‹ Essai sur la littérature romantiqueChapitre 11 sur 22 · FaustoDie Nascitur Rex ille · texte numérisé non relu

FaustoDie Nascitur Rex ille

Qui sibi talem affectum lixcratur;

Illius œtas

Semper permanebit

In bonà memorià.

la. Proruet solutus ,

In yirorum catervam Lupus ille Fenrir, Antequain «que bonus In orbam terram Rez reniât.

i3. t'ereunt Divitise , Occidunt cognati, Vastatur terra.

Manet Haquinus Apud munificos Deos ; Bolet bominum multitudo.

On possède encore quelques unes des poésies que les scâldes improyisoient au moment du combat pour

n'eusse pas cru qu'Ella ' seroit maître de ma vie y alors qu'arrétaat le sang de mes blés* sures je poussai nos vaisseaux dans les flots , après avoir laissé dans les baies de l'Ecosse un abondant festin pour les bétes farouches. »

a. <c Mais je me réjouis quand je pense aux sièges qui m'attendent dans le palais de

ankner les soldats de leur arroge. Dans Tan de ces chants , le scalde apostrophe ainsi deux guerriers :

Haro manu fortis ,

Rolfo jaculans,

Nobiies yiri

Qui non fugiunt;

lYon ezcito vos ad bibendum vinum,

"Nec ad coUoquendum cum viiginibns,

Sed ezcito vos ad durum

Praelium conserendum.

BÀRTHOUVy liv. If cbap. Xo.

Saxon le grammairien , dans son Histoire du Danemarckf nous a aussi conserve un grand nombre de poésies Scandinaves. Mais la paraphrase latine de cet auteur, bien remarquable par sa puretë et son élëgance, déguise trop l'esprit et les formes de l'origiAaL

' L'eniiemi de Regner-Lodbrog.

Baldfir '. J'y boirai la bière dans le crâne dépouillé de mes ennemis. L'homme de courage brave la mort dans le magnific^ue séjour d'Odin. Je ne ferai point entendre de lâches plaintes en entrant dans le palais d'Odin. j>

. 3. <c Qu'ils se >hàteroient de commencer •une guerre terrible , les fils d' Aslenga % s'ils cConnoissoient mon sort, s'ils savoient quels tourmons me jprépâre la dent venimeuse des serpens. J'ai donné à mes enfans une mère qui leur inspira les faits courageux. »

^ 4- ^ ^^^ ^ mort approche; la vipère me «&it sentir .sa morsure cruelle ; la couleuvre .plonge sa dent au fond de mon cœur. Sans doute l'un de mes fils teindra son glaive daDs le sang d'Ella. Leur colère sera prompte à s'enflammer; leur jeunesse ardente ne restera pas dans le repos. »

5. « Ciuquante-une fois, obéissant au cri de la guerre, j'ai combattu sous les drapeaux. Jeune , j'ai appris à rougir mon 4pée

' Autre nom d^Odin.

* Bpouse de Lodbrog.

de sang. Je n'ai pas cru qu'un autre roi parmi les hommes remportât sur moi en valeur. Les déesses de la mort m'inviteront à leurs festins. Ne pleurez pas mon sort. »

6. ce II est temps de finir. Les déesses messagères qu'Odin m'envoie de son palais m'invitent à les suivre. Je boirai ia bière sur un siège élevé avec les déesses de la mort. Les heures de ma vie sont écoulées. Je mourrai en riant. »

Mais l'un des morceaux les plus reiyiarquables de la littérature Scandinave est le cantique du roi Haquin ^ qui joint au mérite d'une belle invention poétique l'avantage de rappeler les principaux dogmes de la Mythologie de ces peuples. C'est l'apothéose d'un roi fameux par sa valeur :

<c Les déesses Gondula et Skagula sont envoyées par Odin pour choisir d'entre les rois de la race d^Ingon celui qu'il appelle à lui dans le palais de Walhalla. Elles trouvent le frère de Biomqni se couvre de sa cuirasse, j»

a Gondula, appuyée sur sa lance, dit :

L'assemblée des dieux va s'accroître. Haquin et sa nombreuse armée sont aivoyés par leurs ennemis au palais d'Odin. »

