V. Popidius 1 V. (filius) Meddix Tuticus
D'autre part, la seconde interprétation (consulis) aurait pour elle l'autorité de Strabon et celle de Diodore de Sicile. Le dernier même, en rapportant que Papius fut nommé consul par les confédérés, fait connaître assez exactement l'étendue de sa provincia ou de son gouvernement. (Frag. du liv. 37.)
Ces médailles aux mêmes types, mais avec des légendes différentes, semblent avoir été frappées en même temps dans plusieurs parties de l'Italie. Celle qui offre le mot ITALI A provient sans doute des États du nord; celles qui portent les mots osques Viteliu et Mutil auraient été monnayées dans le Samnium. Quant à la médaille qui
* Pupidiis, Popidius, telle est sans doute l'orthographe originale du nom du chef marse qu'Appien appelle Q. Pompaedius Silo.
APP. SUR LFS MÉDAILLES ITALIOTES. 3} i
réunit à la légende latine ITALIA, la légende osque .>HWnrh>, elle peut avoir été fabriquée dans une province où les deux langues auraient été en usage (ce pouvait être le cas à Corfinium); enfin, peut-être encore dans une ville latine par l'idiome, mais comprise dans la piwincia de Papius. Son nom , inscrit sur cette médaille en caractères osques, serait une espèce d'hommage rendu au chef et à sa patrie le Samnium.
N» ii. VrJ3TH3 Tête coiffée d'un casque orné d'une crinière et d'aigrettes. nj. .^n^^; Quatre guerriers prêtant serment, leurs épées étendues vers une truie que tient un jeune homme agenouillé. (Caè. du Roi.) Pl. Il, „° 2
N-ia. (iVTROama JrT^m Tête coiffée d'un casque à crinière, sans aigrettes. R. •>. vmm .> Deux guerriers, s'appuyant sur leurs piq lleS) patent un serment d'alliance, conformément au
" te ; X H é II SUr !? médaiHe P récéd ^- (Cof, du Roi.) Pl. H, n »5.
Il n'est pas aisé de déterminer Je sexe de la divinité représentée sur ces deux médailles On peut voir, sur la première surtout, soit un Mars soit une personnification de l'Italie, suivant què e léger relief qu'on remarque sur la joue de celle figure paraîtra, ou barbe naissante en col.
ber, ou bien une Uucte de cheveux pendante. J e
3jl GUERRE SOCIALE.
penche pour la dernière opinion. La tête figurée au n° 1 1 est la même que Ton trouve sur les deniers de la famille Veturia. Les revers de cette famille offrent également un pacte d'alliance entre deux chefs qui prêtent serinent suivant le même rite. Enfin, une composition analogue se reproduit encore sur les deniers de la famille Àntistia, et sur quelques médailles d'Acerrae en Campanie. (Eckhel, I, 109.)
Le mot osque Embralur est le même qu'Imperator légèrement modifié; mais indique-t-il , comme le pense Niebuhr, une fonction, ou bien est-ce un titre honorifique décerné par les soldats à leur général après une victoire? Imperator en latin présente les deux sens, et probablement il en était de même dans la langue osque pour le mot Embratur. Observons cependant que dans les médailles de la république, Imperator ne se prend d'ordinaire que pour général victorieux. Je présume que c'est ainsi qu'il faut traduire le mot osque dans la médaille que je décris. On peut croire que Papius reçut ce titre après les avantages qu'il remporta sur L. Caesar en Campanie.
On a vu, sur les médailles n os 1 et 2, huit guerriers; il y en a quatre sur le n° 11, deux sur le n° 11. Le premier nombre correspond à celui
A PP. SUR LES Ml l I s 1TALIOTES.
