‹ Essai sur la guerre socialeChapitre 14 sur 29 · C.UFHRF. SOCIALE · texte numérisé non relu

C.UFHRF. SOCIALE

nuit des calendes de novembre, l'an de Rome 672 (î3 août, 82 A. J. C.) que cette grande armée

Subiaeo. J'ajouterai qu'il lui eût été beaucoup plus difficile de cacher son mouvement à Sylla s'il eût pris la roule directe pour aller à Rome. Le Romain, à la tète d'une armée victorieuse et très-fort en cavalerie, n'eût pas demandé mieux (pie de le combattre en plaine, et Telesinus , sans doute, ne voulait accepter la bataille qu'après avoir fuit sa jonction avec tous les corps des confédérés qui tenaient encore la campagne. Enfin, il eût été impardonnable à Sylla de ne pas couvrir Rome de ce côté, surtout lorsque les Samnites étaient à peu près maîtres de la Campanie, et qu'ils avaient une armée considérable dans le Latium. Si cette route eût été ouverte, Telesinus aurait pu prendre Rome, lorsque Sylla marcha sur l'Étrurie. — Tous les auteurs sont d'accord sur çe point, que les confédérés arrivèrent le matin des calendes de novembre devant la porte Colline; il semble donc qu'ils s'avançaient par le chemin deTibur. Il est vraiqu'Appien rapporte que les Samnites , après leur marche nocturne, s'arrêtèrent dans le voisinage d'Albano,à 100 stades de Rome. IIpo OTotSiMV Ixoct&v £<TTpaxo7ueôeuov àucpi t?jv 'AXêavwv *p]v. Civ. I, 92. Mais comment croire qu'arrivant sur Rome de ce côté, ils aient perdu un temps précieux à tourner autour des remparts pour aller se porter devant la porte Colline, s'exposaut à rencontrer Sylla dans cette marche de flanc? Remarquons encore que, dans la bataille qui suivit, l'armée tics confédérés avait sa droite du côté de Rome , et qu'elle fut poussée dans la direction de l'Étrurie après sa défaite. — J'imagine qu'Appien, ne s'étant mis aucunement en peine d'examiner les incidents de cette mémorable journée, n'aura uarlé d'Albano que parce qu'il savait que le chemin du Sam-

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se précipitait sur Rome. En ce moment la ville , presque abandonnée , n'avait qu'une très-faible garnison, destinée seulement à contenir la populace urbaine. Sylla était retenu aux environs de Préneste; Pompée poursuivait au hasard les lieutenants de Carbon. Cependant, la certitude d'avoir donné le change à leurs adversaires augmentait l'ardeur des confédérés. Déjà, pour prix de leurs efforts, ils se repaissaient en imagination du pillage et de l'incendie de Rome , et cet espoir doublait leurs forces et leur faisait oublier la fatigue d'une marche de plus de quarante milles. Samnites, Lucaniens, Étrusques, brûlants de haine et de vengeance, entraînaient avec eux les Romains de Carbon à la ruine de leur patrie. En une nuit leur avant-garde arrive à un mille de Rome ', devant la porte Colline. Là, épuisés de lassitude, ils font une légère halte.

nium à Rome passe dans cette direction. J'ai dit plus haut le motif qui rend le témoignage de Plutarque particulièrement digne de foi en cette occasion.

■ Cfr. Plut. Syll. : Séxa ffrat&fouç. — App. Civ. I, 92. — De Subiaco, où était, je pense, le quartier général de Telesinus, à Rome, il y a 40 milles. On se demande si celte distance a pu être parcourue dans une nuit par une armée de 40,000 à 5o,ooo hommes. Ici , il faut se rappeler les marches extraordinaires des troupes italimnes. En 547, le consul C. Claudius Néron partit des environs de Cauusium pour

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Au lever du jour, Pondus Telesinus aperçoit les temples et les tours de Rome dorés par les premiers rayons du soleil. Il croit déjà les voir briller à la flamme de ses torches. Enfin, sa superbe ennemie est en sa puissance. Il appelle ses Samnites et leur montre le but de leurs derniers efforts : « La voilà, s'écrie- t-il, la tanière de ces loups ravisseurs; brûlons-la, détruisons-la! Tant que la foret maudite où ils se retirent ne sera pas rasée, les Loups ne laisseront pas de liberté en Italie 1 ! » Samnites et Lucaniens, en poussant des cris de joie, s'élancent à sa suite.

Tout d'un coup, la porte Colline s'ouvre, un gros de Romains armés en sort et s'avance fièrement à leur rencontre. C'étaient les débris des

se rendre à Sena Gallica dans l'Ombrie , où, réuni à son collègue M. Livius Salinator, il défit complètement l'armée d'Asdrubal. La nuit même de cette victoire, il repartit de Sena , et rentra le sixième jour dans son camp près de Canusium. Liv. XXVII, 5o. De Sena à Canusium il y a au moins 270 milles ; ainsi son armée faisait 45 milles par jour. On voit, dans Végèce, I, 9, qu'on apprenait aux soldats romains à faire 20 milles en cinq heures , au pas militaire , et 24 au pas accéléré, pleno gradu. Je suppose que les Sa mm les n'avaient ni chariots, ni tentes, et probablement peu ou point de cavalerie. Partis de Subiaco à six heures du soir, ils pouvaient se trouver devant la porte Colline à six heures du matin.

