CHAPITRE II. — ANALYSE MUSICALE
718. Il n'existe en musiijue tempérée que trois accords neutres pratiquement distincts. Tout ton quelconque, majeur ou mineur, dispose d'emblée de ces trois accords neutres; toutefois, ceux dont l'intervention dans un ton donné est la plus aisée sont, d'abord le neutre du ton, lequel contient la sensible de la gamme, puis le neutre de la dominante, lequel contient la tonique de la gamme. Ainsi, pour le tonde mi mineur qui est celui des exemples donnés ci-après (Jiff- 382 et 383), ces deux accords sont:
Neutre de i/ii /•<■; /"<?; h do
Neutre i)ar /?;( lui <l<>r "" >"/
Dans les analyses qui suivent, nous emploierons, selon le cas, ces deux façons de désigner les accords neutres en indiquant, soit l'une des notes qu'ils contiennent, soit le ton auquel ils appartiennent.
719. Comparons maintenant l'accord neutre (dont la formule en grades est 333) à l'accord de septième de dominante ou de simili-septième de dominante (dont la formule en grades est 433). Pour abréger le discours et faciliter l'exposition, nous désignerons, dans les numéros qui suivent, l'accord de septième ou de simili-septième de dominante sous le nom d'accord itréci{^), qui ne préjuge en rien son rôle dans la tonalité.
Nous avons vu (n° 69!î-) que l'accord neutre est celui qui possède l'amphitonie la plus étendue et la force modulatoire la plus restreinte, tandis que l'accord itréci possède précisément les propriétés inverses.
720. Tout accord neutre dont on baisse une note d'un grade devient un accord itréci ayant pour base la note baissée et tendant, par suite, à résoudre sur la quarte de cette base; de même, tout accord itréci dont on hausse la base d'un grade se transforme en accord neutre.
721. L'accord neutre et l'accord itréci ne différant l'un de l'autre que par une note et possédant, au point de vue de la modulation, les propriétés complémentaires qui viennent d'être rappelées, il est très facile, en combinant l'emploi de ces deux accords, de passer rapidement d'un premier ton quelconque à un second ton, également quelconque, pourvu ou non d'une parenté avec le premier.
En etfet, le premier ton disposant des trois accords neutres, on peut y faire entendre celui qui est gétophone du neutre du second ton; par amphitonie, on peut assimiler cet accord au neutre du second ton ; dès lors, baissant d'un grade la note qui, dans ce neutre, joue le rôle de degré VI;?, on obtient l'accord de septième de dominante du second ton (*), d'où la résolution dans ce ton. J*ar exemple, dans le cas où le ton vers lequel on veut moduler est celui de mi mineur, la succession ([u'on vient de définir est la suivante :
Kifi. :is..
la do rén fa*» la
»la i^si rr
fa# ila
sol
722. Après l'accord neutre du ton, celui qui s'introduit le plus facilement est, comme on vient de le rappeler (n° 718), le neutre passant par la tonique. Ainsi, dans le cas du ton de mi que nous prenons pour exemple, ce second accord neutre est le neutre par mi.
(') L'origine do coUn ik-iiomination a. été indinuée plus haut [Enharmonie, renvoi du n° .'i38). (-) Co qui vient d'èti-e dit pour l'aceord de septième do dominante (itréci = !i'i3) pourrait être répété pour l'aceord de septième de sensible (i/argi = 334) qui, lui aussi, ne difl'ère de- l'aveord neutre que par une seule note.
(■{6 NiaViÈME PAIITIE. — APPLICATIONS MUSICALES.
La succession des deux harmonies peut êlre notamment la suivanle :
l-ig. 383.
ne sol latt dott mi
723. En terminant, rappelons que les modulations par l'accord neutre peuvent se rapporter à des types très différents, dont les deux extrêmes correspondent aux cas où la parenté entre les tons succei^sifs est. soit très étroite, soit très lointaine (cas c et d, n°' 089 et 690).