des nations confédérées contre Rome, suivant Eckhel qui a décrit le n° i ». M. Millingen a émis la même opinion en publiant le n° i \ J'avoue que je ne sais trop pourquoi ces deux savants ont fixé à huit le nombre des peuples insurgés. Sur ce point, les auteurs ne nous offrent que les renseignements les plus vagues. Tite-Live cite neuf peuples coalisés contre Rome; Velleius nomme sept chefs; Appien, douze peuples et autant de chefs. En réunissant tous les auteurs qui ont parlé de la guerre sociale, on trouve quatorze chefs, peut-être quinze ; mais, pour une nation, il y a souvent plusieurs chefs, et, en revanche, on ignore les noms des généraux ou des magistrats qui ont gouverné quelques-unes des petites républiques connues pour avoir pris part à la guerre. Ainsi, qui peut nommer le chef des Vestins ou celui des Péligniens? Si Ton observe que dans toutes ces alliances les groupes sont partagés également, on pensera peut-être qu'il ne faut pas attacher un sens trop précis au nombre des personnages, et que l'artiste ne s'est préoccupé que de donner à sa composition un arrangement pittoresque.
1S° i3. JrTVrtl) Tète féminine coiffée d'un casque très-orné. — R}. Wl-Mr8n^. Figure cas-
' Eckhel, tom. I, p. 107.
1 Sylloge of greck coins, p. 1-- 8.
. Gl EKBK SOCIALE.
quée, debout, appuyée sur une lance, tenant de la droite Un parazoniuni; ayant sous son pied un casque ou bien une boule, peut-être un vase, un cratère. Près d'elle un taureau coucbé. On observe quelques traits peu distincts qui occupent l'espace entre le taureau et la main gauche du personnage debout. Les uns ont cru voir, une chaîne; d'autres, le baudrier du parazonium ; d'autres enfin, un pied dii taureau levé en l'air. Dans le champ un N, quelquefois un a, ou un petit disque, (Eckhel, I, io3. — Olivieri, Sag. di Cort. II, 49» IV, i33.)
N°i4. VK/2TK3 Tète féminine laurée avec collier et pendants d'oreilles. — RJ. semblable au précédent, mais sans légende. A l'exergue les lettres variables suivantes : N, a, <, S, -1, m ,14, >K H, I- ( Les trois exemplaires de la Bibliothèque du Roi présentent un a ; un d'eux porte dans le champ un petit disque devant la tète du guerrier.) Au lieu de VK&TlOf Swinton lisait sur un exemplaire qu'il possédait : flVK/3Tr3. (Cad. du Roi. — Swint., Phil.Trans., t. 5f, 5a, 58, 09, 63.) Pl. III, n° 1.
N° i5. Même légende, tète laurée semblable à la précédente. — R^. amiKiV^'IUI Types sembla- . bles au numéro précédent. (Swint., Phil.Trans.,. t. 58, p. 253, et t. 63, p. 22.)
N° 16. Tète féminine coiffée d'un casque r couronnée par une Victoire debout derrière elle.
1^. Un guerrier" tenant de la main droite une lance, de la gauche, un parazonium. Sous son pied gauche une boule; le droit semble armé d'une espèce cC éperon sans molette, comme les éperons des Arabes. A gauche, un trophée ou un arbre; k droite, un taureau couché, la tête tournée du côté opposé. À l'exergue : XI. Travail très-barbare. {Cab. du Roi.) Pl. II, n° i.
Le véritable sens du mot WrHr8N2, que plusieurs antiquaires ont vainement cherché à interpréter au moyen du grec et même de l'hébreu, a été déterminé par Eckhel. C'est le nom dii peuple samnite dans sa propre langue. Les Grecs qui écrivaient: 2auvtT<xt, et prononçaient Sqfnité, avaient mieux que les Latins conservé la prononciation originale.
Une tradition antique, rapportée par Strabon, explique la composition qu'on voit au revers. Les Sabins ayant voué un printemps à Mars, leur jeunesse sortit du pays et se dirigea vers le sud en suivant un taureau 1 , lequel s étant abattu sur le territoire des Opici, les émigrés le sacrifièrent à Mars et se fixèrent dans cette contrée, a Suivant Pellerin, la figure armée serait le dieu Mars acceptant le sacrifice. Eckhel approuve cette opinion, et la confirme en remarquant que le guer-
