‹ Essai sur la guerre socialeChapitre 19 sur 29 · SUR LES · texte numérisé non relu

SUR LES

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L'abbé Olivieri, Pellerin, Swinton, Eckhel, Dutens, M. Mionnet, M. Millingen, ont donné la description de plusieurs médailles relatives à la guerre sociale; mais jusqu'à présent il n'existe aucun travail spécial sur la numismatique de cette période intéressante. Je n'ai pas la prétention de combler cette lacune; mais en essayant de réunir et de coordonner les descriptions déjà publiées, en y ajoutant quelques courtes observations, j'espère attirer l'attention des savants sur ces monuments encore peu étudiés et dont je n'ai pas besoin de faire remarquer l'importance.

Les médailles que j'ai pu examiner moi-même, et dont je donne ici le catalogue, sont en assez petit nombre; mais il n'est pas impossible qu'en explorant de vastes collections on n'en découvre

36o GUERRE SOCIALE.

de nouvelles, ou qu'on ne classe dans cette catégorie des médailles dont jusqu'à présent l'attribution est demeurée incertaine.

On observe, dans les médailles de la ligue italiote, une ressemblance remarquable avec celles de la république romaine; ressemblance tellement exacte dans certains cas, qu'on pourrait croire que les mêmes coins ont servi pour les unes comme pour les autres. Toutes, à une seule exception près sont des deniers d'argent; toutes présentent, au droit, la tète d'une divinité; au revers, une composition rappelant quelque événement historique, ou une allégorie relative à la lutte entre Rome et les confédérés. Les légendes sont, les unes, en langue latine, les autres, en langue osque ou dans ses dialectes. Une seule médaille offre la réunion des deux idiomes. On peut conclure de cette différence dans l'épigraphie, qu'il n'a pas existé de monnaie unique pour la confédération, mais que chaque ville, ou du moins chaque État, a possédé son atelier monétaire. Enfin , cette même différence de langues confirme les inductions que fournissent les noms des chefs, et atteste la division de la ligue italiote en deux grandes fractions, dans chacune desquelles un des peuples qui en faisait partie,

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APP. SUR LKS MÉDAILLES 1TALIOTES. 36 1

exerçait sur les autres une influence prépondérante. Sur ce point, nos médailles confirment pleinement les témoignages historiques que j'ai essayé de faire ressortir.

Je m'occuperai d'abord des médailles qui ont une légende latine, frappées sans doute dans le nord de l'Italie.

N° i. ITALIA. Téte féminine laurée avec collier et pendants d'oreilles. — R^. Q. SILO. Huit guerriers, divisés en deux groupes égaux, la téte nue (?), étendent leurs épées vers une truie que tient un jeune homme agenouillé, au pied d'une enseigne militaire surmontée d'une boule, et d'un objet indéterminé, qu'on peut prendre, soit pour un oiseau, soit pour un quadrupède se dressant sur ses pieds de derrière. (Caùinefidu Roi.) Pl. I,n°i.

La tète laurée paraît indiquer une divinité italique , plus probablement l'Italie elle-même personnifiée et divinisée. Le revers montre le traité d'alliance entre les nations armées contre Rome et la cérémonie usitée en de telles occasions. Cicérori (de Jrw., II, 3o) nous fait connaître la victime et le ministre chargé de la présenter aux chefs : « In eo fœdere quod factum est quondam cum « Samnitibus, quidam adolescent nobilis porcam « sustinuit jussu imperatoris. » 11 s'agit du traité des Fourches caudines. Sans doute, les guerriers

sont représentés au moment où ils prononcent la formule : « Si prior defexit publko consilio,

« dolo malo, in illo die, Jupiter, populum

« ferito, sic ut ego illo die hune porcum, hic, « hodie, feriam. » (Liv. I, a4 ; )

Le nombre des guerriers a paru, à M. Millingen correspondre à celui des nations confédérées; j'examinerai plus tard cette opinion.

Le nom de Q. Silo témoigne que cette médaille a dû être frappée, soit chez les Marses dont il était le chef, soit dans la partie de l'Italie, où il exerçait l'autorité consulaire. On observera que son nom de famille, Gentilitium , n'est pas exprimé. Plusieurs médailles romaines ne présentent également que le praenomen et le cognomen. Quant à ce surnom Silo (camard), il prouve que les Italiotes, aussi bien que les Romains, acceptaient avec une étonnante facilité les sobriquets les ' plus ridicules. Le cognomen d'un autre chef marse, P. Vettius Scato, en offre un exemple encore plus singulier. Scato », suivant Forcellini, s'applique à celui « qui fréquenter et ubique « cacat , vel qui multus est in * verbis vel ar- « gutiis. »

Les types de cette médaille sont bien dessinés, et la tête surtout est d'une remarquable élégance.

' Syllogc of greek coins, p. 8.

