‹ Essai sur la guerre socialeChapitre 2 sur 29 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Les peuples de l'Italie soumis par les armes ou Ja politique de Rome obéissaient tous en réalité à son gouvernement; mais il y avait des degrés dans leur sujétion , et les rapports internationaux de chacun d'eux avec la république souveraine étaient réglés jsarjies conventionSs..garticulières. En substance , ces traités , dont les détails nous sont d'ailleurs presque inconnus, paraissent avoir divisé les peuples de la Péninsule , suivant leur origine , en trois catégories principales trèsinégalement partagées. Dans la première étaient les ^Latins , dans la seconde les Jtgliotes de race autochthone , ou du moins très - anciennement, établis dans le pays qu'ils occupaient. Enfin , la troisième catégorie, qui comprenait les nations dont l'arrivée en Italie était relativement récente, se subdivisait en presque autant de clas-

ses distinctes que Ton comptait de races différentes.

I Depuis longtemps intimement unis à Rome , les Latins, en reconnaissant sa suprématie, conservèrent le droit d'élire leurs magistrats et de s'administrer suivant leurs coutumes. Entre tous les alliés, ils obtinrent des~pHviléges spéciaux, tels que celui d'ester personnellement en justice à Rome; à certaines conditions, ils purent même acquérir les droits politiques dans la cité romaine

Ce dernier avantage les distinguait surtout des

Le Latin obtenait ces droits lorsqu'il avait exercé une magistrature annuelle dans sa patrie, ou lorsqu'il fixait son domicile à Rome, pourvu qu'il laissât des enfants dans sa ville natale. Voir la loi vSerwlia , § IV.

Sigonius conclut d'un passage célèbre de Tite-Live, que dans les comices législatifs et judiciaires ( jamais dans les comices électifs) les Latins étaient admis à voter avec les Romains dans une tribu désignée par le sort. Sitella allata est ut sortirentur ubi Latini suffragium ferrent. Liv. xxv, 3. D'ailleurs il remarque que c'était moins un droit qu'une faveur, et que l'opposition d'un magistrat pouvait toujours les en priver. V. Sigon. de Ant. jure Ital. Cette faveur me paraît encore considérable, surtout si on la compare avec certaines distinctions humiliantes pour les Latins, par exemple, dans l'application des peines militaires. Ne pourrait-on pas supposer que le passage de Tite-Live se rapporte aux seuls Latins qui se trouvaient dans le cas de prétendre aux droits de cité romaine ?

autres nations italiotes. Bien que régies par leurs lois et leur administration nationales , elles étaient soumises à une espèce de tutelle exercée par les magistrats romains et leur condition était inférieure à celle des cités latines.

Ni les unes ni les autres ne payaient de tribut à proprem ent par ler ; mais elles devaient fournir un contingent milita i re fixé par la république romaine 7 et dont l'équipement, la solde, souvent même une partie de l'entretien , étaient à leur charge. Absolument semblable , pour son organisation , à la milice romaine , ce contingent entrait pour plus de moitié dans la composition de l'armée de ligne, dont Rome disposait pour défendre son territoire ou étendre ses conquêtes a .

Quant aux peuples étrangers, la plupart étaient f

1 Appian., Civ. 1, 38.

1 Anciennement les Latins étaient incorporés dans les mêmes manipules que les Romains; mais alors vraisemblablement le commandement de la légion, et sans doute celui de l'armée, alternaient entre un Romain et un Latin. Après la soumission définitive du Latium, je crois que les Latins formèrent, comme les autres alliés, des légions ou des cohortes distinctes; d(» moins l'hypothèse contraire obligerait à croire que les Latins furent moins bien traités que les Italiotes, dont les contingents étaient dirigés par des chefs nationaux, ou, ce qui est encore moins admissible, que dans une armée de la république, un chef latin pouvait commander à des soldats romains.

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soumis à payer un tribut, et gouvernés à peu près despotiquement par des magistrats romains. Leurs soldats , appelés auxiliaires *, n'étaient point admis dans les légions. Tel était le régime imposé aux Gaulois établis dans la Cisalpine, et probablement aux Liguriens a .

Plusieurs cités, colonies étrangères en Italie, étaient plus favorablement traitées. On ne les confondait point avec les barbares , car elles appartenaient à une race qui dans l'opinion tenait un rang distingué. Je veux parler de quelques villes grecques, dans le sud de la Péninsule, qualifiées de cités libres , dénomination plus honorable que réelle. Il est vrai qu'elles se gouvernaient par leurs antiques institutions , mais sous le protectorat très-ombrageux de la république. Leur position était à peu près la même que celle des Italiens, avec cette différence toutefois que

1 Remarquer la distinction qui existait autrefois entre les mots Socii et Aux ilia, qui devinrent dans la suite synonymes. Aiixilium àb à&ttu quom accesserant ci qui adjumcnto essent aliikicen*. Varro, V, 90. Auxiliares dkunturin bello Socii Romanorum exterarum nationum. Festus, apud Just. Lips. de Milit. Rom. I, 7.