1 Stral). V, p. a5o. v)-pfaaTO 6è xaïïpoç.
rier est représenté le haut du corps nu, comme les anciens figuraient les grandes divinités. Ainsi que Pellerin, il voit un baudrier pendant du parazonium, dans cet objet indistinct qui touche au cou du taureau. On ne peut hésiter entre cette explication et celles qu'on avait proposées d'abord. L'abbé Olivieri voyait dans le guerrier Mutilus en personne, enchaînant un taureau, c'est-à-dire Borne vaincue. — Patin se souvenant que le taureau est souvent le symbole d'une colorue, supposait que la médaille faisait allusion à la prise par les Samnites de plusieurs colonies romaines % telles que /Vola, Minturnes, etc. — Voici maintenant l'explication toute différente donnée par Havercamp : « Bos procumbens Italia est.
Adstans figura muliebris (?) Rorna, urbs violenta, bovis, i. e. Italia?, crus pede laevo premit, tanquam quae Italos non pro sôciis haberet. » Je ne m'arrêterai pas à relever les erreurs matérielles de cette description. — L'interprétation la plus récente est celle de M. Grotefend; suivant lui, le taureau est la personnification de la nation samnite, d'abord abattue, puis se relevant sous la conduite de son embratur. Pour moi, je ne vois rien dans la position du taureau qui indique qu'il se relève; mais si j'en juge par le dessin que M. Grotefend a publié en téte de son savant mémoire sur la langue osque, il aurait cru que le taureau levait
un pied en l'air. Quelque licence qu'ait pu prendre l'artiste samnite, il n'a pas assurément commis une faute de dessin aussi grossière que celle que lui prête le graveur de M. Grotefend, et, pour ma part, le baudrier d'Eckhel me semble la seule conjecture admissible. Le disque placé dans le champ de quelques-unes de ces médailles (n os i3 et i4), a été décrit par Pellerin comme un astre : ce serait la planète de Mars. Je ne puis partager cet avis, ne voyant aucune apparence de rayons, et, pour moi, ce signe demeure complètement inintelligible.
Malgré l'autorité du nom d'Eckhel, je contesterai sa détermination de la figure armée. Je dois dire que dans toutes les médailles que j'ai examinées, cette figure ne m'a point paru avoir la partie supérieure du corps nue; elle m'a semblé au contraire revêtue d'une cuirasse et d'un accoutrement militaire complet. Les épaulières de la cuirasse sont parfaitement reconnaissables. Puis, la lance sur laquelle elle s'appuie a une forme inusitée, qui doit être caractéristique. On remarque dans le bas une poignée entre deux renflements coniques , absolument comme dans les lances du moyen âge. 11 est évident que c'est une arme de cavalier , et je pense que c'est une lance samnite. Pourquoi la composition qui nous occupe ne représenterait-elle pas l'événement qui
détermina l'émigration de la jeunesse sabine? A mon sentiment, le guerrier qui se repose sur sa lance, qui la plante en terre, personnifie ces émigrés prenant possession de la terre Opique, au moment où ils voient s'abattre l'animal qui leur servait de guide.
Je ne puis déterminer l'objet que la figure armée presse de son pied. Sur un très-bel exemplaire à fleur de coin que possède M. le duc de Luynes (n° 1 4, marqué de ce signe : I), cet objet m'a semblé être un cratère. D'autres médailles vont nous présenter encore des attributs bachiques, qui s'expliqueront facilement, si l'on se rappelle l'un des surnoms de Bacchus : LIBER PATER.
La lettre a (n° 14) avait paru à Pellerin l'initiale de Bovianum, ville à laquelle le taureau ( bos ) peut aussi faire allusion; mais si cette lettre n'est pas un signe monétaire, comment expliquer toutes les variantes que présentent d'autres médailles ?
