CHAPITRE I. — MODll.ATIONS
CAS a. — AMPHITOME RIGOIRKI SE.
687. Soit, par exemple, à moduler de rfo majeur à /n majeur par l'amphilonie de l'accord ta do mi sol. Cet accord, qu'il soit fondé sur le la, \\' degré de do, ou sur le la, III'' degré de /a, est toujours exactement conforme à la formule fit; l'ampliitonie est donc rigoureuse et la modulation s'exécute ainsi qu'il a été indiqué plus haut (n" 086). La modulation de fa à do s'effectuerait d'une façon identique.
Pour s'en convaincre, il suffit de se reporter à la figure 280 {Enharmonie, n" -'liS). dont les deux premières lignes sont i-espectivement relatives aux Ions de/w et de do\ on constate qu'on peut sans difficulté enchaîner la seconde moitié de l'une de ces lignes avec la première moitié de l'autre.
CAS h.
AMPHITOME ET GÉTOPIIOXIE.
688. Soit à moduler de do majeur à sol majeur par l'amphitonic de l'accord la do mi sol. Suivant qu'il est fondé sur le la, VP degré de do, ou sur le la, 11" degré de sol, cet accord a pour formule tT t on l' H t; l'amphitonie n'est donc pas rigoureuse; mais les deux accords étant étroitement gétophones, l'oreille les assimile l'un à l'autre avec facilité (d'autant plus que, le plus souvent, ce que l'oreille entend, c'est l'accord tempéré correspondant, lequel est identiquement le même dans les deux cas ).
Pour s'en assurer, il suffit de se reporter encore à la figure 280 précitée {Enharmonie, n" 343) et de faire avec les lignes n° 2 {do) et n" 3 {sol) une vérification semhlable à celle (jui vient d'être indiquée pour les lignes n"* i et 2.
CAS C. — AMPinrOME ET ENHARMONIE.
689. Soit à moduler de do majeur à la mineur par l'amphitonie de l'accord neutre ou accord de septième diminuée.
Fondé sur le VII° degré, cet accord est, en do : si ré fa lay, et, en la : soli si ré fa; dans
les deux cas, sa formule est l t' t. Pour moduler, il faudra, par exemple, assimiler l'état
direct de l'accord de do :
si ri' fa ta-, = t l' t
au premier renversement de l'accord de la :
si rc fa sol^ = t' t s.
On voit que cette assimilation n'est pas rigoureuse, puisque les deux accords que Ion confond entre eux ne sont ijue gétophones. Le présent cas (cas c) est donc tout à fait
ainsi une succession comprenant les harmonies de do majeur, ré mineur et ni! majeur pourra évoquer le ton de la mineur, comme dans l'exemple suivant :
Fijr. 372.
SESf
no HK Ml
Ce rattachement (dont la t'udance est d'ailleurs moins énergique que celle de bitn des rattachements de combinaisons dissonantes) résulte de ce ([ue les trois premières échelles de la succession précitée sont toutes en rapports simples avec la mineur, dont elles forment respectivement : le relatif, la dominée et la dominante (genre orné).
il 8 NEUVIÈME PARTllC. — APPLICATIONS MUSICALES.
semblable au précédent (cas b), du moins au point de vue des opérations s'exécutant dan > l'inlelligence du musicien qui module; mais, au point de vue de l'aspect extérieur des choses, il existe une différence très sensible : dans le cas b, les deux formes de l'accord amphitonique s'écrivant à l'aide de signes absoluments semblables, on était assez exposé à ne pas remarquer qu'il y avait gétophonie, c'est-à-dire que les deux accords confondus l'un avec l'autre n'étaient pas tout à fait identiques; dans le case, au contraire, il est iin|iossibIe de ne pas faire cette remarque, puisque les deux accords que l'on assimile l'un à l'autre ne s'écrivent pas avec les mêmes notes (').
CAS rf. AMPHITOME ET EMIABMOME SANS PARENTÉ.
690. Soit à moduler de do (mode quelconque) à/cr; (mode quelconque) par l'amphitoiiie de l'accord neutre. Le ton de do possède l'accord neutre
si rc ffi la-, = t t' t:
le ton de/rtï a pour accord neutre /«/; .w/; si rc: dont le second renversement est
si rc mi^ sol% = / v t.
Ces accords t t' t et t s t, tous deux fondés sur si, étant gétophones, la modulation de do à /a; peut s'exécuter par amphitonie, de même que dans le cas précédent.
Les cas c eld toutefois diffèrent en ce que la seconde modulation, plus brusque (jue la première, est susceptible de produire un effet d'imprévu bien plus marqué : ceci lient à ce que, dans le cas c (comme aussi dans les cas a et b), on modulait entre tons qu'unissail une certaine parenté naturelle; tandis que, dans le cas d, la parenté naturelle entre do ut /a; pris dans des modes quelconques, semblables ou contraires, est très faible; et la parenté de rencontre créée par l'amphitonie approximative des accords neutres n'a qu'un caractère assez artificiel (-).
CAS e. — AMPHITOME ET ALTÉRATION'.
691. Nous avons déjà fait remarquer que l'altération combinée à l'amphitonie permet de réaliser avec rapidité les modulations les plus diverses {Enharmonie, n" 388).
Non seulement l'altération se prête à l'exécution rapide des modulations, mais elle peut aussi, lorsqu'on l'emploie convenablement, déterminer un phénomène absolument nouveau, consistant en ce qu'elle annonce et fait désirer l'arrivée du nouveau ton. Rien de semblable ne se produisait dans les quatre cas a, b, c, d précédeniment étudiés; en effet. dans ces cas, les accords par l'amphitonie desquels nous modulions appartenaient naturellement aux deux tons en présence, et même à plusieurs autres; ou pouvait donc les rattacher à des tons assez nombreux, et leur arrivée était loin d'imposer une modulation déterminée.
Mais, si l'on emploie l'altération, on peut faire entendre dans le ton établi une combinaison de sons qui a une forte tendance à résoudre dans le futur ton, tandis qu'elle no rattache que faiblement au ton établi, en raison précisément de la présence de certaines notes altérées formant avec la tonique actuelle des rapports relativement complexes : celte combinaison déterminera donc une tendance à substituer le nouveau ton à l'ancien.