INTRODUCTION ET HISTORIQUE
Ce travail a pour point de départ une intéressante observation du Docteur Molin sur un cas d’occlusion intestinale aiguë opérée par lui dans le service de M. le le professeur Poncet, occlusion dont l’origine remontait à une hernie rétropéritonéale au niveau des fossettes périduodénales. Ces cas de hernies internes étant rares, très rares, nous avons pensé que l’un d’eux offrait suffisamment d'intérêt pour susciter un coup d'œil d’ensemble sur cette affection.
Depuis des travaux aujourd’hui classiques, et que nous citercns maintes fois au cours de cette étude, il n’est plus besoin de définition rigoureusement exacte à ce chapitre de pathologie abdominale.
En effet, quand nous disons hernie rétropéritonéale avec Jonnesco, ou hernie intra-péritonéale ou intraabdominale avec Brœsikenous n’entendons pas donner un sens très précis à ces termes. C’est à un point de vue plus topographique qu'anatomique qu'il faut les envisager. À tout prendre, et pour un esprit paradoxal, la
hernie inguino-propéritonéale pourrait être dite, elle aussi, rétro-péritonéale, et cependant qu'a-t-elle de commun avec la variété de hernies dont nous allons nous occuper? De même avec un peu plus de casuistique on pourrait soutenir que toutes les hernies sont intra-péritonéales ! Nous n’insisterons pas davantage.
Que faut-il donc entendre par hernie intrapéritonéale ou rétro-péritonéale, car pour nous ces deux hernies sont rigoureusement équivalentes ? En s'inspirant des travaux de Jonnesco et de Brœæsike, on peut considérer comme bernies rétropéritonéales, celles qui munies d’un véritable sac péritonéal sont formées dans une fossette -pbéritonéale normale préexistante et se développent dans le tissu cellulaire rétro-péritonéal de la paroi postérieure de l'abdomen.
= Ainsi entendues les hernies rétropéritonéales forment un groupe subdivisé par les auteurs en quatre variétés suivant qu’elles se développent au niveau des fossettes
-périduodénales, péricæcales, intersigmoïde, ou de l’hiatus de Winslow.
Nous nous proposons ici un cadre de travail très limité en ne nous occupant que d’une seule catégorie, celle des hernies périduodénales, de beaucoup d’ailleurs la plus importante. Et encore, parmi elles, n'insisterons nous seulement que sur l’une de ses variétés à laquelle se rapporte l'observation inédite de notre thèse.
Après cet exposé nécessaire à la délimitation de notre sujet, nous serons brefs sur l'historique, surtout sur celui qui concerne la période antérieure au travail de Jonnesco paru en 1890.
La plupart des hernies rétro-péritonéales ont été des
trouvailles d’autopsies ou d’opération au cours ou non d'une occlusion intestinale. Longtemps elles furent considérées comme de simples anomalies de développement du péritoine, indignes de figurer dans un traité de pathologie.
Treitz, le premier en 1857, publia un mémoire sur la
hernie duodénale qui porte son nom. Il rapporte un certain nombre de cas observés antérieurement, ceux de Bryck (1857), de Biagini (1847), de Hauff (1839), de Bordenave (1782), d’Albers, d’'Hesselbach, de Monro- Junior, de Ridge et Hilton (1854). Et devant la faiblesse des renseignements cliniques Treitz conclut à la presque impossibilité d’un diagnostic clinique ferme. Nous verrons que nous ne sommes aujourd’hui, hélas! pas beaucoup plus avancés.
Treitz avait essayé de nous donner une histoire clinique; ses successeurs jusqu'à Jonnesco se sont surtout occupés de l’anatomie des fossettes et de l’anatomie pathoiogique de cette lésion. Ces auteurs sont Lambl (1859), Klob (1861), Grüber (1861), Waldeyer (1868), qui décrivit la fossette longeant la quatrième portion du duodénum, Lanzert qui en 1871 trouva une nouvelle fossette à laquelle on a donné son nom; Eppinger (1878), Toldt (1879), Trèves (1885), qui donna encore la description d’une fossette duodéno-jéjunale, autre que celle de Treitz, Zwaardenmaker (1884, observation de hernie duodénaie étranglée), Staudenmayer (1886, seul cas de hernie rétro-péritonéale diagnostiquée sur le vivant), Strazewski (1888, longue observation).