Quant à la légende OWIIOV^/.IU, elle a été interprétée de deux manières par Swinton; d'abord il y voyait le nom d'un Luponius, personnage parfaitement inconnu. Plus tard, d'après un exemplaire moins fruste , mais qui s'est perdu, il crut y trouver le nom d'un Luvius , aussi ignoré que le précédent, dont le prénom commençant par Ni, l'embarrasse fort. Nous avons vu
déjà un prénom semblable sur une inscription de Pompéi, Ni. Trebiis. M. Grotefend traduit par Numerius. 11 aurait pu ajouter que Numérius, ou du moins son équivalent, dans la langue osque, était un prénom usité parmi les Samnites ; car Tite-Live cite un chef de cette nation appelé Numérius Décimius (XXII, a4). Les lettres (im, que Swinton ne traduit point, doivent sans doute s'interpréter par M(a)r(ci filius), comme dans une inscription osque citée plus haut. Voilà donc un nouveau chef italiote, Numérius Luvius, fils de Marcus, dont l'histoire n'a point conservé le souvenir. Serait-ce, par hasard, le même que les historiens appellent M. Lamponius, le chef des Lucaniens, ou bien le Samnite Cluentius? Le nom de ce dernier, surtout, paraît avoir été singulièrement défiguré, si on en juge par les nombreuses variantes qu'en ont laissées les auteurs grecs et latins. Appien lui donne le prénom d'Aulus, Eutrope celui de Lucius, enfin, Diodore de Sicile semble le désigner sous le nom de Tiberius Clepitius. Arrêtons-nous ici; car jusqu'à ce qu'une médaille bien conservée permette de vérifier la transcription de Swinton , il serait périlleux de la discuter.
Sans la grande analogie des types , j'aurais hésité à ranger la médaille n° 16 parmi celles de la guerre sociale. En effet, elle n'offre ni légende ni
38o GUERRE SOCIALE.
rien qui caractérise son origine. On dirait une contrefaçon barbare.
Elle présente encore un chiffre extraordinaire : XI, et qui rappelle la médaille d'Avellino, portant III AX à l'exergue. Faut-il l'interpréter de même par une altération dans la valeur du denier? Par exemple, ce chiffre indiquerait-il que cette valeur aurait été augmentée d'un dixième. Mais le denier se subdivisait en fractions telles qu'il n'existe pas de pièce qui représente ce dixième. 11 est vrai que, pour la paye des soldats, le denier continua, par une fiction, à n'être estimé que dix as T . * Serait-ce donc une augmentation d'un as rnilitaire % attribuée à ce denier samnite?
N°i7. aVTNOama JKP/m Tête juvénile couronnée de lierre. — RJ. rriNNIT) Un taureau perçant de sa corne un loup qu'il terrasse. Eckhel, I, io3. (Cab. de M. le duc de Luynes). V. la médaille placée sur le titre.
11 est difficile de déterminer le sexe de la divinité représentée au droit. Est-ce un Bacchus, LIBER PATER? J'aimerais mieux la déesse LI- BERA. Au reste, quelle que soit cette tète, c'est évidemment un symbole de liberté. On observe
* Cfr. Plin. H. N. XXXIII, 1 3. In militari tamen stipendie» semper denarius pro decem assibus datus. — Tacit. Ann. I» 17. Denis in diem àssibus an imam et corpus sestimari.
le même type sur quelques médailles des familles Cassia et Porcia.
Swinton, Dutens et Eckhel n'ayant sans doute sous les yeux qu'un exemplaire fruste, n'ont pu déterminer, ou bien ont déterminé d'une manière inexacte l'animal terrassé par le taureau. Une médaille, bien conservée, que j'ai examinée dans le magnifique cabinet de M. le chevalier de Sant- Angelô, à Naples; une autre à fleur de coin , que M. le duc de Luynes a eu la bonté de me communiquer, eussent rendu toute méprise impossible. L'allusion est évidente. Le taureau italique, le guide des Samnites , terrasse le loup ravisseur, emblème de Rome L'allocution de Pontius Telesinusà ses soldats dispense de tout commentaire. «Numquam defuturos raptores Italia? libertatis /upos, nisi silva in quam refugere solerent esset excisa. » Yell. Pat. 11,27. ^ e t aur eau nommé vitlos ou oui'touào;, dans l'ancienne langue de la Péninsule, d'après le témoignage d'Hellanicus de Lesbos (rapporté parDenys d'Halicarnasse, 1, 35>, servait, en quelque sorte, d'armes parlantes aux peuples de cette contrée.
