VI PRÉFACE
rire au c( fait accompli » qui donne à sa lassitude quelque repos et permet à sa déroute une halle de quelques heures, elle ne reprend pas confiance. Elle sait désormais, quoi qu'elle en dise, qu'elle adorait de fimx dieux. Les idoles qu'elle emporte avec elle, cachées sous son manteau, ne réchauffent point son cœur ; dans leur muette ironie, elles ne lui disent que trop « comment les dogmes finissent. »
Mais du sein de cet abattement qui semble à quelques-uns la fin des choses, du sein de cette dissolution de tout ce qui fut Tordre ancien, et de cet irréparable discrédit des dieux tombés, un désir de vie se produit, une inquiétude généreuse. Sous l'apparente stagnation des cœurs et des esprits, de nouveaux courants d'espérance s'ouvrent de toutes parts. Des forces cachées se font sentir, qui s'attirent et se combinent; des
DE LA NOUVELLE ÉDITION. m
germes flottants montent à la surface des eaux, cherchant la lumière. Et, selon la voix intime qui parle à chacun de nous, cette lumière désirée qui féconde et métamorphose, qui appelle et répand la yie, n'est autre que la Liberté.
Je ne crois pas m'abuser en disant qu'à celte heure tous les esprits jeunes et virils, toutes les intelligences capables de fécondité, sentent, confusément encore, mais fortemenl, que la liberté doit être le but et qu'elle sera aussi la récompense des efforts de l'homme.
Mais cette liberté qu'invoquent nos vœux secrets, cette liberté dont nous avons soif comme le Psalmiste a « soif de l'Éternel, »
serait-ce la liberté théologique ou métaphysique? serait-ce le libre arbitre des disputes de l'école ou le libéralisme des doctrines parlementaires? Est-ce la liberté qui se dé-
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bat entre Pelage et saint Augustin , entre Calvin et Luther, entre Robespierre et Danton, entre Royer-CoUard et Lamennais, entre Thiers et Guizot? Non, sans doute.
Assez longtemps les subtilités de la théologie et les équivoques de la politique ont htigué de leurs interminables querelles les échos du vieux monde.
Laissons ces libertés à ceux qui ont vécu.
Pour nous qui aspirons à la vie, la liberté que nous voulons posséder, je me trompe, la liberté par qui nous voulons être possédés, c'est la loi même de notre nature; c'est la vérité, la nécessité divines; cest le mystère du a Dieu qui sera*, » de ce Dieu dont il est écrit que, souverainement libre et tout-puissant, il ne peut pas néanmoins vouloir le mal.
* Schelling.
DE TA NOUVELLE ÉDITION. ix
Si j'avais aujourd'hui à écrire VEimi que je livrais à la publicité en 1847, ce serait assurément d'une tout autre manière et dans un autre dessein. En proie comme je Tétais aloT*s à de vives angoisses morales, je songeais, il faut bien le dire, plus . a moi qu'à autrui ; je cherchais un moyen d'échapper aux c< calamités de mon âme, » ' un sujet d'espérer en Dieu, d'aimer la vie. Je savais bien, ou plutôt je sentais, qu'ils se trompent les docteurs qui nous disent que le bonheur est la fin de l'homme, et qu'ils nous trompent les théologiens lorsqu'ils nous montrent ce bonheur égoïste dans la perpétuité sans progrès d'une inaclive possession de Dieu, dont une moitié du genre humain resterait éternellement déshéritée.
Insensible à l'appât d'une récompense contraire à ma nature, contraire à l'idéal de justice et d'amour que Dieu a mis en moi,