« Haquin entendit le discours des Walkylies, qui, belles, couvertes de leur armure, assises sur V leurs coursiers, sembloient^plon-* gées dans la méditation. »

<x Pourquoi , dit-il j puissante Skagula , avoir disposé ainsi de la victoire? Nous étions dignes de l'o^teup des dieux. Skagula répond : C'est noys qui te la donnions ; c'est nous qui mettions tes ennemis en fuite;. nous te la retirons aii^ourd'hui. »

« Avançons 9. poursuit-elle, à travers ces inondes brillans de verdure ; ^Upns annoncer à Odin qu'un roi vaillant vient le visiter dans son palais. »

«( Henqode et Braga, dit 04in,-^^,à^

rencontre; un roirép^tévaillwtsl^^l%tel:re est près d'entrer dans mai cour. » , . ,

, « Cependant Haqi^n paroît , so^ant du combat, et tout dégouttant de saog. A l'as-

pect d'Odin , il s'écrie : Ah ! que ce dieu a Pair farouche et terrible! »

a Braga lui dit : Venez, vous qui fûtes la terreur des braves; les habitans de Walhaila vous jurent une paix étemelle ; venea boire la bière dans l'assanblée des dieux et retrouver ici vos huit frères. »

« Mais le brave Haquin s'écrie : Je veux garder mon aitnure ; je ne veux quitter ni mon casque ni ma cuiraMe^ ub guerrier ne doit «point se défaire im-BClvl instant de sa lance, d

a Alors on put voir combien ce roi avoit été religieux pendant sa vie , car toute l'assemblée des héros et des dieux se leva pour le recevoir. »

« Heureux le jour où naît le roi qui s'attii*e des dieux de telles faveurs î L'âge ou il a vécu restera toujours dans la bonne re* nommée des hommes. »

a Le loup Fenrir, dégagé de ses chaînes, se jettera sur la foule des humains , avant

qu'un roi semblable console la terre veuTe de sa gloire. »

«c Les richesses se dissipent , les races s'éteignent, la terre est dévastée; Haquin, pleuré des hommes, repose éternellement au sein des dieux. 3»

Ces exemples feront juger du caractère général de la poésie des scaldes : rude, coupée , sans variété et sans transition , elle rap* pelle à la fois l'âpreté de la nature et celle des moeurs; mais son énergique concision peint avec force cet enthousiasme des combats , ce mépris de la mort, cette puissance de la volonté contre la douleur, qui carao* térisoient ce peaple de guerriers. Fière , et presque sauvage, l'expression des sentimens tendres ne lui étoit pourtant pas étrangère ; les chants amoureux des scaldes se font re*marquer par un mélange d'héroïsme et de tendresse dont les peuples d'Occident ont seuls offert le modèle '. Dans sa rude simpli-

' Yoyee dans Saxon k grammairien (Uy* 7) la ckani de Hongbar et Sygna^ traduit en français, ainsi que

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€ité^ brillent parfois une force, une majesté même, que l'éloquence abondante d'une muse rafi&née n'atteint pas toujours. Où trouver un trait . plus énergique que celui qui termine la complainte du roi Lodbrog; une peinture plus fière et plus hardie que celle de ce roi Haquin , entrant tout armé , tout dégouttant de sang dans le palais d'Odin, et refusant: de quitter, daiis ce séjoiur des morts, les armes qui firent sa gloire pçn^ant sa vie ? La poésie des scaldes ; abotidoit , comnie celle de presque tous Jes peuples naissans, en expressions figurées : les arbres étoient la chevelure delà terre; les corbeaux, la joyeuse mouette du sang, etc. Mais, ce qu'on n'apprend point san» surprise, c'est que , soumise à des formes très-yarijêç^ , elle comptoit un grand nombre d'espèces di£Fé* rentes de vers et de strophes. Si l'analogie ne trompe ici, c'étoit sans doute dans le même esprit et sur des formes semblables

les deux exemples que nous rapportons, par l'auteur de la Graule poétique , tome 2 , notes sur le .dixième récit.

