Aristote, de Cœio, II, 13, 295 b
Quoi qu'il en soit, voici comment raisonnent les indifférentistes. Imaginez un âne, pressé par la faim et situé précisément à égale distance entre deux mesures d'avoine ou deux bottes de foin égales et semblables de tous points; ou bien encore supposez qu'également tourmenté parla faim et par la soif, il voie à la même distance un picotin d'avoine et un seau d'eau : il n'aura aucune raison de préférer l'un plutôt que l'autre, et pourtant cet animal, tout stupide qu'il est, ne se laissera pas périr d'inanition : il commencera par l'un ou par l'autre, il prendra donc une décision en l'absence de tout motif.
IV. — A cet argument fameux qui semble au premier abord sans réplique, Leibnitz oppose purement et simplement une fin de non-recevoir. La difficulté, dit-il, est purement imaginaire et rien de semblable ne s'observe dans la réalité. On sait l'importance qu'attribue Leibnitz au principe des indiscernables : il ne peut exister deux objets identiques de tous points, car ils ne seraient pas deux, ils ne feraient plus qu'un. De même qu'on ne peut découvrir dans un jardin deux feuilles de rose absolument semblables, de même un âne ne sera jamais placé entre deux bottes de foin parfaitement égales. La conception de deux motifs exactement égaux est une illusion de l'imagination : « Le cas d'un parfait équilibre est chimérique : il n'arrive jamais, l'univers ne pouvant point être ni parti ni coupé en deux parties égales et semblables '. :»