‹ Essai sur la liberté moraleChapitre 42 sur 87 · BossuBT, Traité du Libre Arbitre, chap. ii · texte numérisé non relu

BossuBT, Traité du Libre Arbitre, chap. ii

faisons; mais, quant aux résolutions que nous pourrions prendre et qu'eifectivement nous ne prenons pas, ce n'est pas la conscience qui peut nous en donner l'idée : « La conscience me dit ce que je fais ou ce que je sens ; mais ce que je suis capable de faire ne tombe pas sous la conscience... Elle n'est pas prophétique : nous avons conscience de ce qui est, non de ce qui sera ou de ce qui peut être. » Ce qui n'est pas peut être affaire de conception , mais non pas d'intuition.

On peut donner au même argument un autre sens et dire : « Lorscpie je prends une décision volontaire, j'ai conscience que je la prends librement, que j'en suis Fauteur et le principe, que j'agis ainsi parce que je le veux, que je ne suis déterminé par aucune influence extérieure. » Pour notre part, nous sommes convaincus qu'il en est ainsi et pourtant nous ne croyons pas qu'il soit légitime de fonder sur cette intuition une preuve de la liberté. Comment cela? Sur un fait immédiatement observé la discussion est-elle possible? Oui, précisément dans ce cas : car l'expérience dont il s'agit est toute personnelle; je n'ai pas le droit de conclure de la mienne à la vôtre ; de ce que celle-là m'atteste, celle-ci peut-être ne vous dit rien. Or nous croyons, comme nous l'expliquerons plus tard, que la plupart de nos actions ne manifestent aucunement notre liberté et même que beaucoup d'hommes ne l'exercent jamais : ils n'en peuvent donc avoir le sentiment vif interne. C'est en vain que je vous répéterai : « J'ai conscience que je me détermine librement », si vous pouvez me

répondre : « Pour moi, ma conscience ne me dit rien de tel ». On ne peut admettre comme preuves que des propositions dont l'universalité est incontestable.

II. — Si nous avons rejeté les théories des fatalistes, des déterministes et des indifîérentistes, c'est que nous les avons trouvées inconciliables avec les phénomènes moraux que nous observons en nous. C'est donc la considération des divers éléments de notre nature morale qui nous fournira la preuve de notre liberté.

Un premier argument est tiré de l'existence même de la loi morale. Il est plus ancien qu'on ne le croit généralement. Nous le voyons développé pour la première fois par TertuUien, au m® siècle de l'ère chrétienne. « On n'impose pas une loi, dit-il, à un être qui n'a pas en son pouvoir d'obéir à la loi, et l'on ne menace pas de mort, s'il viole la loi, celui qui n'est pas le maître de la transgresser *. » D'après saint Augustin, les termes mêmes du Décalogue : « Noli Vinci à malo, noli occidere », impliquent l'affirmation de la liberté '. Un père de l'Église grecque, saint Macaire, tient le même langage au iv® siècle : « C'est à celui qui est hbre de faire la guerre aux puissances contraires que Ton impose une loi, à celui qui peut à son gré se tourner vers l'un ou l'autre parti ; on ne donne pas d'ordres à une nature enchaînée par des lois nécessaires '. »

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