‹ Essai sur la gammeChapitre 15 sur 266 · M. -MICHEL BRENET · texte numérisé non relu

M. -MICHEL BRENET

Ouvrage couronné par la Société des compositeurs de musique.

Un joli volume petit ia-8, cjractéres eizévirs, titre en deux couleurs; iSS^ Prix : 3 francs.

L ouvrage de M. Brcnet. que nous publions aujourd'hui, a été couronné par la Société des CoinpGsiteurs de musique, qui s'est plu à reconnaître !e mérite de cet exposé, clair et complet, des diverses phases par lesquelles a passé la Symphonie, <t cette forme de composition musicale, la plus » spiritualiste, la plus abstraite, la plus propre à réaliser l'idéal élevé du » Beau musical pur. » Cette Histoire de la Svmphome a orchestre. écrite avec une élégante sobrié:é, se divise en trois Parties : Origine de l.t Symphonie. — La S\mpbonie au .ifviii' iiécle. — Beethoï'en.

Dans la première Partie, l'auteur, qui est très au courant des travaux les plus récents des musicographes français et étrangers, donne quelques détails curieux sur les symphonies, encore bien rudimentaircs. du moyenâge; ù l'en croire, les précurseurs de Mozart et de. Beethoven, qui jouaient dans les rues et places publiques leurs oeuvres grossières, faisaient preuve d'une verve brutale dont l'elFet semble avoir été puissant sur leurs contemporains, puisque le pape Zacharias au vin'' siècle) se vit obligé de frapper d'excommunication ■> quiconque, les premiers jours de janvier » ce de mai, oserait louer des chantres ou joueu.s d'instruments. » I.e goût

rie la Musique se développa avec rapidité dans toute l'Europe : en i 3 3 i , les ménestrels français. « joueurs d'instruments tant hauts que bas ». fondèrent la confrérie de Saint-Julien et Saint-Genest, qui. la nuit de Saint- ]ulien, parcourait Paris en jouant des airs de son répertoire, " sur luths. >. espinettes, mandores, violons, flûtes à neuf trous, le tout bien d'ac- ' cord. » Au XVI" siècle, la brillante et voluptueuse cour de Fcrrarc entretint un grand nombre de musiciens; la duchesse de Ferrare eut mcme son orchestre particulier, dont les membres étaient des femme;. Au xvi" et au xvii'' siècle, les formes scolastiques commencent à s'introduire dans la Musique : Theilc compose des choeurs à trois, quatre et cinq voix, qu'il qualifie lui-même de Nov/t sonntie rarhsimie artis, et dans lequel il se vante d'avoir introduit des fugues cum aliis varietatis iiivcntionibiis et artificloiii iyr.copationibui . En 1649, George Weber f.jit paraître à Dantzig quelques « symphonies pour deux violons et basse continue », sous le titre de : Fruits odoriférants d un cœur' tout dévoué au Seigneur. Enfin, Corclli, Geminiani, Vivaldi et quelques autres publient des concerti grossi, qui marquent un progrès très réel, bien que (suivant l'expression naïve de X Encyclopédie méthodique] il restât encore à la Symphonie « à prendre sa forme, son genre, son nom et plusieurs autres pas à faire. » Au xviii" siècle, dit l'auteur dans sa Seconde Partie, l'amour de la Musique devint si profond dans toute l'Allemagne, que les seigneurs, archiducs, landgraves, margraves, etc., voulaient tous avoir leur orchestre : les plus riches avaient un maître de chapelle, un vice-maître de chapelle, un maître des concerts de la cour, un compositeur de la cour, un organiste de la cour, et toute une troupe : chanteurs, solistes et ripiéniste ceux, plus nombreux, à qui la pauvreté proverbiale de la noblesse allei\iande ne permettait pas un te! luxe de musiciens, transformaient en exécutants tous leurs domestiques ; et le soir, la besogne faite, le cocher, le valet de chambre et le valet d'écurie jouaient à leur maître charmé des '.ouates et des symphonies. Dans un pays si disposé à comprendre la musique instrumentale, le succès d'Haydn et de Mozart, auxquch l'.mmanue! Bach avait d'ailleurs préparé les voies, ne devait pas être douteux un seul instant. — Il est à remarquer que, presque au mcmt moment que Haydn écrivait sa première symphonie, Gossec — aujourd'iui trop oublié — mettait à profit les efforts fructueux de Rameau pouj améliorer l'instrumentation des orchestres français, et ouvrait à la Scienci ilu compositeur de nouveaux horizons; avouons cependant que, malgr( leur mérite, les œuvres de Gossec ont vieilli ; aussi, l'auteur de l'His- ToiRE DE LA Symphonie A ORCHESTRE sc contcntc-t-il d'étudier les prln cipalcs, tandis qu'il analyse toutes les symphonies d'Haydn, e: qu'i

abonde en détails curieux sur les conditions dans lesquelles elles furent composées et sur les programmes littéraires ou psychologiques que bon nombre de commentateurs ont voulu y voir développées. — Mozart, son œuvre, le séjour qu'il fit en France, les impressions qu'il en rapporta et qui nous sont connues par ses lettres, ton: aussi l'objet d'une étude approfondie.

