‹ Essai sur la liberté moraleChapitre 41 sur 87 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I. — Nous n'avons encore accompli que la partie la plus facile de notre tâche : ce n'est pas assez de réfuter le fatalisme, le déterminisme et la théorie de TindifTérence; la liberté morale de l'homme doit être établie par des preuves positives, et c'est à nous, qui avançons cette thèse, qu'incombe la charge d'en fournir la démonstration, oniis prohandiy comme on dit au Palais.

Un grand nombre de philosophes soutiennent que la preuve la plus claire et la plus solide de la liberté nous est fournie par le témoignage immédiat de la conscience : « C'est une vérité, dit saint Augustin, que je vois et que je touche du doigt, pour ainsi dire *. » « Vous avez raison, écrit Descartes, de dire que nous sommes aussi assurés de notre liberté

1. Saint Augdstin, de Lib, Arb., III, i : « Video et quodammodo tango... non enim quicquam tam firme atque intime sentio, quam me habere voluntatem. »

que d'aucune autre notion première, car c'en est véritablement une *. » Bossuet est du même avis : « Que rhomme s'écoute et se consulte, il sentira qu'il est libre comme il sentira qu'il est raisonnable *. »

A un argument si simple il semble qu'il n'y ait rien à répondre et cependant la valeur en est très vivement contestée. Nous ne répéterons pas tout ce que disent les déterministes des illusions continuelles que nous nous faisons sur notre propre compte et sur ce qui se passe en nous : nous croyons en effet que le témoignage de la conscience est susceptible de présenter dans certains cas une clarté et une précision telles que l'erreur est impossible. Mais suffit-il de faire appel au témoignage de la conscience pour trancher la question qui nous occupe?

La preuve fondée sur l'autorité de la conscience peut être entendue en deux sens différents ou plutôt on confond souvent deux raisonnements bien distincts.

« Lorsque je prends un parti, entendons-nous dire à chaque instant, j'ai conscience que je pourrais, si je voulais, prendre aussi bien le parti opposé. » C'est ce dont Stuart Mill nous paraît avoir fort bien montré l'impossibilité. La conscience n'est pas une faculté à part : c'est la connaissance directe, immédiate que nous avons des phénomènes psychologiques qui s'accomplissent en nous; sa portée ne s'étend pas au delà. Nous avons donc conscience de ce que nous

1. Descabtes, Lettres, t. VIII, p. 407 (éd. Cousin). — Cf. Principes, I, m, 16.

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