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qu'étoient composés ces cantiques anciens des bardes gaulois et germains, et ces chants guerriers où les Francs avoient consigné kf souvenir de leurs exploits, que CharlenA|pe, en les recueillant, voulut en vain sauver de la barbarie des siècles qui suivirent le sien \ Les poçsiés dés scaldes danois , lorsqu'elles furent^ publiées en France, y excitèrent une attention. géjiérale et trouvèrent de nom^ breux iniitatears. Un poète élégant*' s^est surtout easàyédans ceigenredecomposàtiaft* Mais , en copiant un tel modèle, il n'a oublié que l'originalité qui attache surtout à lui ; et quel que soit le. mérite de. ses gracieuses imitations 7 elles seront peu goûtées par ceux qui. se sont familiarisés par la lecture avec ies accens mâles et simples de la muse romantique des scaldes anciens. .

' Carohis Magnus^ dît Eginhard^ barbara et an^ Hqmssima carmina iptihus veterùm Regàm adus àtifue bella canebaniyScripsitmemonœgue mandaçit,

* Pamy. Voy* son poëme d^Jsnei et Arianga.,

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DEUXIÈME PIÉRIODE.

Ia Utlénture fna(«iM da mqjoik. |g«. .

Arrirés à oette seeonde période^ ce ne seront plus les seuls effets du dimat ou des mœvtrs guerrières d'un peupleà peine sorti de la Iftiikarieque la littératur e nous offirira. Une r^igîapi et des institutions nouvelles l'iEiurQnt refondue avec la société et auront ouvert à ses ouvrages une source plus féconde d'inspirations» La plupart des nations de l'Europe comptent des écrivains qui 9 pendant la durée, et surtout vers la fin du moyen âge, -en ont dans <]uelques productions retracé le tableau. Mais c'est «à la France surtout que cette gloire a été réservée; et cette même nation ^ qui s'est montrée dans la suite, si ezi|pressée d'en repousser les souvenirs de sa littérature, fut à cette époque , plus heureu* sèment que toute autre, inspirée par son génie. Les productions littéraires du moyen âge , dans notre patrie , simples et sans art

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comme les siècles qui les yireat naître, ofirent du moins une peinture fidèle des mœurs populaires et de rinfiuetiee eexeraée sur les esprits par les institutâiOQs d'akors. Elles placent peut<-éCre , dans l'interMlIe écoulé depuis le lOtimeroè juMpié vecs la fin du quimiiàme aiède, Péflaqfcev pi^ui* fai France d'une littérature Téritabkment nar tionale.

Deux ge^nes de iC(HnpoaîiîiMi, la poésie ^et les romans, se patiJi^eni» les ea^ais d^- nos anciens auteurs. La poésie* fat "d'abord cul'* trrée, en Prerence^ par ces IVauvères^ si renommés dans sont ancienaus HbtDîre. la France d'alors , dont oetle prorince. ne fid*^ soit point encore partie, suiTit bientol: ^oet exemple et vit s'accroître de règne en règpe le nombre. de ses poètes^ Sans en détailler ici la longue liste % nous citwo&a Thifaiit^ comte de Qiampagne, si fameus^-de s<)n

' Le président Fauchet (de l'Origine de la langue et de la poésie françaises) porte à cent vingt-sept le nombre de ceux qui ont écrit ayant la fin du treizième siècle.

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temps par. ses amouiis et par ses poésies ^ Guillaume de.LcHis, auteur ingémeu3(;4u * roman' de la.iRosë, tous .deux Tivai^tdans le treizième siècle; ^et plus itard Charles d'Orléans >, qui sut charmer parles délassemens poétiques Fennui d'iine longue captivité. Une foule de ncHus non imoî^s connus remplit ' cet intervalle. Lôùr Numération prouve que le rang et la naissance s'honoroieat alors ^iatUre de poéteou. de tronbadour,-etq«e mteie le&feDunes.decetanps partageoiSent le goût et :1e talent de l'autre sexe poiH*' là poésie. P^rmi ces auteurs , lès uns, "à Feisémple du comte de Champagne, coihposoieiit ces lais d'amour , interprètes des plàfîsirs et des peines de cette pa^ion ; d'autres dsantoient, comme Guillaume de Loris , dans des poêines de plus longue hatefoê , des sujets empruntés à l'Histoire àù *

' Père du roi Louis XII, fait prisonnier en i^iS à la bataille d' Azincourt et long-temps retenu en Angleterre où il composa ses poésies. Ses ouvrages, tombes dans l'oubli , n'ont été publiés qu'au commencement de ce siècle, d'après un ancien manuscrit découvert par l'abbé Salier.