N° 2. ITALIA. Tète laurée, collier, pendants d'oreilles; en sens inverse de la précédente. — R^. Serment de huit guerriers semblable au n° i . A l'exergue: A (Qib. du Roi). Pl. I, n° a. — D'autres médailles offrent les mêmes types, mais avec de légères différences dans les proportions , et , à l'exergue, les sigles suivants substitués à l'A.: C, I, P, Mil (Eckhel, I, io4). — L'abbé Olivieri décrit une médaille présentant les mêmes types, mais avec ce mot à l'exergue : PAX *. Je suppose que le chiffre XVI, indiquant la valeur du denier, avait été retourné par un accident de monnayage; de là serait résulté la lecture évidemment fausse que nous signalons. [V. la médaille n° 3.)

11 est plus difficile d'interpréter ces caractères : I MAX , à l'exergue d'une médaille semblable aux précédentes et citée par Avellino a . Suivant toute apparence, c'est encore un chiffre retourné » et il faut lire : XVIII. La première explication qui se présente, c'est que les Italiotes, manquant de ressources pour pourvoir aux nécessités de la guerre, auraient donné à leur denier une valeur fictive, que, de 16 as, ils auraient portée à 18. Dans la détresse du trésor qui suivit l'invasion

1 Saggi Ui Cort. U, 49. IV, i33.

■ A vellitio, Italiae vcteris numismatu , p. 96.

d'Ànnibal , le denier romain fut seniblablement élevé de 10 as à 16 ». On peut objecter que cette augmentation de valeur du denier italiote est bien faible, et Ton a peine à supposer que dans un besoin pressant, tel que celui qui fait prendre la mesure d'altérer la monnaie, on se borne à élever sa valeur d'un huitième. — Nous verrons tout à l'heure un chiffre aussi extraordinaire sur une médaille samnite.

Les types de ces médailles s'expliquent par les observations qui précèdent. — La lettre C de l'exergue a paru , à quelques antiquaires , indiquer la ville de Corfinium , où les Italiotes établirent leur sénat. Dans le même sens, l'I pourrait être l'initiale d'Italicum, nom donné, suivant Velleius Paterculus , à la nouvelle capitale de l'Italie. Enfin l'A pourrait encore s'appliquer à Asculum , métropole des Picentes. Mais n'est-ce pas ici le cas de se rappeler l'axiome d'Eckhel, qui considère les lettres isolées variables comme des signes monétaires de convention ?

N° 3. ITALI A. Tète laurée, collier, longs cheveux; à l'exergue : XVI.— R^. Figure laurée assise sur un rocher, ou peut-être sur un amas de boucliers, tenant une haste de la main droite, un para-

' Q. Fabio dictatore asses uncialcs facti, placuitquc denarium sedecim assibus permutai i. Plin. H. N. XXXIII, i3.

zonium de la gauche; derrière, une Victoire ailée lui pose une couronne sur la tête. A l'exergue : F (Qi/j. du Roi.)

N° 4- Tête laurée, collier, pendants d'oreilles; dans le champ :. X. — RJ. ITALIA, semhlahle au précédent; dans le champ : \j (Otù. du Roi). Pl. I,n° 3.

N° 5. ITALIA. Même tête; à l'exergue : X.

— R^. Comme celui du n° 3; à l'exergue : A (Caù. de M. le chev. de Santangelo).

Les types de ces trois médailles , dont les revers sont empruntés à quelques-uns de ceux des familles Caecilia, Pohlicia et Postumia, s'expliquent d'eux-mêmes. La Victoire couronnant l'Italie, fait allusion aux premiers succès des confédérés, peut-être à la bataille gagnée par Scaton contre Rutilius, ou à la victoire remportée par Pompœdius sur l'armée de Cœpion.

Les chiffres X et XVI indiquent, le premier le nom, le second la valeur du denier. La médaille n° 3 peut fournir à Eckhel un nouvel argument contre l'opinion de plusieurs numismatistes qui rapportent uniquement à la deuxième guerre punique les deniers marqués du chiffre XVI

Quant aux motifs qui purent engager les confédérés à adopter les types de la monnaie de

• Eckhel, t. V, p. 19.

leurs ennemis, ils ont été différemment interprétés. J'examinerai tout à l'heure cette question, après avoir ajouté de nouveaux exemples d'imitations semblables.

No 6. Tète féminine, le front ceint d'une bandelette y les cheveux noués par derrière. — R). ITALIA. Victoire assise sur un trône, tenant une palme (Cab. du Roi). PL I, n° 4.

L'absence de légende et d'attributs caractéristiques ne permet pas de déterminer la tète figurée au droit. 11 est difficile d'y voir une personnification de l'Italie, car son expression toute gracieuse convient mal à un pays s'armant pour sa liberté. On trouve des types analogues sur les médailles dés familles Carisia, Cassia, Junia et Manlia, avec les légendes: MON ET A, LIBERTAS, PIE- TAS , SI BVLLA. — En représentant la Victoire assise, on a sans doute voulu exprimer qu'elle se fixait invariablement sous les drapeaux italiotes.

Le revers offre de l'analogie avec un des types de la famille Porcia.