' VdL Pat. 11,27.

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maisons les plus considérables de Rome, échappés aux proscriptions de Marins, que leur jeunesse avait dispensés de prendre les armes dans le camp de Sylla; c'étaient des malades, des blessés, des vétérans, depuis longtemps retirés du service. Ils avaient frémi d'indignation en voyant paraître un ennemi devant leurs remparts, et, à l'exemple de leurs ancêtres, ils avaient voulu marcher au-devant de lui. Cette généreuse troupe, commandée par Appius Claudius, descendant des plus illustres patriciens, se jeta tête baissée sur les Samnites, et se fît hacher en pièces après des prodiges de valeur r .

Toutefois, leur audace en imposa à Telesinus. 11 n'entendait pas les cris des femmes qui croyaient déjà la ville au pouvoir de l'ennemi; il ne voyait pas l'épouvantable confusion qu'y avait jetée son approche. Mais qui aurait pu croire en effet que tous les défenseurs de Rome venaient de se faire tuer hors de ses remparts? Telesinus hésite, et craint des obstacles qu'il n'a pas prévus. Maintenant, il veut donner quelque repos à ses soldats harassés, attendre l'arrivée de toutes ses troupes. Il perd un temps précieux. Bientôt paraissent quelques escadrons romains qui augmentent son irrésolution. C'était une avant-garde de sept

1 Plllt, Sllll.,

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cents chevaux, qui, partis la nuit du camp de Préneste, arrivaient à bride abattue, annonçant que Sylla les suivait avec toute son armée, et qu'il serait à Rome vers le milieu du jour. Telesinus, renonçant à un assaut, se prépara pour la bataille.

En effet, Sylla ne tarda pas à se montrer. Furieux d'avoir été trompé par son ennemi, ce fut à regret qu'il laissa quelques instants à ses soldats, hors d'haleine, pour prendre leur repas. Dès qu'il les eut mis en bataille, il fit sonner la charge. 11 était près de quatre heures après midi. De part et d'autre on se battit avec la rage du désespoir, et les généraux des deux armées donnèrent l'exemple en s'exposant en soldats. Sylla courut les plus grands dangers. Monté sur un cheval blanc, il servait de but aux traits des Samnites, et une fois entre autres, sans la présence d'esprit de son écuyer qui fouetta son cheval, il était percé de deux javelots qui le rasèrent en passant derrière lui .

La nuit tombait lorsque son aile gauche, vivement pressée par Telesinus en personne, plia et se mit en désordre. Sylla accourut aussitôt pour la ramener au combat, prodiguant les promesses et les menaces. De sa main il saisit même plu-

1 Plut. Stlll., Of).

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sieurs soldats et les contraignit à tourner la tête. Mais une dernière charge de l'ennemi enfonça tout ce qui résistait encore, et alors toute cette aile gauche se débanda, et Sylla lui-même fut entraîné par les fuyards. On dit que, dans ce danger, il tira de son sein une image d'Apollon, enlevée au temple de Delphes , et l'apostrophant en fureur: « Eh quoi, s'écria-t-il , Apollon Pvthien, n'as-tu donc élevé si haut Cornélius Sylla le Fortuné, ne lui as-tu fait gagner tant de batailles que pour l'abandonner et le trahir devant les murs de sa patrie 1 ! »

Aucun miracle n'eut lieu. Ses soldats s'enfuyaient de toutes parts, se précipitant vers la porte de Rome, pêle-mêle avec l'ennemi. On craignit un instant que les Samnites n'y pénétrassent, et les vétérans de garde sur ce point laissèrent tomber la herse. Nombre de fuyards furent écrasés dans la presse, ainsi que quelques sénateurs curieux qui s'étaient un peu trop avancés pour voir une bataille, spectacle encore plus intéressant que leurs jeux de gladiateurs \

Cependant les débris de l'aile gauche, acculés contre les murs de Rome, se voyant dans l'impossibilité de fuir, recommencèrent à combattre

• Plut. Sull., 29.

3 App. Civ. I, 93. — Plût. Sull. 29.

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au milieu des ténèbres, mais sans ordre, sans chefs pour les diriger, frappant au hasard. Cette horrible boucherie dura jusqu'à la neuvième heure Alors les armes échappèrent aux mains lassées, et l'épuisement sépara les combattants. Quelques fuyards ne s'arrêtèrent qu'au camp devant Préneste, où ils annoncèrent la perte de la bataille, la mort de Sylla et la prise de Rome. Peu s'en fallut que Lucretius Ofella ne levât le siège.

