‹ Essai sur la gammeChapitre 31 sur 266 · À DEUXIÈME PAKTIE. - GENÈSE DES ECHELLES ET DES GAMMES · texte numérisé non relu

À DEUXIÈME PAKTIE. - GENÈSE DES ECHELLES ET DES GAMMES

à ceux de gammes normales fondées sur d'aulres toniques, en sorte que leur sonorité peut Iromper (') l'auditeur inaccoutumé à la tonalité pseudique et donner lieu k confusion. (Test ainsi que do majeur pseudique et do mineur pseudique ayant respectivement des notes presque identiques à celles de fa majeur normal et de sol mineur normal, peuvent être confondus avec ces deux dernières tonalités.

Donnons maintenant quelques exemples de ces diverses gammes, en commençant par le mode mineur où les variantes sont le plus fréquemment employées en vue d'éviter le

rapport complexe y qui existe entre la tonique et le vir degré du mineur normal.

81. Minems ornés et alternants. — Il y a une cinquantaine d'années, beaucoup de professeurs de musique enseignaient que la gamme mineure pouvait se faire de deux façons qu'indiquent les exemples ci-dessous :

Fi,?.

Gamme de DO jnineur^ a l'italienne.

^^^ ip' y f Y '"^ ^ '' J

fxamme de DO mineur, à l^allemande.

%-^ J J >l ^^^^^^TT^"' ^ ^ ^j

On voit que la gamme à l'allemande n'est autre que la gamme ornée, et que la gamme à l'italienne est conforme, savoir : en montant, à la gamme alternante, et, en descendant, à la gamme normale.

A notre époque, on enseigne presque universellement que la véritable gamme mineure est conformée comme celle qui a été nommée ci-dessus mineure ornée.

Mais tous les Traités indiquent qu'on peut aussi pratiquer cette gamme en haussant non pas seulement le vii° degré, mais aussi le vi% et en descendant aussi bien qu'en montant : ainsi pratiquée, la gamme mineure est conforme à la variante appelée plus haut mineure alternante. Les variantes ornées et alternantes sont donc d'un emploi classique, et il est inutile de montrer par des exemples qu'elles sont usitées.

83. Mineur normal. — Ainsi qu'on vient de le dire, la plupart des auteurs de nos jours ne considèrent pas comme faisant partie de la tonalité moderne la gamme dénommée plus haut mineure normale. Cependant, à l'époque où les musiciens n'employaient guère comme iiccidents que quelques rares si'i^, le mineur noi-mal était l'une des tonalités les plus usitées et le mineur orné était absolument inconnu. Comme exemple d'air ancien écrit en mineur normal, on peut citer V Alléluia suivant ('), tiré du Cantus Biiersi et transposé en do mineur {') :

( ' ) Pseuilique vient de (j/eu5)iç, trompeur.

(-) Cet ./4//e<«(a ne contient pas le VI' degré de sa gamme; il se pourrait donc qu'il eût étii conçu on mineur pseudique et non en mineur normal; mais les modernes sont portés à lui attribuer la genre normal plutôt que le pseudique, aujourd'hui moins usité. C'est ainsi que, si un musicien do nos jours voulait orner d'un la le sol qui termine le mot /ilii. ou le /a qui commence le mol Jiliœ, ce la serait l'ait Ijémol plutôt que bécarre.

(^) Pour le cas où le lecteur ne serait pas familiarisé avec l'écriture ancienne, on aura scpiu, par la suite, de trailuirc toujours les exemples de plain-chant en écriture moderne (portées, clefs et valeurs dus notes). Pour les valeurs,

CIlAl'ITnE 11. — (iKNKSE DES GAMMES.

AL. le . lu - i- - a, al - le . lu ia , al . le . lu - la

zc

rr r r r ir g

O fi - li - i et fi . li - œ, Rex coe . les.tis , Rex

l'i'T r r r ir r r r rrf r j^

Glo - ri"roe, Mor-te surre . xit ho . di - e, ai. le. lu . la.

Les modernes emploient aussi le mineur normal; mais, le plus souvent, ils l'emploient concurremment avec le mineur orné ou alternant. Voici, par exemple, les quatre premières mesures de Vandante de la Symphonie écossaise (troisième symphonie de Mendelssohn) :

^'^fa%=F

Cet air étant en la mineur, l'échelle dominante est misolsi pour le genre normal et /Mtso/?« pour le genre orné; les initiales 0 et N écrites au-dessous de l'exemple précédent montrent les accords qui appartiennent respectivement au genre orné et au genre normal.