Le premier cas, dans lequel la modulation s'exécute à la fois par parenté et par .'mphitonie, ne présente rien de particulier; mais, dans le second cas, où la modulation s', ll'ectue uniquement par l'amphitonie de l'accord neutre, il se produit un effet de surprise qui p?ut donner lieu, selon la façon dont on l'amène, soit à un imprévu charmant, soit à une Ijrusquerie incohérente.
e. « QL IMI'OItTE JIA TENDRESSE. »
724. L'exemple suivant est tiré ( ' ) du Lohengrin de Wagner, acte III, scène II (p. 284 de l'édition Durand, Paris).
Les harmonies de ce fragment sont indiquées sommairement au-dessous de la partie de piano; leur succession s'explique de la façon suivante :
Mesures i à k : neutre de mi. — Le ton établi antérieurement étant celui de mi mineur, ces quatre mesures sont dites sur le ncut/e du ion (-).
Mesure 5 : si majeur -\- 7=. — Cet accord, qui s'obtient en baissant d'un grade l'une des notes du neutre précédent, est précisément l'accord de septième de dominante du ton.
Mesure 6 : do majeur. — Au lieu du ton initial mi mineur, dans lequel l'harmonie précédente tendrait naturellement à résoudre, c'est son corrélatif do majeur qui apparaît ici.
Mesure 1 : neutre par mi sol : neutre par si. — Ces deux neutres se lient à l'accord de do, le premier, comme ayant les notes mi et sol en commun avec l'échelle do, le second, comme étant l'accord neutre du ton de do; nous avons, d'ailleurs, rappelé plus haut (n° 718) que les trois accords neutres peuvent se pi'ésenter dans tous les tous.
Mesure 8 : si mineur; fai majeur + 7°. • — Ces accoi'ds sont les deux principaux du ton de si mineur, voisin du ton établi; ils se relient aux accords encadrant la mesure 8, puisque ces derniers ne sont autres que le neutre par si, lequel a deux notes en commun avec l'échelle de si mineur.
Mesure 9 : neutre par si. — Ce neutre, passant par si, passe aussi par io/; ou par son gétophone lay, contenant si, il se lie à l'échelle de si mineur qui précède; contenant sol^ ou la}, il peut se transformer, par abaissement de cette note, en l'accord de soZ majeur -^~'.
Mesure 10: sol majeur -^ 7". — Cet accord dérive du précédent, comme il vient d'être dit.
C) Avoc auloiis.-ilicn ilc M\[. A. Duiiiiul cl lils. cjilçiii-s-|in>|ii-ictalrcs.
( - ) A lu iiicsuie 4, "Il volt, on outre, uiipuiaitre la note .v/, base il,' l'iiann inio Je la mesure j, et qui annonce ici cl prépare, pour ainsi dire, l'arrivée do cette liarmmie. Malgré leur intér,;t, los détails do cet ordre sont, en somme, secondaires; aussi n'a-t-on pas cru devoir les mentionner dans le texte, car. d'une \txtl, le loctesir ayant déjà l'expérience de l'analyse se les expliquera faeilemsnt, et. d'autre part, pour le lecteur n'ayant encore jamais pratiqué cet A'xercice, des détails de cet ordre n'auraient qu'un intérêt secondaire et ne pourraient qu'obscurcir l'exposé.
ClIAlMTlIi; ir. — ANAl.YSK MISICALK.
Ou'im - por
te ma ten
tt' dres
se gu'im . por . te mon a -
Las . se de ton i vres . se Tu par - ti . ras
sIl
^iô:fc
SI a + 7'
Neutre Neutre SI i FAffa+T!' Si i
par MI SOL par SI
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jour,
Tu par - ti
un jour
"• ti»
-Tif^-d-
itit
lA^t ;i.
Vesiire 1 1 : ,v/ mineur : fat indjrur -^ 7". — Ces accoi'ds sont les prinri|iaux (hi Ion de si mineur, corréKitif de l'échello [irécédente (w/ majeur) et dont il vient d'être fait usage à la mesure 8.
Mesure M : sol majeur. — Au ton de si mineur, auquel rattacherait naturellement l'harmonie précédente, l'auteur substitue sou coriélatif, soit w/ majeur; cet effet, tout semblable à celui de la mesure 6, est fréquent dans cette scène; celui qui se trouve douze mesures plus loin a précisément été cité en exemple lorsque nous avons, pour la première fois {Rattachements, n" 212), traité des cadences où un accord majeur se substitue au mineur dont il est le corrélatif.