C’est en 1890, que Jonnesco publia son long travail
be
sur les hernies rétropéritonéales. Il rapporta deux cas nouveaux de hernie duodénale, et réunit tout ce qui avait été fait sur les diverses hernies rétropéritonéales. Ce travail est encore aujourd’hui ce qu'il y a de mieux et de plus complet sur la question.
La même année 1890, M. Gangolphe publiait dans le Lyon Médical un article sur un cas de hernie étranglée à travers l’hiatus de Winslow, et si nous en parlons bien que nous ne nous occupions pas de cette variété de hernies rétropéritonéales, c'est qu’à cette occasion M. Gangolphe mit pour la première fois en évidence un symptôme important pour le diagnostic, des étranglements internes, l'épanchement séro-hématique.
C’est encore en 1890 de M. Rogie de Lille, publiait un cas de hernie rétropéritonéale dans une fossette duodénale et M. Routier un autre.
En 1891, M. Jaboulay découvrit une de ces hernies à lamphithéâtre de la Faculté sur un cadavre non autopsié, et au sujet duquel on ne put avoir aucun renseignement clinique. La même année parurent une observation de Barrs (hernie étranglée) et surtout le travail de Brœsike. Ce mémoire est très complet au point de vue anatomique, il nous fait connaître une nouvelle fossette parajéjunale, sous la racine du mésentère. Mais au point de vue clinique il n'apporte aucune contribution personnelle à l'histoire des hernies intrapéritonéales ou intra-abdominales comme il les appelle.
À signaler en 1893 l'observation et le succès de Sonnenburg et une autre observation de Clarke puis en 1894 les cas de Masse, de Lauer et de Brünning et en
1895 ceux de Rüping, de Scheja et de Lapeyre (de Tours).
CNE
C'est cette année-là que parut la thèse de Poisson, de Lille, remarquable travail inspiré par Rogie et où l’auteur expose les différentes théories sur la formation des fossettes duodérales, leur anatomie, et la pathogénie des hernies rétropéritonéales qui se forment à leur niveau.
En 1896, Morestin présenta à la Société anatomique de Paris un cas de hernie rétropéritonéale qui bien que trouvaille d’amphithéâtre n’en est pas moins très inté: ressant pour nous car il se rapproche beaucoup de celui qui est le point de départ de notre travail.
En 1897. Tubby publia l'observation d'un cas où il avait obtenu une guérison. Cette observation a été commentée par Moynihan en 1898.
Une autre cas de guérison a été publié en 1898 par Neumann avec de précieux détail sur l'opération.
A signaler en 99 un cas de Küppers de Berlin, et en 1900 un travail de M. Scholz sur le diagnostic de hernies de Treitz. Nous avons regretté de ne pouvoir nous procurer ce mémoire. Nous avons été plus heureux pour celui de M. C. Abée, d’léna ; le travail qui est, à notre connaissance du moins, le dernier en date relate trois nouvelles observations et les fait suivre de quelques réflexions sur la pathogénie des hernies rétropéritonéales.
Tels sont aussi complets que nous avons pu les réunir les divers documents concernant l’histoire des hernies rétropéritonéales dans les fossettes périduodénales. Nous allons maintenant à notre tour essayer d'apporter notre modeste contribution a l'étude de cette affection.
Nous étant tracé comme nous l'avons dit plus haut un cadre relativement restreint qui embrasse surtout les points anatomiques et cliniques touchant à notre observation, nous exposerons dans ce travail :
1° Les variétés anatomiques connues actuellement des fossettes périduodénales.
2° Les théories émises sur le mode de formation de recessus péritonéaux.
3° Ces données acquises, nous nous demanderons quelle était dans notre observation celle de ces fossettes qui constituait le sac herniaire, comment l'intestin avait pu pénétrer dans son intérieur,et s’il est possible en rattachant notre observation à d’autres déjà connues de la faire rentrer dans un groupe bien défini de hernies duodénales.
4° Enfin dans un dernier chapitre nous dirons quelques mots sur l’histoire clinique de cette affection, et sur les complications qu'elle peut entraîner en dehors de sa propre évolution.