On voit que, dans les mesures i et 4, Mendelssohn pratique le genre orné: en ces endroits, en efTet, le chant se dirige vers la tonique, et le rapport de soh à la serait dur à cause de

la complexité de la fraction correspondante ".*; c'est pour un motif de ce genre (jue, dans la

gamme de la mineur à l'italienne, on dièze le sol en montant, c'est-à-dire avant d'aboutir

on appliquera le Tableau Je correspondance ci-dessous :

Fig. 'n'\-a.

Vf r P

II ne subsistera donc, comme signes spéciaux i l'écriture du plain-chant, que les trois barres de respiration, la petite.

la grande et la double; mais le lecteur se rappellera facilement que ces trois barres sont, dans la phrase musicale, ce i[ue la virgule, le point et virgule et le point sont respectivement dans la phrase littéraire.

■)^ DEUXIÈME PARTIl:. — GEMÈSE DES ÉCHELLES ET DES GAMMES.

à la. tandis que dans la marche en sens inverse on revient au degré du genre normal soh.

Mais à la deuxième mesure du môme exemple {fig. 46), ce n'est plus vers la tonique que le chant se dirige, c'est vers la dominée; Mendelssohn revient donc au genre normal et emploie un soh.

C'est surtout aux cadences qu'il est utile de pratiquer le genre orné de préférence au genre normal. Les cadences sont les repos de la phrase musicale. Pour procurer un repos complet, il faut qu'elles soient faites sur la tonique (cadence parfaite) et, pour procurer un repos partiel, il faut qu'elles se fassent sur quelque chose qui soit en rapport assez simple avec la tonique. Or l'échelle dominante, dans le mineur normal, forme avec la tonique les rapports suivants :

soJ — \/ 1 — ré 2 ) 4 3() — 36 — 4 J do 2 4i>

qui sont manifestement beaucoup plus complexes (fue les rapports coi'respondants du mineur orné

sol — sii — ré ■' S 4 ^ m — i5 — |8

do 2 1<)

Mais, s'il y a des cas où il convient de hausser le VII' degré du mode mineur, c'est-à-dire de substituer Vorné au normal, il n'en est pas toujours ainsi, et l'élévation intempestive du VU" degré peut être extrêmement fâcheuse; ainsi le diézage du sol dans la deuxième mesure de l'exemple pi'écèdent et le bécarrisage du si} dans l'exemple antéprécédent font perdre aux morceaux cités vme bonne partie de leur originalité: de même l'exemple suivant, tiré (') de la fin de Vlm'ocalion à la Mature de la Damnation de Faust de Berlioz, perd toute sa grandeur et tombe dans le banal si, dans l'avant-dernier accord, on hausse le si, VU'' degré de la gamme employée (rfo; mineur).

On a beaucoup disputé autrefois sur la façon dont on doit faire la gamme mineui-e ; par exemple la gamme de do mineur doit-elle comprendre le si y ou le sis. . . ?

Les musiciens tenant pour le si} montraient que certains airs mineurs perdent toute saveur et toute originalité si l'on élève leur YII= degré ; nous avons vu qu'il en est bien ainsi.

Mais les partisans du sii répondaient que certaines harmonies de la dominante exigent que le VU" degré soit élevc' : nous avons vu que celte remarque est fondée ( -), notamment dans le cas des cadences.

Et lorsqu'on montrait aux partisans du .y«q des exemples où le VII° degré, laissé dans son

( ' ) Avec l'autorisation des éditeurs Costallat et C.'", (io, Chaussée d'Antiii, Pai-is.

( ■' ) La remarque que nous venons de faire s'applique à l'accord de dominante. Or l'accord do septième de dominante donne lieu à une remarque de même sens et oelle-ci a dil avoir encore plus d'influence sur l'esprit des théoriciCTis partisans du si<i (voir 5° Partie, Hattac/iemeiUs. premier renvoi du n° 208), car, dans le cas de l'accord de 80|>tiemc de dominante, la nécessité de remplacer le genre normal par le genre orné est généralement assez impérieuse.

iMiM'imK 11. (;enese des gammes. •) .

état normal {■",>), produit dos ell'ets d'une beault!' incontestable, ils se tiraient d'affaire eu accusant leurs interlocuteurs de confondre la tonalité de la musique moderne avec celle du plain-chant.

Il est certain que les tonalités les plus fréquemment employées par les modernes ne sont pas identiques à celles du plain-chant; mais le plain-chant n'en est pas moins de la musique et l'on ne conçoit pas en vertu de quel motif nous devrions renoncer aux merveilleuses ressources artistiques qu'il renferme.

