‹ Essai sur la gammeChapitre 30 sur 266 · CHAPITRE II. — GEXKSE DES GA.M.MKS · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — GEXKSE DES GA.M.MKS

la note modifiée peut former avec la tonii|ue uu rajjport plus simple ou moins simple que dans la gamme normale.

Dans le cas de la gamme de do majeur, sol si ré s'échange en soi sif ré, en sorte que

le rapport -j- = -^ devient ^ = ^; la nouvelle gamme sera donc plus dure que hi gamme normale, car, de ce qui a été vu dans la première Partie (Consonance, n" 50, cas ; - ()> il

résulte que l'intervalle -ï est le plus dur de ceux que forme la tonique avec les divers

degrés, au moins dans les gammes que nous considérons présentement.

Dans le cas de la gamme mineure, au contraire, sol si} ré s'échange en sol si ré et la nouvelle gamme est moins dure que la gamme normale.

Si l'on contremode à la fois les deu.\ échelles D et A, on obtient les gammes que représentent les symboles A,TaD, et AaT,Da. Les gammes de cette série parlicipent aux propriétés que possèdent les deux séries précédentes.

11 n'existe pas d'autres variantes, car, d'une part, si l'on contremode les échelles T, les gammes majeures s'échangent en mineures, ou inversement, sans qu'il apparaisse aucune combinaison nouvelle; et, d'autre part, il n'y a pas lieu d'essayer de modifier une quelconque des quatre autres notes de la gamme; en effet, ces dernières sont base ou sommet d'échelle; donc leur altération détruirait les échelles dont elles font partie, de sorte que la gamme étudiée cesserait d'appartenir au type ternaire dont il s'agit présentement.

En résumé, nous trouvons huit espèces de gammes ternaires pouvant être représentées par les symboles suivants :

Aa

Ta

Ta

Da,

Ta

Aa

Aa

Ar,

77. Le lecteur trouvera un peu plus loin des exemples de ces diverses gammes; mais, s'il n'a pas eu déjà l'occasion de reconnaître leur existence, il fera bien de ne pas chanter ou jouer ces gammes avant d'avoir pris connaissance des explications qui s'y rapportent. Voici pourquoi :

S'il existe une branche des connaissances humaines où la théorie se soit montrée audessous de son rôle, c'est bien en musique que s'est observée cette sorte de faillite de la Science. Les systèmes pourtant n'ont pas manqué; il en a été édifié d'innombrables; mais leur fausseté a été successivement reconnue et il est heureux que les artistes se soient fiés uniquement à leur instinct musical, sans s'embarrasser autrement des enseignements des théoriciens qui auraient sévèrement bridé leur génie.

De cette insuffisance de la théorie, il résulte que nous n'avons guère coutume d'user de notre raison pour porter nos jugements sur les choses de la musique; ou bien nous nous en rapportons à noire instinct musical, ce qui serait légitime si l'habitude n'avait pas déformé nos tendances naturelles, ou bien nous nous guidons d'après l'avis des gens dont l'opinion fait autorité.

Aussi, lorsqu'un grand génie musical, un Beethoven, un Berlioz, un Wagner, produit une œuvre écrite dans un style nouveau, le public ne peut la goûter dès la première audition; et les théoriciens, dont les habitudes musicales sont heurtées par la nouveauté, commencent toujours par déclarer que l'œuvre est mauvaise (').

Par la suite, il est vrai, ce faux jugement est revisé, mais seulement lorsque le public, ayant appris la langue que parlait le génie novateur, est devenu apte à en apprécier les

(') Parfois même ils le démontrent (!'?!).

5o DEUXIEME PARTIE. — CENESE DES ECHELLES ET DES GAMMES.

lieautés. Ces faits bien connus sont rappelés ici pour attirer l'attention du lecteur sur cette propension que nous avons tous à déclarer /««.«es les sonorités qui nous sont seulement inaccoulumées.

C'est ainsi qu'un musicien très finement doué, entendant sans explications préalables la gamme dénommée ci-après gamme mineure pseudique, pourra, au moins à la première audition, être tenté de la déclarer fausse.

Cependant le mineur pseudique est extrêmement employé; il a même un charme particulier qui permet souvent de le reconnaître immédiatement, de même qu'on distingue le mode majeur du mode mineur. 11 est plus rude, il est vrai, que le mineur le plus usuel et s'emploie surtout épisodiquement.

Toutefois, il peut aussi être employé pour lui-même; c'est ainsi que Chabrier, dans sa magistrale ouverture de Gwendoline, en a fait un merveilleux emploi pour peindre la férocité du cruel Armel. Cette tonalité mineure pseudique est d'ailleurs bien loin d'être de création récente ; elle est renouvelée des Grecs dans la. musique desquels elle constituait le premier mode (mode de /-e ou mode dorien). Le lecteur est donc averti que si, au premier abord, les gammes suivantes lui causent une sensation de surpi-ise, il trouvera bientôt la preuve que ces tonalités lui sont cependant fort connues et qu'il en a même souvent fait usage à son insu, pour peu qu'il ait écrit de la musique; qu'en tous cas ces tonalités, inégalement usitées en raison de leur inégale simplicité, ont toutes été employées par les maîtres, et se retrouvent dans des œuvres d'une beauté incontestée.