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créés pàr^ la fiction ; puis A^noiént les auteurs de contes et dé fabliaux, eiifin les chansorinîèrs,' dont 'Clément Marôt^ le deniier iet le meilleur des poètes ^e ce genre, a retracé dans un âge. plus fécent le talent naïf ' et fiicilè. .

Si ces pi^emiers essais <ie la Muse française n'c^lfi^ut lii la correction ni T^gance que des auteurs plus modernes ontmises dans leurs ôtrvrages , au moins ne se sentent-ils jamais de cette recherche et de cette contrainte qu'on est trop souvent forcé de remarquer dans ceux-ci. Toujours libres et Êîeiles , quelquefois pleins de grâce ' et de délicati^se^ ils semblent n'être que rêxpression spontanée de là pensée du poëte ; oh sent qu'ils n'ont pas plus coûté à son esprit que lé» sentimens qu'ils retracent ne coûtoient à son cœur. Comme dans ces temps la dlffî* culte de répandre ses ouvrages et d'en tirer ainsi quelque profit, ne permettoit guère de faire du culte des lettres l'objet d'une sorte d^ profession; .rien ai^ssjl .^e pwvoit engager à se livrer au travail de la compo* sition, si ce n'est l'abondance des pensées

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^ le besoin de.le$ exprimer. La poésie, fut un délassement dont les rangs élevés sur-^ tout s'empressoient de jouir, et qui se-mêloit souvent à tous les détails d'une profession militaire ^et d'une ym passée dans les camps. Aussi Êiut-il pour en apprécier le caract^ , se rappeler l'état de la société àcette^o({ue. lj'hon|](6ttr chevaleresque, le s^esfect et l'a^ mour des dames , idées dominantes d'alors , étoîent le centre vei^ lequel tout nmenoit l'imagination du poète. Partout on reçonnoît, à la lecture de ces productions , l'époque romantique où lès troubadours, eimnt de châteaux en châteaux, obt^oient pomr prix de leurs dbanlB , une généreuse hoipitdité, et parf(»s de riches dons; où. le roi d'une belle contrée ' parut préférer les Sèr veurs de l'amour, sous l'humble conditâon dé berger, à l'éclat souvent trompeur d'une couronne; où l'on vit enfiù les ch^ivdliers et les dames de sa suite , tenir cette cour

' René, comte d^Anjdu et nrà de Provence, si cormu par" son goùt pour la vie champêtre, par seB ■J s Uie ors et par son iastitoiion de la cour d'amiHm

d'amour tant célébrée, qui jugeoit les (pifestions les plus délicates de la (^us oapricteœe des passions.

Kon que dafis cette ancienne poésie tout doive paraître digne d'éloges, ni que la ori» tique fut embarrassée d'y trouver des déficits. Sans parler des imperfections qui tiennent- à Tétat pen ayaincé des lumières, ck)mmeoit excuser l'usage de ces longues allégo^ ries dont le roman de la Rose ofire l'exemple , et comment approuver les formes symétriques ou bizarres de ces rondeaux , de oes tençons, de ces virelais, plus propres à fisiire btiller lé verfcificatéur exercé que lô Vrai poète j^ On a même quelque peine à conyj prendre que des esprits libres et naturels aient pu se soumettre à des règles aussi étroi*» tes et aussi âitigantes* Mais enfin , sons ces dehors mal imaginés, on reirouvoit des idées et des sentimens vrais ; on rèoonnoissoit- le poète qub se hât l'intei^rète de son sîède ^ et Ton pouvoit espérer que le temps , en l'afiranchissant de ses entraves, donneroit à cette poésie plus d^élan et de profondeur, ui faire rien perdre de son originalité.