Dans la confusion d'une mêlée nocturne , Sylla ignorait ce qui se passait sur les autres parties du champ de bataille. Il croyait son armée anéantie, et pensait peut-être à se donner la mort lorsque des cavaliers le rencontrèrent, envoyés par Crassus qui commandait son aile droite. Ils annoncent que l'ennemi est battu, en pleine déroute, qu'ils l'ont poursuivi jusqu'à Antemme, mais qu'ils sont épuisés de fatigue, et qu'on se hâte de leur envoyer des vivres \

Jamais général ne passa plus brusquement du désespoir au comble de la joie. Dès qu'il fut jour, Sylla, ralliant tout ce qu'il trouva de ses troupes, les conduisit à Antemnae, où les restes de l'armée ennemie se défendaient encore. Une division de

■ Plut. Sull., 29.

* Plut, Sull., 3o.

an

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i rois mille hommes, peut-être des Romains de Carbon, demandait à capituler : Sylla leur promit la \ie à condition qu'ils tourneraient aussitôt leurs armes contre leurs camarades Ils obéirent sans balancer, et cette perfidie acheva la ^déroute. Huit mille prisonniers, la plupart samnites, et ces traîtres avec eux, furent le lendemain massacrés de sang-froid »; c était presque tout ce qui restait de l'armée des confédérés.

Cinquante mille morts des deux partis étaient étendus sur le champ de bataille. Longtemps on chercha Telesinus. On le trouva enfin percé de coups, mais respirant encore, entouré de cadavres ennemis. L'orgueil du triomphe se lisait dans ses yeux éteints qu'il tournait encore menaçants vërs Rome 3 . Heureux si la mort le surprit tandis qu'il se croyait vainqueur!

Gutta, le chef des Campaniens, trouva comme lui une mort glorieuse sur le champ de bataille. On ignore la destinée de Lamponius. Quant aux lieutenants de Carbon, Marcius, Carrinas et Da-

• Plut. Suit., 3o.

» Plut, loc cit. — App. Civ.I, 93. Les auteurs varient sur le nombre des victimes. Cfr. Oros. V, ai. — Dyonis. Hal. V , 77. — Senec. de Clem. 1 , 1 a, 3. — Liv. Epit. 88.

» Vell. Pat. Victoris rnagis qunm morientis vultum prœferens, II, 27.

masippus on les amena prisonniers à Sylla qui les fit aussitôt mettre à mort. Leurs tètes sanglantes, celles de Telesinus, de Gutta et des autres chefs, plantées au bout des piques, furent promenées autour des murailles de Préneste, pour annoncer à ses habitants qu'ils n'avaient plus d'espoir. Marins et le frère de Pontius Telesinus tentèrent de s'échapper par un souterrain qui donnait sur la campagne; mais trouvant toutes les issues étroitement gardées, ils ne voulurent pas laisser à leurs ennemis la joie de les voir mourir. A cette époque, la fureur des combats de gladiateurs avait fait inventer une espèce de suicide à deux. Déterminés à périr, deux amis se battaient l'un contre l'autre; acteurs et spectateurs à la fois, c'était un dernier plaisir qu'ils se donnaient a . Tel fut le genre de mort que choisirent Marius et Telesinus. Le Romain, plus adroit escrimeur, tua le Samnite, et,

1 II règne quelque incertitude sur sa mort. Dans le discours de Caesar, Cat. 5i, Salluste le fait mourir proscrit par Sylla. — L'Épilomc de Tite-Livc, 89, rapporte qu'il se tua lui-même en Sicile , se voyant sur le point d être pris par des' soldats de Pompée. Dion Cassius dit que sa tète fut portée à Préneste avec celles des autres chefs. Frag. i35.

3 V. un exemple d'un duel semblable entre Petrejus et Juba. Hirt. bell. Af. 9/1.

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blessé lui-même, se fit achever par un esclave. Eux morts, la ville ouvrit ses portes.

Lucretius Ofella fit d'abord décapiter tous les chefs, et quant aux soldats et aux habitants, il attendit les instructions de son général. Sylla fut à Préneste ce qu'il s'était montré à Antemnœ. A son entrée dans cette malheureuse ville, on divisa, par son ordre, les prisonniers en deux classes. Dans la première, les Romains, les Samnites et les Prénestins dans l'autre ; tous lui furent présentés dans l'attitude de suppliants. Aux premiers il dit qu'ils méritaient la mort pour leurs crimes, et que cependant, comme Romains, il leur laissait la vie. Pour les Samnites et les Prénestins, il n'y eut point de grâce. Sauf les femmes, les enfants et quelques citoyens nommément exceptés, tous furent tués à coups de flèches sous ses yeux. Ils étaient près de douze mille *. Le pillage de cette ville sans habitants fut donné aux soldats; son territoire, empesté par douze mille cadavres sans sépulture, fut confisqué au profit des vainqueurs.

' Cfr. App. Civ. I, 94. — Plut. Sull. 32. — Val. Max. IX, 2, 1. — Strab. V, p. a3tj. — Suivant Valère Maxime, les femmes mêmes n'auraient point été épargnées du massacre. — Les Samniles d'Antemnae et ceux de Préneste furent tués à coups de flèches , probablement par les auxiliaires de Sylla, ses légions se refusant à cette horrible boucherie.

Di

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