1 Le loup me paraît désigner ici les Romains en général , et non, comme Ta supposé Avellino, le consul P. RutiliusX//pus, vaincu par Vettius Scaton. En effet, cette médaille est samnite, et par conséquent ne doit pas faire allusion à une victoire remportée par un général marse.
38 a GUERRE SOC1ALK.
Peut-être ce denier sa milite a-t-il été frappé en opposition avec celui de la famille romaine Papia, où Ton voit la tète du Triomphe, accompagnée d'un trophée et du mot TRIVMPVS (Eckhel, V, p. 267). Au revers sont représentées l'aigle et la louve romaines, excitant le feu sacré de Lan 11 vin m. A cette tradition archaïque des Papius romains , Papius le samnite aura voulu opposer des emblèmes italiques aussi anciens. Il aura donc choisi le dieu ou la déesse des OEnotriens, et le taureau des anciennes traditions sabelliques.
Je reviens à l'analogie frappante, et que j'ai signalée d'abord, entre la plupart des médailles italiotes et celles de certaines familles romaines. Quelques archéologues remarquant que plusieurs médailles samnites reproduisent les types de familles romaines, dont quelques membres furent vaincus par les confédérés avant et pendant la guerre sociale, ont supposé une intention dérisoire dans ces répétitions , comme si les alliés avaient voulu de la sorte insulter à leurs ennemis malheureux, et perpétuer le souvenir de leurs défaites. A l'appui de cette opinion , présentée d'abord par M. Millingen et qui compte de nombreux et illustres partisans , on cite l'imitation de certains revers des familles Servilia, Porcia, Postumia et Veturiav On sait que Q. Servilius Caepion et
1 Sylloge of greek coins, p. 8.
L. Porciiis Caton furent battus et tués par les ltaliotes; un autre Servilius, proconsul, fut massacré par les Asculans; enfin, les noms de Postumius et de Veturius rappellent l'ignominie qu'essuyèrent les armes romaines aux Fourches caudines.
Je conviens franchement que l'idée de cette allusion ironique a fort bien pu se présenter à l'esprit des chefs italiotes; cependant, la subtilité de cette raillerie numismatique m'inspire des doutes sur la réalité de l'hypothèse, et je voudrais des preuves , ou du moins des témoignages plus certains que ceux qu'on invoque.
Par exemple, en admettant la plaisanterie de la part des chefs confédérés, n'est-il pas naturel que le général italiote, vainqueur d'un Romain, après lui avoir emprunté , ou plutôt enlevé les types de sa famille, substituât son nom à celui du vaincu ? Ils auraient imité les héros d'Homère qui dépouillent leurs ennemis morts et se revêtent de leurs armes. Je vois bien les Dioscures des Servilius sur les médailles n°* 7, 8 et 9; mais sur les n°* 8 et 9, je lis le nom de Papius Mutilus. Qu'y a-t-il de commun entre le Samnite et le Romain? N'est-ce pas Pompaxhus qui défit Servilius Cœpion ? On a vu dans le récit des événements de la guerre sociale , que les Marses et les Samnites se partagèrent également l'auto-
384 GUE H RK sociale.
rite dans les conseils de la diète italienne. LeMarse Pompeedius eut sa province , Papîus eut la sienne; chacun avait une autorité égale. A l'époque où Caepion fut battu, l'un et l'autre avaient remporté des victoires. I^es deux chefs suprêmes n'avaient point de gloire à s'envier, et Mutilus n'avait pas besoin de dérober celle qui appartenait à son collègue.
J'avoue qu'un revers de la famille Porcia se retrouve sur une médaille ( n° 6 ) , très-probablement frappée dans le pays des Marses; mais la médaille romaine est attribuée à Caton d'Utique, et ne peut par conséquent fournir aucune induction. Un autre type de la famille Porcia , une tète juvénile, couronnée de lierre, qui semble être la déesse Libéra, se reproduit sur un denier samnite (n° 17). Ici, il y a deux objections au lieu d'une. Porçius Caton n'a pas été battu par les Samnites , mais bien par les Marses , et la médaille des Porcius est probablement postérieure à celle de Mutilus 1 .
