONS HVSICALKS.

y a là une confusioa consistant à prendre l'effet pour la cause : il ne faut pas dire, semble-t-il, que sot majeur et /a majeur sont parents de do majeur parce qu'ils ont, i un . accident près, la mâine armure; il faut dire, inversement, que la similitude des armures est la conséquence de l'étroite parenté existant entre les tons considérés; cette parenté, en effet, est le voisinage; chacun des deux tons de sot et de /a a donc deux échelles constitutives en commun avec celui de do; par suite il admet pour degrés des notes à peu près les mêmes, et doit par conséquent avoir une armure peu ctifTérente.

PARENTES PAl SIKFUCITS DB RAPPORTS.

673. Les parentés que nous venons d'examiner sous les désignations de parentés du premier et du deuxième degré s'expliquent également par la simplicité des rapports existant entre les toniques des tons considérés.

On sait, en effet, que les rapports les plus simples sont eaux qui correspondent aux consonances

Si l'on fait abstraction des deux premiers qui, comprenant uniquement le facteur privilégié, correspondent au plus à des changements d'octave ou de mode, mais non de tonique, il reste les six rapports caractérisant les intervalles de quinte ou de quarte juste et de tierce ou de sixte majeure ou mineure. Ces intervalles sont précisément ceux qui correspondent aux parentés par voisinage et par connexion prises isolément ou combinées avec l'homotonie.

En général, la combinaison avec l'homotonie complique la parenté; cependant, par suite de circonstances spéciales signalées précédemment, il se trouve que le changement de mode engendrant le cas de la connexion produit une parenté plus étroite.

67S. Après les rapports simples indiqués plus haut, les premiers qui se rencontrent sont I et I' Ces rapports sont précisément ceux qui correspondent aux intervalles existant entre tons équipseudiques (unis seulement par la parenté d'équiarmure), (^est-à-dire entre tons disposés les uns par rapport aux autres comme le sont, dans le champ néant, do majeur normal et ré mineur pseudique (rapport |]< ou encore ta mineur normal et sot majeur pseudique (rapport t)- Ces parentés entre équipseudiques pourraient être

appelées dissonantes, par Opposition avec les précédentes qui seraient dénommées consonantes.

AKPUTDDB DBS MODULATIOHS PAR PARBNTfi.

674. Bien que les parentés signalées plus haut soient assez étroites et ne correspondent qu'à des rapports simples, elles permettent néanmoins d'exécuter très rapidement toutes les modulations qui peuvent se concevoir dans notre musique tempérée, même les plus complexes.

Ainsi, lorsqu'on part de do majeur ou de ta mineur (champ néant, mode quelconque), on peut passer d'emblée aux champs un dièse et un bémol, avec un mode quelconque {voir le Tableau du n» 671).

Puisqu'on dispose ainsi des champs

pris dans le mode majeur, il suffit de minoriserpour accéder aux champs

CUAPITHB I. - MODULATIONS. ijll

De même, si l'on part encore des champs

mais en les prenait^ cette fois dans le mode mineur et en majoriaant, on accède aux champs

On dispose donc ainsi de neuf des douze champs possibles. Les seuls auxquels on n'ait pas encore abouti sont ceux de

et il est évident qu'en utilisant à nouveau les parentés précédentes, on arriverait très i^cilement à ces nouveaux champs ( * ).

StAPPABITlON FORTUITE D'iNtlUieDIAIBBg SOPPaiHfiS.

675. Lorsqu'on module d'emblée par une parenté du second degré, cela tient souvent à ce qu'on a envisagé par la pensée, et sans l'employer elTectivement, l'échelon de parenté intermédiaire; ainsi, lorsqu'on module d'un ton majeur à un autre ton majeur situé k une tierce majeure plus bas, la pensée musicale peut s'être déroulée par un processus tel quo celui du cas suivant :

Étant dans un certain ton, eu ré majeur par exemple, en prendre le contremode, mais par la pensée seulement et sans l'employer effectivement ; cette opération ayant fourni ré mineur, se porter sur le corrélatif de ce ton, soitsur si\^ majeur : on voit qu'on a ainsi passé du ton donné à son fauxcoi-rélatif, c'est-à-dire au corrélatif de son contre, mais sans faire usage de ce dernier; or, il arrive quelquefois que ce contre, jusqu'ici sousentendu, vient à reparaître bientôt d'une façon effective.

676. Dans le Sigard de Reyer, acte I, scène V (page 120 de l'édition Hartmann), on en trouvera un exemple où les tons employés sont précisément ceux qui viennent d'être utilisés pour l'explication précédente : à son arrivée devant Gunther, Sigurd salue ce prince dans dix mesures formulées en ré majeur, et se terminant sur l'accord parfait de ce ton. Puis Sigurd adresse àGunther un défi commençant par ces mots :

Je viens le déBcr, Gunther, et me soumettre Le domaine opulent dont le ciel t'a fait niallre.

Sigurd attaque ce défi dans le ton de siy majeur, fauxcorrélatif de ré majeur, sousentendant ainsi le contre, ré mineur; mais ce contre apparaît bientôt, et c'est en ré mioeuf que Sigurd chante la Qn du premier des deux vers qui viennent d'être cités.

H U ARQUES sus LES OSCILLATIONS.

677. Les parentés que nous avons étudiées plus haut permettent, comme on l'a vu, d'exécuter d'emblée toutes les modulations consonantes, c'est-à-dire toutes les modulations vei-s des tons situés à trois, quatre ou cinq grades au-dessus ou au-dessous du ton donné.

Elles permettent même de moduler de ± 3 grades, par exemple en passant de do majeur à sou équipseudique ré mineur, ou de do mineur à son équipseudique si^ majeur.

678. Les niodulations faisant franchir des intervalles autres que les précédents sont au nombre de trois, savoir : deux de ± ■ grade et une de ± 6 grades (*).

(') Oa trouve» plus loiii ud exemple lira du Lohengrin de Wagner, dana lequul de oomlireiiseB luodulatioua se mccidBDt d'emlilée par ce procëdd (twir n° 7t0). (*) Il va de soi que Is modulalioD de -h G grades et celle de — 6 grades sont pratiquement Ajnivalenlos.

4)2 NEtlVlÈMB PARTIE. — APPLICATIONS MUSICALES.

Ces trois modulations, qui sont de toutes les plus dissonantes, s'effectuent avec facililé, soit indirectement, par une succession de deux des modulations des types précédents, soit directement, en ayant recours aux procédés qui vont être étudiés dans l'article suivant. Mais, si l'on veut les exécuter d'emblée, en s'appuyant uniquement sur la parenté de l'ancien tOD au nouveau, il va de soi que ces modulations sont moins aisées que les auti'es. puisque les parentés sur lesquelles ou tente de les fonder sont plus lointaines.

679. Toutefois, s'il s'agit, non plus de modulations définitives, mais bien de simples oscillations provisoires après lesquelles on vient reprendre pied dans le Ion principal, il estasses facile d'aborder ëpisodiquement les tons situés à ±i grade ou ù ±6 grades du ion établi. Ainsi, dans l'exemple suivant, étant eu do, on fait entendre épisodiquement les échelles situées à ±i grade de do, c'est-à-dire les accords parfaits fondés sur « et sur re> :

h-ig. ,v-,.

REba

Quant à l'oscillation de ± 6 grades, elle est, bien entendu, la moins aisée de toutes puisqu'elle se fonde sur la parenté minima; mais elle est néanmoins praticable, ainsi que le

rit. 3,0.

Page 1