N° 7. Tète féminine coiffée d'un casque orné d'ailes; collier; derrière, une couronne. — R|. ITALIA. Les Dioscures à cheval galopant de deux côtés opposés , la lance dirigée vers la terre. {Cab. du Roi.)

N°8. X. ITALIA. Même tète. — RJ. >. r nNNn > Comme le n° 7 {Cab. du Roi). Pl. III, n° 2 .

N°9. jyjS/m. Même tète. — RJ. Légende et revers semblables au n° 8. (Cad. du Roi.)

N° 10. Même tête, sauf de légers changements dans les ornements du casque; point de couronne ni de légende. — Ity. VK/sITKl. Les Dioscures galopant du même côté, la lance en arrêt (Caù. flu Roi.) Pl. II , 4

Les types des n 08 7, 8 et 9 sont absolument identiques avec quelques-uns de ceux de la famille Servilia; ceux du n° 10 reproduisent les types des plus anciens deniers consulaires.

Eckhel a déterminé comme une Pallas, la figure coiffée d'un casque orné d'ailes. I^es Dioscures, on le sait, furent, dès l'antiquité la plus reculée, en haute vénération parmi les peuples de l'Italie.

La légende VU3TK1 du n° 10, que nous retrouverons sur d'autres médailles, a fort exercé les savants. L'abbé Olivieri, qui n'avait à sa disposition qu'un exemplaire fruste, avait lu : P. ITEEIV, et y trouvait le nom d'un chef marse, P. Insteius Cato, suivant Velleius Paterculus. D'après une meilleure épreuve, Swinton lisait VITEEIVD, et y cherchait le nom d'unVeturius. Enfin, Pellerin et Eckhel, même après lui, ont supposé que le mot File/ru désignait un magistrat samnite nommé Vitellius, dont le souvenir se serait perdu comme celui de Veturius. Sans doute que si l'on

eut rapproché les médailles, analogues quant aux types, dont les unes ont la légende ITALI A, les autres celle de VK/3TK3, il eût été facile de découvrir le sens de ce dernier mot. Micali, Niebuhr et Grotefend ont prouvé que, dans la langue osque, il signifie l'Italie, et peut-être cet idiome a-t-il conservé le nom le plus ancien de cette contrée ; en effet , Hellanicus de Lesbos , cité par Denys d'Halica masse (I, 35), appelait l'Italie

OutToXfa.

Dans ces mots MutileX C. Paapi. C. y il n'est pas difficile de reconnaître le nom du fameux C. Papius Mutilus, général des Samnites. Le cognomen de Mutilus présente, en latin, l'idée d'une blessure remarquable qui aurait valu ce surnom à un guerrier maltraité dans un combat, comme chez ' nous le duc de Guise reçut le sobriquet de Balafré, Mais, si l'on tient compte des transformations que les mêmes racines subissent dans la langue osque et dans la langue latine, il paraît vraisemblable que le surnom de Mutilus est le même que celui de Metellus, si connu dans la famille Cœcilia. Metellus, ou plutôt Metallus, signifie mercenaire, comme le prouve ce passage curieux de Festus : « Metalli dicuntur in lege militari, quasi mercenarii. Accius, Annali XXVII : calones famulique métallique caculœque; a quo génère hominum Cœcilia' familia? cognomen pu-

APP. SUR LES MÉDAILLES ITALIOTES. 36o,

tat ductum » On peut supposer avec beaucoup de probabilité que le mot osque Mutilus a le même sens, et le surnom de mercenaire, d'aventurier, a pu être donné chez les Samnites à un guerrier illustre qui se serait autrefois fixé chez ces peuples grands appréciateurs du courage.

Cette hypothèse acquiert une nouvelle vraisemblance, si Ton se rappelle que les Papius de Rome étaient originaires de Lanuvium a . Les Papius samnites avaient probablement la même origine. D'ailleurs, leur établissement dans le Samnium paraît fort ancien , puisqu'on voit un Brutidus Papius (ne serait-ce point Mutilus?) livré par les Samnites aux Romains comme auteur d'une guerre, dès l'année 43a 3 *

Comment doit-on expliquer le •> qui suit le nom de Papius? Faut-il lire : Qui (Jiiii), ou bien consul/s, car ce sont les deux interprétations qui se présentent d'abord? Parmi les Latins, la suppression du mot fil tus ou de son initiale F est rare dans l'épigraphie. Dans les inscriptions osques, au contraire, on en rencontre de si nombreux exemples, que l'on pourrait croire que

1 Fest. p. 171.

2 Ascon. in Milonian.

3 Liv. VIII, 39. Vit- ji obi lis potensque erat. — La facilité avec laquelle il fut livré, serait un nouveau motif pour faire croire à son origine étrangère.

ce fut une règle générale. Ainsi, on voit dans les inscriptions de Pompéi :

.... ON/T-flam OT 4H930T

Ni. Trebius Tr(el>ii filius) MeddixTuticus....

.... ^HRrNnmVn -pVTttfD* 0H1 IHXBItOa

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