Leibnitz, Lettre à M, Coste
Glarke soutenait au contraire que le cas de l'âne de Buridan n'est pas seulement possible, qu'en réalité nous rexpérimentons tous les jours. Reid fait appel aussi lui à la conscience de tous les hommes : « Quant à moi, dit-il, je fais chaque jour un grand nombre d'actions insignifiantes, sans avoir conscience d'aucun motif qui m'y détermine *. » Il ne s'agit pas ici des actions insignifiantes, mais de celles qui engagent notre liberté morale. Les exemples qu'invoquent sans cesse les partisans de l'indifférence, le bras rabattu de ce côté ou de l'autre, la jambe droite croisée sur la gauche, ou réciproquement, ne valent rien du tout, car la volonté n'a aucune part dans tous ces mouvements; ils résultent du fonctionnement mécanique de nos membres, d'une simple action réflexe, ou d'une habitude à laquelle nous nous laissons aller sans y penser. Il est un autre exemple sur lequel Reid paraît faire beaucoup de fond : ayant à payer une somme d'une guinée, j'ouvre ma bourse qui renferme plusieurè pièces de cette valeur; je n'ai aucune raison de donner l'une plutôt que l'autre; si donc je prends celle-ci ou celle-là, c'est que je puis me décider sans motif; si vous refusez de l'admettre, il vous faudra soutenir qu'il m'est impossible d'acquitter une petite dette, alors que j'ai sous la main cent fois plus qu'il ne faut pour cela, ce qui est. absurde. M. Fouillée n'a pas eu de peine, en analysant d'une manière plus précise le phénomène, à montrer qu'en ce cas notre