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Le même esprit de galanterie chevaleresque se fatt> resuarqii^r dans ces romans dé chevalerie, si renommés autrefois, etcpii ont fouiTii les prejBÙers et. peu^etre les plus parfaits modèles de ces sortes de productions Nul autre «genre de littérature n'est plus propre aux temps modernes; le nom même en fut inconnu à l'antiquité, car il seroit difficile . de voir l'origine de. nos.romans dans quelques écrite des sophistes du Bas-£mpire^ certainement ignorés des premiers inven^ teurs: du genre en France et en Espagne.

G'^t (proprement à l'état nouveau des (emr m^ às^^s la société , que doit. en être rapr portée l'invention. Les premiers de cetucqui furent composés pendant le moyen âge, soat antérieurs auj; productions poétiques dont nous. venons de parler; on en iait remonter la publicationjen langue romance, jusqu'aut dernières années du douzième siède* J^ar .un rare privilège, ce iixt à cefe premiers inventeurs du genire qu'il fut aussi donné d'en pousser le plus loin les e£fets< Les écrivains des siècles postérieurs n'ont fait que. conti-* nuer, ou défigurer dans leurs propres créa-

tions ces productions originales, jusqu'à l'époque où l'exagération du merveilleux et le manque de Tariété firent tomber ce genre dans un discrédit total. Quoiqu'on ne les cite guère ici que comme monumens de notre ancienne littérature, il seroit injuste de n'y pQJnt reconnoitre , outre l'intérêt qu'ils ofr frent souQ ce point de vue, un 'mérite. réel, fondé sur la richesse d'imagination d% l'au*tetir, sur la peinture yraie des passions , sur le choix et la noblesse des caractèrea. Les romans d'Amadis, de Tristan , et en général ceux dont lés personnages remontent jusqu'aux temps fabuleux de la Tablé ronde, survivent encore aujourd'hui au' changement du goût et des institutions; on se plaît en les lisant , à ces tableaux des mœurs simples et guerrières de notre ancienne patrie. La chevalerie d'autrefois , sa foi confiante, scm dévouement aux dames , son respect pour le serment , son mépris des dangers et de la mort semblent vous apparoître. L'intervention des enchanteurs et des fées, êtres surnaturels dont le pouvoir rappelle celui des divinités du paganisme, n'y épiait pas,

paroé que tout en eux est en Uarmonie avec les croyances du temps , et que la foi à leur existence paroit aussi ancienne dans presque toute l'Europe y que Torigine même de ses habitans. Ainsi , jusqu'au merveilleux, tout est national dans ces ouvrages négligés aujourd'hui, mais qui firent pendant long-ten^ps les délices des cours les plus polies de l'Europe. ^Sans prétendre en rappeler le goût ni en recommander l'imitation , quand la plu^ part des institutions qu'ils retracent ont disparu, on peut du moins y signaler, comme dans notre ancienne poésie, les avantages d'une littérature fondée sur les idées propres à la nation qui doit en jouir. De nos jours encore, un auteur anglais ' montre, par dé nombreux succès, quel charme le ta-»

lent peut attacher aux souvenirs de Tâge qu'ils retracent.

» Waker Scott,

TROISIÈME PlÉAIODE.

Lt littérature zonwBtif^e mo^troc.

Jusqu'ici la littérature romantique n'a pu nous montrer que celles des qualités litté* raires, que n'exclut point un siècle d'igno^ rance, la v^té, la nuTeté^ le sentiment. Un champ plus vaste s'ouvre devant elle dès les premiers temps de l'ère moderne* Aidée du progrès des lunnères, agrandie par la réflexion , elle va doubler ses e£fets , et se mettre en harmonie avec les i^ésultats du nouvel es^ sor donné à l'intelligence.