Que fera-t-on maintenant de tous ces types imités par les Italiotes et empruntés à des familles dont les noms ne rappellent bien souvent que des souvenirs glorieux pour les Romains seuls ? Pourquoi , par exemple , les confédérés ont-ils reproduit une des tètes gravées sur les deniers des Man-
' Eckhel. V, p. a86.
lius et des Junius? Je ne sache pas qu'aucun Poblicius ait jamais joué un rôle remarquable clans les guerres italiques; cependant, un revers de la famille Poblicia se retrouve sur une médaille italiote ( n° 5 ) ; on peut en dire autant d'un revers de la famille Caecilia ( n° 5 ) , et d'une tête commune aux familles Carisia et Cassia (n°6).
Remarquons encore que le type le plus souvent répété dans les deniers italiotes , c'est la tète de Pallas , coiffée d'un casque orné d'ailes. Verrat-on là encore une intention ironique, une raillerie adressée, en quelque sorte, à tous les Romains ?
11 me semble qu'on ne tient pas assez compte des circonstances dans lesquelles les médailles de la ligue italiote ont été fabriquées. L'insurrection frit soudaine; et d'ailleurs, on ne peut supposer que les conjurés, parmi leurs préparatifs de révolte, se soient préoccupés à l'avance des types de leur monnaie fédérale. Chaque ville , cependant , tenait à honneur de battre monnaie; mais les artistes ét les ouvriers étaient rares hors de Rome; et pour obtenir plus vite des résultats, on dut copier des types anciens au lieu d'en inventer de nouveaux. De la sorte s'explique facilement le grand nombre de variantes très-légères que présentent ces médailles. Parmi les Romains euxmêmes, la répétition des mêmes types est très-
fréquente, et l'on ne peut inférer aucun rapport entre les familles dont les médailles représentent les mêmes emblèmes. La Victoire assise sur des boucliers est commune, par exemple, aux Posta mius, aux Cœcilius et aux Poblicius. La tête féminine , d'un caractère gracieux , la chevelure rattachée par une bandelette , se trouve sur des deniers des familles Carisia, Cassia, Junia et Manlia. Le type est le même, et cependant l'intention de ceux qui ont fait frapper les médailles a été différente pour chacun , témoin la variété des légendes. LesCarisius ont pour légende MON ETA; les Cassius et les Junius LIBERTAS; d'autres Junius PI ET AS, les Manlius SIBYLLA f .
Qu'en conclure? C'est que ces emprunts furent très-fréquents, et qu'ils ne doivent être attribués , dans nombre de cas, qu'au caprice des magistrats monétaires, souvent à la stérilité des artistes qu'ils employaient; d'autres fois encore au désir de reproduire un type ancien de monnaie accréditée.
Je terminerai en présentant une dernière considération qui, ce me semble, a quelque importance. Les Italiotes honoraient les mêmes divinités que les Romains ; ils ne voulurent changer ni la religion ni même la forme du gouvernement romain. Seulement ils prétendaient appliquer la consti-
' Eckhel. V, p. 8a.
APP. SUR LfcS MÉDAILLES ITALIOTES. $87
tution romaine à toute l'Italie. C'est pourquoi la Pallas romaine et les divinités protectrices de Rome figurent sur leurs monnaies; seulement, au keu de ROMA, on lit ITALIA. Cette substitution de noms est une image fidèle de la révolution italiote.
La médaille suivante, dont je regrette de ne pouvoir donner ici le dessin , fournit un nouvel argument à cette substitution de l'Italie à Rome, qui me paraît le caractère le plus marqué de la révolution que je viens de raconter. — Je dois à l'obligeance de M. le duc de Luynes la description suivante :
Le docteur Nott possède un denier saranite en or, unique:
N° 1 8. Téte de Bacchus , couronnée de pampres. -—R^. rriNNn > Thyrse appuyé sur l'Omphalos.
