‹ Essai sur la liberté considérée comme pricipe et fi de l'activité humaineChapitre 1 sur 33 · DE LA NOUVELLE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA NOUVELLE ÉDITION

V Essai sur la Liberté i'ut publié pour la première fois vers la fin de Tannée 1846.

Il reçut un accueil assez favorable etrencon- Ira quelques lecteurs extrêmement sympathiques. On voulut bien louer les sentiments (le Tauleur et leur expression. Mais, quant à ridée qui fait le fond, et, s'il m'était permis de le dire, la nouveauté de pette étude, il me fut aisé de voir, 5 travers les éloges

n PUÉFACt:

dont on m'honorait, tantôt qu'elle n'avait pas été comprise, tantôt qu'elle n'avait pas été seulement aperçue.

Et pourtant je ne l'avais pas voilée. Dès la première page, dans le titre même du livre, elle était écrite en gros caractères; mais le commun des lecteurs n'y donna aucune attention. Les esprits distingués, les gens plus spécialement compétents, les métaphysiciens, les philosophes, l'écartèrent de prime abord avec nn grand dédain.

La Liberté considérée comme fin de l'activité humaine, c'était là pour l'orthodoxie universitaire une grossière hérésie ; c'était une proposilion insupportable. « La Liberté est le moyen ^ non la fin; l'auteur a tout brouillé; » telle fut la brève sentence prononcée contre moi. Je n'essayai pas d'en appeler; c'eût été peine perdue. S'il n'y a plus en France de religion d'Élat, il y avait

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encore, à cette époque, comme une philosophie d'État qui ne souffrait pas la contradiction et pour laquelle la majorité des Français professait une sorte de respect administratif, assez semblable à la soumission que pratiquent les honnêtes gens envers le commissaire de police et le gendarme. Je me tus ; et ce livre condamné fut pour moi un livre oublié.

Cependant, après quelques années, je crus entrevoir que mon hérésie avait sourdement fait du chemin; il m'en revenait de lointains échos; il m*arrivait parfois de la rencontrer, plus ou moins reconnaissable sous de légers changements, jusque dans les ouvrages de ceux qui l'avaient repoussée de haut. Aujourd'hui, il se découvre eu effet que V Essai sur la Liberté a été lu suffisamment, et qu'il Ta été avec une bienveillance assez marquée, pour qu'un éditeur

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en renom croie pouvoir tenter sans trop de risques d'en offrir au public une édition nouvelle, il y a là, ce me semble, une leçon de patience pour les auteurs, et le sujet aussi de quelques réflexions.

c<La génération à laquelle on a Thonneur d'appartenir » (j'emprunte à un écrivain excellent^ celte formule de bonne compagnie) esl très-lasse de dogmatisme, trèslasse d'orlhodoxie. Cela n'^ariende surprenant, rien même de fâcheux : c'est la conséquence naturelle et légitime d'une expérience répétée.

Une série de révolutions presque périodiques, des accidents si nombreux qu'ils semblent s'ordonner en loi, ont ébranlé chez nous les opinions, les établissements les mieux assis. Les vérités réputées incontestables, dont la société française s'était

* M. Diiponl-Wliiic.

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composé avec tant d'art un Credo politique et philosophique, ont montré ce qu'elles valaient au jour de l'épreuve. Rien n'a tenu contre le hasard des choses; tout a cédé, ployé sous d'assez faibles coups de la fortune. Des plus grandes comme des plus petites intelligences il s'est fait une prompte, une complète, disons le mot^ une honteuse déroute. Les apostasies, les défections, les rétractations, toutes les servilités^ toutes les peurs de l'esprit, en se précipitant, ont formé la plus incroyable mêlée. On a vu sous un jour froid et morne, comme en une éclipse morale^ l'inimaginable désordre qui s était longtemps caché sous l'ostentation d'une vaine discipline. La vieille société s'est prise elle-même en dégoût, se sentant si peu capable de ces vertus fortes

qui naissent des convictions profondes. De-

puis lors, déconcertée, elle a beau sou-

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