1 Quidam Ugus ex cohortibus auxiliariis. Sali. Juy. g3. Ce mot est précieux dans Salluste, qui recherche, comme on sait, les expressions antiques, et les emploie dans leur acception primitive.

leurs contingents n'étaient point admis à servir dans les légions. En temps de guerre, leur coopération se bornait à fournir des vaisseaux et des soldats de marine r .

Faute de renseignements exacts, on ne peut préciser les rapports politiques entre Rome et d'autres peuples qu'on hésite à ranger parmi les alliés italiens, et qui cependant ne pouvaient être classés au nombre des barbares soumis au régime arbitraire des provinces. On ne sait , par exemple, si les Étrusques, séparés des nations voisines par leur langue et leurs institutions , jouissaient du droit latin ou italique , ou si , comme il est probable, il existait à leur égard des capitulations particulières. 11 semble que la domination romaine ait été fort douce pour ce peuple, du moins pour leur noblesse ,~pour les Lucumons, entre les mains desquels résidait toute influence politique. Peu nombreux, et amollis au point de ne plus inspirer d'inquiétudes, ils avaient trouvé grâce devant le sénat de Rome. Peut-être encore un autre motif contribuait-il à les faire traiter avec quelque faveur. La connais-

De là le mot de Socii navales, pour désigner les équipages de la flotte, qui se conserva encore longtemps après être devenu un contre-sens. V. dans Tite-Live des affranchis romains désignés par ce nom. 42, 27; 43, 12.

sance des plus anciennes traditions religieuses , du droit sacré et de l'art d'interpréter les présages, faisait regarder la plupart des seigneurs étrusques comme des espèces de pontifes; en échange, leur science divine était toujours prête à servir les intérêts jde Rome. Il est douteux qu'ils aient fourni des contingents militaires : je ne trouve qu'un exemple de Ièur~Toopé ration dans les guerres de la république: c'est en l'an de Rome 5^8 , lorsqu'une invasion formidable de Gaulois menaçait toute l'Italie. A cette époque ils mirent en campagne , conjointement avec les Sabins ', 34,ooo hommes. Mais leur pays allait servir de champ de bataille, et ce n'était pas une armée, mais une levée en masse qiie.XÉtrurie opposait aux Gaulois. Ailleurs , même dans les guerres d'Annibal , on ne voit jamais de troupes étrusques citées parmi les contingents italiens. Assurément , si elles faisaient partie des armées de la république, elles n'étaient point organisées en légions. On sait que la milice romaine se composait uniquement d'hommes libres; or les paysans étrusques étaient serfs, sinon de droit, du moins de fait; et comme serfs ils devaient être exclus du service militaire.

1 Pol ybe , liv. II, 5. La réunion des Sabins ot dos Étrusques me fait soupçonner que ce contingent, se composait en majorité de Sabins soudoyés par les Lucumons.

Les traités faits avec Jes Ombriens sont également ignorés; mais d'après les traditions sur leur antique origine l , on a lieu de croire qu'ils étaient au nombre des nations favorisées , c'est-àdire , de celles qu'on ne rangeait point parmi les barbares. C'était une race belliqueuse retrempée par des invasions gauloises. Leurs soldats étaient estimés ; mais il est douteux qu'ils fussent incorporés dans l'armée de Jigne a .

Quant aux Bruttiens, depuis leur défection dans la seconde guerre punique, ils paraissent avoir été réduits à une condition analogue à celle desHilotes. Leur nom même devint un terme de mépris -*pour désigner les esclaves attachés au service des magistrats romains 3 .

On pourrait peut-être se faire une idée assez exacte de la différence qui existait aux yeux des Romains entre lçs peuples clej'ltalie, en se reportant aux préjugés qu on trouve actuellement dans nos colonies au sujet de la couleur. Ainsi

1 Umbronimjji^ Italiae. pltn. ni, 1 9.

* Valère Maxime, en citant, lib. V, 3, 5, la belle conduite de deux cohortes ombriennes, à la bataille do Verceil, les désigne par le nom de Camerinum, ville où elles avaient été levées, ainsi que les écrivains romains le font en général quand ils désignent des troupes légères. (V. Tite-Live et César passim.)