L'Omphalos, exprimant le centre, le milieu de la terre, est ici employé figurément pour montrer que l'OEnotrie (l'un des noms archaïques de l'Italie 1 ), protégée par LIBER PATER, est devenue le centre de la puissance terrestre, qu'elle est à la tète des nations, en un mot, qu'elle a hérité de la grandeur de Rome.
Pour ranger la médaille suivante parmi celles de la confédération italiote, je ne puis alléguer
« Cfi . Pans. VIII, l t a. ~ Sliab. VI, p. a53.
d'autres présomptions qu'une analogie remarquable dans le dessin et la fabrique, enfin, si je puis m'exprimer ainsi , une certaine ressemblance de famille. Quant à la légende, l'interprétation que je hasarde ici n'est quune hypothèse dont je ne me dissimule pas l'incertitude.
N° 1 9. Tète coiffée d'un casque orné d'ailes; dans le champ, derrière le cou, X. — R}. AX3D1VI quadrige au galop portant une figure indéterminée, probablement une Victoire. Travail médiocre et fort incorrect. {Cad. du Roi.) Pl. III, 3.
Les types ne peuvent aider en rien pour l'intelligence de la légende; mais avant de l'interpréter, il faut essayer de la lire : et d'abord on se demande si elle est écrite en caractères rétrogrades, ou si, tracée régulièrement, elle a été renversée par un accident du monnayage? Dans le premier cas, la troisième lettre et la dernière présentent une forme inusitée. A toute force le caractère 1 peut être un T renversé, et A peut passer pour une L osque, car cette lettre prend la forme grecque dans quelques inscriptions.
Enfin , on peut encore l'admettre pour un V renversé. De la sorte on obtient : I VTCEXL ou bien IVTCEXV. Ce mot, disons mieux, ce groupe de lettres rappelle le nom d'un chef de la confédération, C. Judacilius, préteur des Picentes, cité par Appien et par Orose. La suppression de
APP. SUR LES MÉDAILLES ITALIOTES. 38o,
TA ne doit pas étonner, car, dans les inscriptions étrusques et ombriennes, l'omission d'une voyelle n'est point rare; or, on doit supposer que le dialecte du Picenum avait emprunté cet usage à des contrées qui l'enclavent en, partie. On sait que dans l'alphabet ombrien le D est inconnu, et qu'on lui substitue le T; enfin, au lieu de l'I, l'orthographe antique admet fréquemment El. On a fort bien pu écrire Judaceilius....
Reste XL ou XV dont il faut faire un chiffre, car l'X est inconnu dans les alphabets étrusque et ombrien, de même que dans l'écriture osque. On pourrait proposer : décemvir; mais aucun témoignage historique . n'autorise cette supposition. Les confédérés nommèrent douze préteurs ou généraux, et Judacilius était du nombre......
Je m'arrête pour ne pas torturer davantage cette légende déjà si laborieusement modifiée. Essayons cependant l'autre manière de la lire, c'est-à-dire, admettons que les caractères soient romains et renversés. Dans ce cas, ils se suivent régulièrement de gauche à droite; le Test dans sa position normale, mais la seconde lettre devient un A sans barre horizontale, ou bien il faut supposer un accident particulier pour cette lettre qui serait un V retourné, ou plutôt qui n'aurait pas été renversé comme les autres caractères. On trouvera encore de cette manière quelques-unes des
lettres du nom de Judacilius : tATCE ou I VTCE,
puis le chiffre XV aussi incompréhensible que dans l'autre sens. Remarquons, toutefois, que ce nom de Judacilius a une physionomie étrange, qui donne lieu de croire qu'il a été fort défiguré par les historiens. Dans un ancien manuscrit lombard d'Orose on le trouve écrit Vidaci- /ius, et cette transcription, qui peut-être est la plus correcte, porterait un coup funeste à la tentative d'interprétation que je viens d'exposer.