Et c'est chose bien curieuse et digne d'être signalée que celte contradiction où tombeni certains auteurs : dans telle partie de leurs ouvrages, ils gourmandent les musiciens modernes qui ont malheureusement laissé tomber en désuétude les modes si variés et les tonalités si originales prati(jués autrefois; et, dans d'autres parties, ils contribuent à perpétuer cette désuétude en réduisant toute la musique aux deux seules variantes nommées [ilus haut majeure normale et mineure ornée, et en interdisant formellement (') toute autre façon de pratiquer la gamme, c'est-à-dire précisément ce qui permettrait de varier la tonalité et de revenir à l'usage des modes anciens.

83. Mineur pseudique. — Nous verrons bientôt que quatre tons équiarmés disposés les uns par rapport aux autres comme les suivants (-) :

do majeur normal = dna'i, .lui majeur pseudique = sola^!^, rr mineur pseudique = réi'!^, In mineur normal = la ri,

sont liés entre eux par une étroite parenté, en sorte que la mélodie oscille (') souvent de l'un à l'autre avec une extrême facilité. Et de même qu'on passera de doav à réi'b, de même on passera de fa a ^j à soli<li, ou bien de sola^j à lai']i, etc. Dans l'exemple suivant, tiré (') de la scène de la prison du Faust de Gounod, les mots :

'if 7

ji

Oui c'esttoi, je t'ai . me. Oui c'esttoi, je t'ai . me Les

^s±0l}^i^Wéfl

« Oui, c'est toi, je t'aime «,sont chantés deux fois, savoir: la première dans le ton principal

(') Il va de soi que cette interdiction n'en impose pas au compositeur et, quand l'air qu'il ccrit se présente à sou esprit en mineur normal, il laisse au Vil* degré l'intonation que lui assigne l'armure, sans tenir compte de cette pseudo-loi d'après laquelle le VII» degré du mode mineur devrait toujours être haussé de l'ai.'on à occuper sa position di^ note sensible à demi-ton au-dessous de la tonique. .Vinsi Chabrier, dans son ouverture du Gwendoline (première mesure de la page (1 de la partition d'Knocli frères et Costallat), termine un motif ndncur par l'accord du to i (domijsol) précédé de l'accord mineur de la dominante {solsi\.ré). Mais, comme il sait que cette intonation heurtera un pri^jugé fort répandu, que beaucoup de lecteurs croiront à une omission et seront tentiis de bécarriser le si. il alTecte cette note d'un bémol spécial, faisant double emploi avec celui dont la clef n'a cessé d'être armée.

(-) Ces tons sont dits équiarmés parce iiue chacun d'eux est formé de sept degrés sensiblement identiques aux degrés des trois autres, en sorte que ces quatre tons ont même armure.

(^) On conviendra plus loin d'appeler o«rf//a<iOHi ces excursions très brèves que fait sriuvent la niéludie hors du ton établi. L'oscillation diffère de la modulation en ce que, dans cette dernière, le ton établi est abandonné soit délinitivemcnt, soit tout au moins pour un certain nombre de mesures (voir n' Partie, A/iplicalions. n" (i3(j et suiv.).

(') Avec autorisation de M. Choudens, éditeur-propriétaire.

"iG PELXIEME PARTIE- — GEN'ESE DES ECHELLES ET DES GAMMES.

{fa majeur normal), et la seconde dans le ton de sol mineur pseudique, ('quiarmé du précédent.

Parfois le pseudique est employé dés le début de la mélodie, et celle-ci, après plusieurs oscillations, module définitivement dans l'un des deux tons normaux faisant partie du groupe des quatre équiarmés. Ainsi, dans l'e.xemple suivant, tiré (') de la Prière à la Déesse, acte II, scène IV, de la Salantmbâ de Reycr, la mélodie qui se terminera en /«) majeur normal, commence en si y mineur pseudique.

Fig- 'l9-

m!-!iff^r77^|fff///[^

mi

^f=f^^^'-rr7

Enfin le mineur pseudique peut aussi être employé pour lui-même. A titre d'exemple, voici le début (-) de l'ouverture de la Gwendoline de (]babrier. Ce passage est écrit en

Fi-.

é^if^#g

yP uH y 7 7 7

-k^^jt

VT-f^

^xi^OXO

(') Avec aulorisation de M. Choudens, éditeur-propriétaire. {■ ) Cité avec autorisation do M. Enoch, éditeur.

Page 1