1 A. Gell.,1ib. X, \

l'Européen, l'être noble par excellence , c'est le Romain ; l'homme à peau blanche sans mélange de sang africain, mais d'une autre race que la race européenne, me représente le Grec, Fltaliote, l'Étrusque. Enfin le mulâtre ou le nègre , placé au dernier rang, est dans la position qu'occupaient les Gaulois, les Germains et tous les barbares. / La constitution intérieure des cités italiotes /offrait une assez grande analogie avec celle de

/ Rome. Dans la plupart on voit une aristocratie plus ou m oins puis sante, des magistratures électives et toujours temporaires. Presque partout , excepté en Étrurie , la révolution opérée à Rome vers la fin du iv e siècle avait produit des résultats analogues. 11 n'y avait plus de caste privilégiéejour la gestion des charges publiques; mais, à l'influence exercée autrefois par la noblesse d'origine, avait succédé celle des familles illustres (opïîmates); en sorte que les magistrats étaient presque toujours choisis dans les mêmes classe s de citoyens, c'est-à-dire, parmi les personnes riches possédant une nombreuse clientèle. Le gouvernement municipal appartenait de fait tout entier à un sénat qui ne se recrutait guère que dans les mêmes familles, et il était encore

/ plus rare qu'à Rome , que des hommes nouveaux parvinssent aux honneurs. Bien que les traités reconnussent aux cités italiennes le droit de s'ad-

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ministrer d'après leurs pro pres l ois, il est douteux que le gouvernement de Rome leur eut permis de changer complètement leur constitution ; par exemple , de substituer à l'oligarchie des formes démocratiques. Son action sur les sénats italiens était facile , et il était de son intérêt de leur conserver un pouvoir qui ne lui portait point ombrage. En résumé, il paraît que les petitesPrépubliques italiennes, dépendantes de Rome, n'avaient suivi que de fort loin le mouvement démocratique dont elle avait donné le premier exemple.

Autrefois, dans la Péninsule, des fédérations unissaient les différents peuples d'origine commune. Rome s'était appliquée à les détruire , et y avait en partie réussi. Sa politique soupçonneuse s'était efforcée de substituer des villes aux nations , et de donner à chaque ville ses intérêts distincts et séparés. Cependant, ne fût-ce^que pour ~se concerter dans l'exécution des ordres de la république souveraine, les cités d'une même nation avaient conservé des relations politiques, images bien imparfaites des diètes au temps de leur indépendance 1 . Longtemps, dans le but d'isoler

■ Par exemple, en 5a8, les contingents italiens sont distingués par nations; donc plusieurs villes s étaient concertées pour le recrutement.

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davantage ses sujets, Rome avait interdit les mariages, jus connubiï, entre peuples différents; mais il est probable que cette étrange tyrannie avait perdu avec le temps un peu de sa rigueur, par l'effet de la sécurité qu'inspirait une longue paix A la suite de ses conquêtes, la république avait établi sur un grand nombre de points de la Péninsule , des colonies composées de ses nationaux ou de ses alliés. D'ordinaire les anciens habitants étaient admis à jouir des mêmes droits que les colons \ Suivant leur charte de fondation, ces colonies étaient nommées ou romaines ou l atine s. I^es habitants des premières possédaient le droit de cité, mais non celui de suffrage; souvent, en effet, le sénat ne leur avait donné des terres que pour se débarrasser d'une populac e turbu lente. Les colonies latines avaient été instituées en général pour indemniser les alliés aux dépens d'un peuple qu'ils avaient aidé à soumettre *. Dispersées dans toute l'Italie, et

1 Diod. Sic. Excerpt. de sententiis xxxvn, io, pag. i3o, ed. Dind. 01 rcap' à[ACpoTEpoi<; cTpanGirai — au/voo; oîxei'ou; xoct au«flf£vetç xaxevoouv, otç ô x^ç ÊTriyaixiaç vo'f/.o; éVeiroi^xu xotvcovsïv Tvfc Toiaimfc <ptXtx<;. Il s'agit de l'armée de C. Marins, et de colle de Q. Pompaedius Silon.

1 Antiuni , nova colonia, missa ctim co ut Antiatibus permîtteretur si et ipsi adscribi coloni vcllent. Liv. VIII, 14.

3 Souvent des Italiens et même des Romains s'y faisaient

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presque toujours établies dans des villes fortifiées , les colonies , quelle que fut leur origine, formaient comme autant de garnisons fidèles, car leur existence dépendait de la tranquillité de la nation quelles avaient dépouillée d'une partie de son territoire.

