EMBRYOLOGIE DES FOSSETTES
Nous traiterons très brièvement ce chapitre où nous ne pouvons que rapporter les différentes théories émises par les auteurs sur la formation des fossettes paraduodénales.
Nous chercherons plutôt à classer les si nombreux recessus péritonéaux décrits plus haut, d’après les théories les plus plausibles, après avoir très succinctement exposé et critiqué celles-ci.
I. — Théorie de Treitz ou de la locomotion embryonnaïire du tube intestinal. — Treitz fait jouer un rôle capital à la traction exercée par la diminution progressive du volume du foie amenant le déplacement du? duodénum de gauche à droite, et la production consécutive de plis péritonéaux au niveau du mésocôlon descendant.
Mais, comme le dit Waideyer, on pourrait peut-être admettre cette action s’il s'agissait d'un levier rigide, mais pour une anse intestinale ce déplacement paraît invraisemblable.
Il. — Théorie de Waldever ou vasculaire. — Toutes les fossettes seraient formées par le soulèvement du péritoine dû à la veine mésentérique. Cette théorie est insoutenable pour expliquer certaines de ces fossettes, mais quelques-unes, comme le recessus de Brôsike ont sûrement une origine vasculaire.
Il. — Théorie de Trèves. — D'après cette théorie, le repli duodéno-jéjunal serait la continuation du mésoduodénum entraîné par l'accroissement graduel du mésocôlon au-delà de la ligne médiane.
Là encore il ne s’agit que d'une hypothèse concernant seulement quelques-unes des hernies périduodénales.
IV. — Théorie de Toldt. — D'après cette théorie, l’origine de la fossette duodéno-jéjunale serait double, différente pour chacune des deux cornes qui la constituent. La corne supérieure reconnaitrait pour cause la migration du cœcum exerçant une traction à droite et en bas, sur le mésocôlon descendant, encore non soudé au péritoine pariétal par l'intermédiaire du côlon transverse.
"La corne inférieure, pli duodéno-mésocôlique, serait formée par le relief dessiné sur la paroi abdominale postérieure par la troisième courbure du duodénum, point de passage de sa portion horizontale avec sa portion ascendante. Il forme une fossette située à la partie inférieure de la troisième portion du duodénum et a pour caractère essentiel de ne pas s’insérer primitivement sur la portion ascendante, Plus tard, augmentant graduelle-
ment de hauteur, ce pli arriverait en remontant le long de la portion à former la corne inférieure de la fossette de Treitz.
V. — Théorie de la coalescence. — C’est la théorie de Brœsike, de Rogie adoptée et longuement développée par Frédet, dans le 7raïté d'anatomie de Poirier, à l'article : Péritoine.
Pour la bien comprendre, la connaissance parfaite des phénomènes de torsion de l’anse intestinale primitive est indispensable. Mais les travaux de Rogie, de son élève Pérignan, le long article de Frédet ont suffisamment vulgarisé ces points d’embryologie pour que nous jugions superflu de les exposer à nouveau.
Nous rappellerons seulement qu’à un moment donné de cette torsion, au troisième mois de la vie embryonnaire, le côlon descendant et la quatrième portion du duodénum sont superposées d’avant en arrière. Qu'il se produise entre ces deux segments d'intestin un travail d’adhérence, il arrivera alors que si le côlon descendant se porte à gauche, son mésocôlon ne pourra pas suivre son mouvement au niveau des points d’adhérence, d’où la formation de plis s'étendant du duodénum au mésocôlon et respectant le phénomène de coalescence du péritoine mésocôlique, au péritoine pariétal postérieur.
Cette coalescence se produisant de bas en haut et de haut en bas à la fois, il en résultera la formation de deux plis, c'est-à-dire des deux fossettes duodénales supérieure et inférieure de Jonnesco.
D'autre part, le duodénum subit lui aussi un mouvement de rotation qui le porte de gauche à droite; ilen
résulte que la portion ascendante du duodénum forme un relief très marqué au devant du péritoine pariétal.
Il existera donc à gauche du duodénum un espace libre prismatique qui formera les fossettes duodénales.
Telle est la doctrine de la coalescence à propos des fossettes duodénales ; mais on peut la généraliser à beaucoup d’autres. En effet, ces différentes théories exposées, nous pourrions reprendre une à une les fossettes décrites dans notre précédent chapitre et discuter la théorie la plus acceptable pour la formation dechacuñe d’elles. Mais cela nous entraînerait bien loin et peut-être un peu en dehors du but que nous nous sommes proposé.
Nous préférons simplement, en guise de conclusion, reproduire le tableau synoptique dressé par Poisson dans sa thèse, et dont Charpy et Jonnesco ont reconnu la valeur en l’adoptant dans le Traité classique d'anatomie de Poirier.
Voici cette classification :
| f. double de Waldever, He RTE 10 Fossettes dues à des | fossette duo- | f. duodéno-jéjunale. plis de traction àla dénaleset ses { f. infraduodénale de Poisson. suite d’adhérences. dérivés. | f. sus-mésocolique. f. intermésocolique transverse.
| f. paraduodénale ou de Landzert,
| supérieure.
20 Fossettes dues à un | rétroduodénale, ! ;
défaut de coalescence. } GRR C cence. : sSS SE .e :
mésentérico pariétale ou parajéjunale de Brœsike.
3° Fossettes dues à un | à : ren Recessus veineux.
soulèvement vasculaire |
Comme on le voit, ce tableau très clair permet de schématiser et surtout de ramener presque à l'unité les multitudes de fossettes duodénales gauches dont la simple description permettait d'ailleurs de pressentir déjà la parenté très étroite.