Je terminerai en remarquant que dans les Numi barbari de Morell (tab. 7) , j'ai observé une légende qui offre une assez grande analogie avec la précédente; c'est : IXDTA. Elle accompagne une tète féminine couronnée d'un diadème. Le revers, qui paraît emprunté à l'un de ceux de la famille Thoria, représente un taureau sautant, avec cette inscription dans le champ et à l'exergue :
L THOIVL I01LV1V
Havercamp interprète ainsi la légende du droit : Victrix quinta (s. a. legio). C'est cette traduction passablement hardie qui m'a encouragé à proposer mon Judacilius.
No 20. Depuis la rédaction de cette notice, j'ai examiné une nouvelle médaille de la guerre sociale décrite par M. A. de Longpérier ( Descrip-
A PP. SUR LES MÉDAILLES ITALIOTES. 3c)I
tion du cabinet de M. de Magnoncour), et qui représente encore un serment d'alliance. Je ne sais si je dois la classer parmi les médailles osques ou parmi les latines.
Tète féminine laurée, collier, pendants d'oreilles. — R^. Huit chefs italiotes prêtent serment, leurs épées étendues vers une truie que tient un jeune homme agenouillé devant une enseigne militaire. A l'exergue : IA (Cabinet de M. de Magnoncour). Pl. Il, n° 3.
Ces types sont déjà connus; quant à l'exergue , elle m'est tout à fait inintelligible. Je ne sais si l'on doit y voir un signe monétaire, le commencement d'un mot IL... ou IA.; enfin le chiffre VI retourné. La répétition des mêmes types avec de légères variantes me semble une nouvelle preuve du grand nombre d'ateliers de monnayage existant à cette époque parmi les confédérés, et en même temps du manque d'invention de la part de leurs artistes.
Ackkr e, assiégée par les Sa m ni les , p. 164. Aeculan um, pris par Sylla, i&!L
M. Aemilius Lepidus donne une circonscription aux tribus, 238,341, 3A6.
Af.sern 1 a , assiégée par les Sam ni tes, 1 39. — prise, 16&. — la
diète italiote s'y retire, lM.
Aesis, riv. , combat sur le bord de I*-»-, 282. Affranchis enrôlés, 167.
Afraiuus, V. Lafrenius.
Agamemnoic, chef des Asculans, 137.
Ager pub lic es, sens de ce mot, l5L— . lois relatives à I' —
V. lois Hciniennes et semproniennes. Albinovanus, sa trahison, 291.
T.(?)Albius Carrinas, battu par Pompée, 271. — par Me-
lellus, 201. — sa jonction avec Telesinus, 285-298. Anagnia, ville du Latium, 277.
AiicoifE, l'armée de Cinna s'y rassemble, 254» Am km.n t, destruction de l'armée samnite à — , 3û£L Appuleia, loi — , 91 .
L. AppuleiusSaturninus, ses rogations, </3. — sa révolte, 95. Apulikns, leur soulèvement, 1 38. — se soumettent, 200. AaeHELAÙs, lieut. de Mithridate, 2A1.
Arimim m, importance de cette place, 286. — livrée à Metellus, 292.
3y[\ INDEX.
A.SCULU*, révolte d' — , iliL — siège d'— , 195, suiv. Athènes, prise par Arçhelaùs, 241. — par Sylla, 2 4 a. Aufidb, bataille près de V — , 186.
AUXILIA, distinction entre les mots SOCII et AUX1L1A, fL Auximum, Pompée s'en empare, 2 G 5.
R A RDI El, soldats de Marius, ni* Basilus, lieut. de Sylla, aï o .
Bovianum , la diètè italiote s'y réunit 178. — Sylla s'en empare, 188. — repris par Pompaedius, 192. — Colonie militaire, 3i4»
Brinoes, Sylla y débarque, 262.
Bruttiens, leur situation sous le gouvernement romain, II.
— les Samnites occupent leur pays, ai4- Cecilia et Didia, loi.
Q. Cecilius Metellus Numidicus, exilé, $5.
Q. Gecilius Metellus Puis, fils du précédent , refuse la paix offerte par les Samnites , a tJL — se joint à Sylla , 264.
— ses succès en Ombrie, afia^ — dans la Gaule cispadane, 29a.