Ce n'est pas tout : la république possédait encore dans toute l'Italie de vastes domaines enlev és au x peuples vaincus. Dans les confiscations qui suivaient une guerre, on faisait une distinction entre les terres cultivées qui étaient sur-lechamp données ou vendues, et les terres incultes, - de tout temps nom breuses en Italie . Ces dernières devenaient propriété de la république; on les appelait proprement gffgg publiais , domaines nationaux. Dans l'état ou la guerre les avait laissées, il eût été difficile d'en tirer parti immédiatement; mais la république en abandonnait la jouissance à quiconque voulait les cultiver, à la charge de paver la dîme des produit s. Elle exigeait également une redevance des propriétaires qui envoyaient leurs troupeaux dans ces domaines f . Romains et Italiotes étaient admis à

affilier. In colonias latinas satpè nostri cives profecti. Cic. pro A. Csecina , 33.

1 App. Civ. I, 7, 8, 9, ii, 18. Niebuhr, des Colonies romaines et latines.

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cultiver Yager publiais. Bien que ces terres fussent transmissibles comme un bien patrimonial, elles en différaient essentiellement , en ce qu'elles pouvaient être retirées à leurs détenteurs, aussitôt qu'il devenait nécessaire de leur donner une destination publique. Sous ce rapport, on peut les comparer â des biens affermés par bail emphytéotique , mais sans terme précis. Je reviendrai bientôt sur ce point; maintenant, je me contenterai de remarquer que ces domaines romains, éparpillés dans toutes les provinces italiotes, donnaient continuellement à la république l'occasion de s'immiscer dans les affaires des villes ' alliées. Il n'y en avait pas une qui, dans son voisinage , ne vît des terres détachées de son territoire, relevant aujourd'hui de la juridiction romaine. Survenait-il une contestation au sujet de ces biens, un riche Romain, par exemple, envahissait-il le champ d'un Samnite voisin du domaine public, la plainte du Samnite était jugée à Rome par les pairs , souvent par les complices du coupable. Le malheureux dépouillé, incapable d'ester en justice, n'avait d'autre espoir que dans l'appui du Romain patron de sa cité. Aussi ce patronage devint-il une espèce de tribut imposé aux Italiotes par l'avarice des hommes influents dans le forum.

On voit que la liberté de l'Italie se réduisait, au

fond, à une légère satisfaction cTamour-propre accordée aux vaincus , mais que la toute-puissance restait en réalité au peuple conquérant.

A mesure que la position du citoyen romain s'élevait et s'en ton rai t de nouveaux avantages, celle de l'Italiote devenait phnj p récaire et plus pénible. Tant que la république n'eut à combattre qu'en Italie, le service militaire de ses alliés semblait requis par une nécessité commune. En général , il n'avait d'ailleurs que la durée assez courte des campagnes de ce temps. Des concessions de terres, un partage égal du butin leur offraient quelques dédommagements en retour de leurs sacrifices pour l'agrandissement de Rome. Mais lorsqu'elle étendit ses conquêtes au delà des mers , les expéditions militaires prirent une durée inusitée. Il fallut entretenir des garnisons lointaines, recruter sans cesse de nombreuses armées, s'épuiser d'hommes^^d'aj^ent. Cependant, les trésors des nations vaincues passaient à Rome; le gouvernementTes^.provinces soumises appartenait à ses magistrats ; la gloire des succès revenait

' V. Just. Lips. de Praedâ, lib. V, dial. i5. Il ne s'agissait dans ces partages, que du butin fait sur le champ de bataille ou dans une ville prise d'assaut. Les contributions imposées aux vaincus entraient dans le trésor de la république, sauf les gratifications prélevées quelquefois par les généraux , pour récompenser leurs soldats.

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tout entière au peuple, qui donnait les généraux. Licenciés après deîongues campagnes, les soldats italiotes rie rapportaient dans leur pays que les vices des camps. Leurs officiers , quelque longs , quelquiTglorieux qu'eussent été leurs services, ne sortaient jamais d'une position subalterne. Pour eux, le grade de préfet du contingent fourni par leur cité f , était le seul auquel ils pussent prétendre, tandis qu'ils se voyaient sans cesse obligés d'obéir à de jeunes Romains , revêtus par la faveur, souvent au sortir de l'enfance, de la dignité de tribun ou de légat.