L'auteur a consacré la Troisième Partie de son Histoire de la Symphonie A ORCHESTRE au musicicn de génie qui, dans un cycle magnifique de neuf compositions, fit franchir à la Symphonie un espace presque aussi grand que celui qui avait séparé des modestes conceptions d'Agrell et de Sammartini les beaux ouvrages de Haydn et de Mozart : à Beethoven. Durant tout le cours de son travail, M. Brenet s'est montré partisan du système d'Hanslick et a exposé sa foi en une beauté musicale pure, indépendante et idéale, inhérente aux sons et à leurs combinaisons; toutefois, il a cru devoir mentionner l'opinion des écrivains de l'école opposée et passer en revue les commentaires dont la critique de tous pays s'est ingéniée à charger les marges des symphonies de Beethoven . dans la Pastorale, quelques-uns ont reconnu les tendances d'un panthéisme nuageux, tandis que d'autres y ont vu un bourgeois, paisible habitant d'une petite ville de Bavière, allant passer son dimanche à la campagne avec sa femme et ses enfants. Dans les autres œuvres de Beethoven, # les mêmes écarts d'interprétation se sont produits; mais c'est surtout sur la symphonie en la que les glossatcurs se sont donné libre carrière; dans l'ensemble de l'ouvrage, Wagner a vu l'apothéose de la danse; .Albert! [Gazette musicale Je Berlin), une peinture de la joie de l'Allemagne délivrée du joug français; Marx, l'image d'un peuple méridional, vaillant et guerrier; un autre (écrivant dans la Ceecilia), une noce de village. — Si l'on prend les morceaux séparément, les textes seront à peu près aussi bien d'accord l'un avec l'autre : dans l'andante, d'Ortigue verra une procession dans les catacombes; Diirenberg le rcve d'amour d'une belle odalisque ; — le finale, ce sera une bataille de géants, ou bien des guerriers rentrant dans leur patrie, ou bien l'orgie {sic] des villageois après la noce. Sans vouloir ajouter un nouveau commentaire à ceux qu'il vient d'énumérer, l'auteur se contente d'étudier et de faire comprendre les beautés de cette symphonie en la, qu'il regarde comme le lien qui réunit le grandiose chef-d'œuvre en /// mineur à cet autre chef-d'œuvre plusgrandioseetsurtoutpluscolossalencore,la neuvième symphonie. C'est cette dernière, que Scudo appelait «: une pierre de discorde jetée aux cri- » tiques de tous les pays n, que l'auteur de I'Histoire de la Symphonie a ORCHESTRE regarde comme la plus magnifique expression créée par le

génie de Beethoven; elle a été, comme W Divine comidie, l'objet d'un grand nombre de commentaires : l'un d:s plus ingénieux est celui de M. Victor Wilder, suivant lequel Beethoven se serait inspiré des mêmes sentiments que Schiller, et, sous le nom d'ode à la Joie, choisi par le poète par crainte de la censure, aurait chanté avec un splcndide enthousiasme une ode à la Liberté. Quelque opinion que l'on professe sur l'inspiration qui guida Beethoven dans la composition de la symphonie avec chœurs, on ne peut que louer M. Michel Brenet d'avoir fait preuve d'un goût aussi éclairé et d'une érudition aussi sûre dans l'étude de cette tcuvrc magistrale.

Le livre se termine par ces quelques lignes : <( Puisse notre travail, dicté par un profond amour de la Musique dans ce qu'elle a de plus élevé et par une consciencieuse recherche de l'exactitude historique, faire éprouver au lecteur une partie du plaisir que nous avons trouvé à vivre pour un temps au milieu des grands génies de l'art et de leurs immortels ouvrages. «

Ce vœu, si modeste, sera exaucé, et au delà; tous les musiciens resteront reconnaissants à l'Auteur de la remarquable étude offerte à leurs méditations.

Henry Gévé.

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