Les nations d'Occident, pendant la durée du moyen âge , avoient posé les bases de leur foturdéveloppement, et, pour ainsi dire,rassemblé autour d'elles tous les élémens qui dévoient servir désormais d'aliment à la pen» sée. Mais l'esprit humain, soumis encore à l'empire des préjugés ou de l'habitude , n'a« voit point exercé son activité sur ces matériaux épars; il croyoitsans juger, il sentoit

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sans réfléchir. Au quinzième siècle , une impulsion rapidement communiquée vint animer cette masse inerte jusqu'alors. Les progrès de l'imagination s'aimoncèrent les premiers par la renaissance des beaux arts. La même secousse imprimée à la littérature, développa en Italie, en Ëspaignç , en Angleterre, des génies vigoureux qui, empreints de l'esprit de nos vieilles institutions, vmais éclairés par l'impulsion donnée à l'intel^ ligence, joignirent au talent de peindre celui de penser, et fondèrent une nouvelle ère pour la littérature romantique. L' Arioste, le Tasse, Schakespear, Caldéron, la firent presr que en même temps, quoiqu'en des contrées différentes, briller de son plus vif édat. Plus tard l'Allemagne, rendue^ son véritable génie , en a, par les ouvrages de ses pljus célèbres écrivains , £sLit reixsdtre le , goût - et consacré les succèa. C'est dans les créations de ces génies inventeurs qu'il faut apprendre à la connoître. Au milieu de. leur apparente diversité , on retrouve une écple fondée sur les mêmes principes et animée . par la même inspiration. Rappelons ici ces productions

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originales , looins pour y sigpaler des beautés que tout le monde y. coanoît, que pour continuer «d'y iBecherdber les traits distinjCtiÊ de l'école à laquelle elles appartiennent.

L'AWOSTE.

né IV i474 — MORT BM i5^i

Dès le treizième siècle, le Dante, nourri du génie des guerres civiles, avoit donné à la poésie italienne toute l'énergie des pas* sions^qu'elle développiK L'Arioste, vif,, ingénieux et fécond, éfevé dans les. cours les plus brillantes de l'ttalie , en fit la langue d^ l'imagination. Il a puké les matériauK de son poème dans cette foule de traditions qui retraçpient les hauts faits de nos anciens preux, et il en a rattaché l'intérêt à cette mémorable époque de Fenyahissement d'une partie de la France par les Sarrasins, qui menaça la dbrétienté d'une ruine totale. Dans ses vers , reparoissent embellis par sa vive et fertile imagination, les mœurs de l'ancienne chevalerie, sa vie errante et guerrière, surtout le courage indomptable et les forces extraor-

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dinttres que la twiditioii lui attribue. A o6tè des croyances du christianisme ^ on îietrou'Vfe ce merveilleux fondé surFiùteiVeniîldn des fées et des enchanteurs, voués, îcomme les bons ou mauvais génies de l'antiquité, à la perte ou à la défense d'un même héros, et dont la puissance progressive rappelle cette chaîne^ qu'on supposoit jadis lier l'homme aux intelligencei^ céleste^. Mais ce qui n^rite surtout d'étfe remarqué dans le poeiîie de FAriosté, c'est la marche à là Ibis rapida et compHquée die l'actiè^, cette multitude d'événémens qui se croisant et se lient , cfette variété d'aventures indépendantes en apparence dft l'action priâ€i|>ye, et que le poète sait pourtant y rattàGher» SL'Arioste en eut le modèle dans les ouvrages de ses prédéceàiseuTS , Boyardo et ÏBèrni , et ceux*ci en avoient ètix-mémes emprunté l'idée âui créations de nos plus anciens romancia!^, C^est <mi des caractères propres à la littérature romantique, qui contraste le plus avec l'unité et la simplicité des compositions antique^. Datis cette fécondité d'invention, brille surtout le talent de l'Arioste; car s'il connut mieux

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que personne l'art d*attadber par cette 4esoiption de la vie ^J:érieure, peut-être fut-il raciDA heureux dans la peinturé des saitimms et des passions. Les idées de religion , d'honneur et d'amour n'ont point dans ses vers le sens sérieux et profond que la littérature romantique se plaît à leur attacher.

Le génie léger et badin du poète semble se jouer avec elle ^ et ne supporter lui - même .qu'avec peine l'action qu'il cherche parfois à produire. Un autre poète de sa nation , et presque son çonf^porain^ va nous en offîir HU plus digne tableau.

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