En campagne, la discipline militaire pesait avec une rigoureuse partialité sur les soldats italiotes. Un général en chef, revêtu de Yirnperiurn, hésitait à punir de mort un citoyen romain, surtout s'il avait un gradejj pour une faute lé-

1 Peut-être plusieurs contingents alliés étaient-ils quelquefois réunis sous les ordres d'un môme chef italiote. Dans la 2 e guerre punique, le Samnite Numerius Decimius commanda un corps détaché de 8,5oo hommes. Liv. XXII, 24. Alors Rome avait intérêt à ménager les Samnites, mais plus tard , on voit que toute division considérable était sovis les ordres d'un général romain , quand même elle n'eût été composée que de troupes alliées. Il semble encore que c'étaient les consuls romains qui nommaient les préfets. V. Polybe VI, frag. 5.

» Cfr. Just. Lips,lib. V. Dial. 18. — Sallust Jug. 69.^- Cœs.'cTvTmrvA; ^TT54 — Liv. IX, 16.

gère il pouvait faire tomber la tète d'un préfet italien { et ce qui devait être encore plus sensible pour l'honneur militaire, l'exécution de la sentence était alors accompagnée d'une ignominie qu'on épargnait au coupable de la nation privilégiée. Certes , on est moins surpris que les soldats romains se soumissent à la bastonnade infligée avec des sarments de vigne, que de voir dans le même camp des soldats alliés battus avec des bâtons d'autre bois '.

Cette supériorité du citoyen romain , dont le plus vil se croyait d'une autre nature que le res te des„„homm£7 se faisait sentir^aux Italiotes avec d'autant plus d'amertume, que, rapprochés de leurs maîtres par leur situation, leur langue, et leurs mœurs, ils ne s'en voyaient séparés que par une ligne de démarcation idéale, infranchissable pourtant. Sur un champ de bataille, l'italiote savait qu'il valait un so ldat de Ro me; après la victoire, il redevenait l'égal du barbare qu'il avait vaincu. J'insiste sur les humiliations d'amourpropre dont les Romains abreuvaient quiconque leur était soumis, parce qu'il n'y a pas d'exactions ou d'injustices qui ne soient plus supportables que les outrages faits à la vanité. Plus d'un z despote a prolongé sa tyrannie en sachant à / propos flatter l'orgueil de ses sujets.

» Liv. Epit. lib. LVII. — Plin. XIV, 3.

Tel ne fut jamais le soin des magistrats de Rome. Ils ne songeaient qu'à frapper les peuples par la grandeur de leur puissance, à élever la barrière entre les vainqueurs et les vaincus. Désobéir à un de leurs ordres, à un de leurs caprices, c'était se mettre en état de rébellion, car pour tous ses sujets un Romain était infaillible, et c'était un crime que d'en douter.

Pour bien juger le caractère de l'administration romaine, il faut se rappeler par quels moyens on arrivait aux charges publiques, et quels étaient les hommes qui les remplissaient.

Les lois ouvraient bien à tous les citoyens la carrière des magistratures, mais , dans la réalité , elle était fermée pour tous ceux que leur fortune ou le crédit de leur famille ne plaçait point dans une situation exceptionnelle. Comme les fonctions publiques se donnaient par les suffrages du peuple, il importait avant tout de se faire des créatures dans toutes les classes de la société. Pour réunir ces suffrages au grand jour de l'élection, il n'y a point de démarches, de fatigues, souvent de bassesses que les Romains des familles illustres ne s'imposassent au sortir de l'enfance. Les uns offraient le crédit de leurs familles à des plaideurs embarrassés, les autres ouvraient leur bourse à de pauvres artisans; quiconque votait aux comices était courtisé,

cajolé de toutes les manières. Dès que le candidat avait atteint l'âge auquel la loi permettait de briguer la dignité de questeur, celle par laquelle on devait débuter, il paraissait dans la place publique revêtu d'une robe blanche, serrait la main à tous les campagnards, aux plus vils plébéiens, sollicitait leur vote, et souvent Tachetait à prix d'argent. A l'époque où je commence mon récit, la corruption était parvenue à ce point, que les achats de suffrages avaient lieu à peu près publiquement. Il y avait des hommes qui faisaient métier de distribuer l'argent aux électeurs, d'autres chez qui on déposait de grosses sommes pour être délivrées après l'issue des comices 1 .

Le questeur nommé voyait s'ouvrir pour lui les portes du sénat. D'ordinaire , il était attaché à la personne d'un consul ou d'un magistrat d'un ordre supérieur ; il était son lieutenant : quelquefois, il obtenait un petit gouvernement pour lui-même. Dans ces fonctions on apprenait les affaires, on trouvait des occasions de se distinguer, de faire souvent citer son nom

1 Cfr. Cic. pro. Mur. 3/». — Q. Cic. de Petit. Consul, passim. — Senec. epist. 118. — Cic. inVerr. aet. I, 12; — Pseud.

Ascon. ibid Cic. de Harusp. Resp. ao. — id. de Oral. II,

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