78. Ceci dit, revenons aux huit gammes définies plus haut par les symboles A, T. D, et donnons à titre d'exemples (') celles de ces gammes où do est tonique, en rangeant par ordre de hauteur croissante les degrés contenus dans l'étendue d'une octave :

Gamme de do majeur normal =: do a v :

do rc /ni fa sol la si.

Gamme de do majeur orné =: do a o :

do ré mi jet sol la j si.

Gamme de do majeur alternant 3= do a x :

do ré mi Ja so! la-, si -y.

Gamme de do majeur pseudique :z^ do a -h :

do ré mi fa sol la si'y. Gamme de do mineur normal ;= do i ^j :

du rc nu-, fa sol /rtT si-i. Gamme de do mineur m né ^- do i o :

do ré mi-, fa sol la-, sii.

Gamme de do mineur alternant r— do i x :

do ré mi-, fa sol lai si:.

Gamme de do mineur pseudique = do i'\i :

do ré mi-, fa sol lai si-,. — - o.

(') l'our la signification des abréviations a, i, v, o, a, 4' employées dans les titres de ces exemples, voir le nota <iui termine le présent article (n" 78é(i).

CHAI'ITIŒ m. — (.KNESE DES GAMMES. )l

Si l'on se reporte aux tableaux donnés plus haut (n'"' lo et 51 de la première Partie, Consonance), il est facile de constater qu'il y a correspondance parfaite entre, d'une part, les intervalles que forment avec la tonique les divers degrés des huit gammes précédentes, et, d'autre part, les divers nombres fractionnaires qui constituent la catégorie des rapports les plus simples.

.4insi que le montrent les titres donnés aux luiit exemples qui précèdent, ces ganuiics peuvent se répartir en deux modes (majeur et mineur) et en quatre genres (normal, orné, alternant et pseudique).

Nous allons examiner dans les trois articles suivants ces deux modes et ces quatre genres, ainsi que les trois formes (authentique, plagienne et antiplagienne) sous lesquelles chaque gamme peut se présenter.

78 bis. Nota. — De même que nous avons adopté les abréviations « et «(vo«/- ci-dessus, n° 74) pour représenter les deux modes, le majeur et le mineur, de même nous adopterons, pour représenter les quatre genres, les abréviations suivantes (') :

V normal, o orné, ot allernani, •l pseudique.

ARTICLE II. - Modes.

79. Les huit gammes que nous considérons étant constituées par une échelle principale ou tonique à laquelle sont annexées diverses autres notes, nous définirons le mode de chaque gamme d'après celui de son échelle tonique; nous appellerons donc majeures celles des huit gammes ci-dessus où le mi est naturel et mineures celles oi'i le mi est bémolJp"

ARTICLE III - Genres.

80. .Vinsi qu'on l'a dit plus haul, nous donnerons aux gammes dont les Irdis lichelles constitutives sont de même mode le nom de normales, parce qu'il ne paraît pas possible de concevoir des gammes ternaires ayant un mode de formation plus régulier {norma, règle).

Nous appellerons ornée la gamme mineure dont le vn'^ degré est diézé, parce que. comme on l'a vu, cette modiflcation rend plus simple et par suite plus doux le rapport du vu' degré à la tonique. .•Mnsi la gamme de do mineur ornée se fera avec /aj? et siz.

Par analogie, nous appellerons aussi do majeur orné, la gamme de do où le la est également bémol et le si naturel (on a vu que le bémolisage du la n'altère pas sensiblement la simplicité de la gamme).

Les gammes ornées seront donc celles dont l'échelle dominée est mineure et l'échelle dominante majeure.

Nous dénommerons alternantes les ganmies dont les échelles dominée et dominante sont de mode opposé à celui de l'éclielle tonique, car, d'une part, les échelles constitutives se succèdent avec des modes alternativement nuijeurs ou mineurs, et, d'autre part, les ileux moitiés de ces gammes rappellent allernativement l'une et l'autre des deux gammes normales.

Enlin nous appellerons pse^tdiques les gammes dont l'échelle dominée est majeure et l'échelle dominante mineure, parce que leurs degrés sont presque exactement semblables

( ' ) Les lettres v ( nu ), i ( alpha ) et «ji ( psi ) sont les initiales îles mots grecs signiliant les genres corresponilants ; la lettre o, initiale ilu mol oriiatuni. a même forme dans les alphabets grec et latin-français.

Page 1