LE TASSE
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Avec le Dante , le Tasse a partagé fai gloire de peindre un sentimeïit profond dans cet^ kmgue italienne, dont la douceur ne semble &ite que pour exprimer le plaisir. Porté par le caractère de son génie vers un ordre élevé dc^ conceptions, il s'est emparé de l'un des Éiits les plus remarquables de l'histoire du moyen âge. Le choix de son sujet fat déjà
niie grande pensée. Quelque discrédit que l'ès|>rit philosophique ait jeté sur ces expéditions célèbres, de glorieux souvenirs se rattachent, pour les peuples modernes, à l'histoire de cette première croisade, seule couronnée d'un plein succès, parce que, seule peut-être, elle eut son fondement dans l'enthousiasme religieux, qui ne considéroit que ce but ^ et non dans les vues politiques qui , plus tard, ne calculèrent que ses avantages.
Son poème offre un genre d'intérêt analogue à celui de l' Arioste ; c'est encore la chevalerie du moyen âge , la valeur brillante , la foi ordinaire à la magie ; c'est presque la même diversité d'événemens et de personnages. Mais quelqu'intérét que le poète ait su attacher aux aventures des héros, qiielqu'attmit qu'il ait répatidu dans la variété d'images , tour à tour terribles et gracieuses , qui se succédât dans le récit, quelqu'art enfin qu'il ait mis dans la marche du poème , c'est moins par cette partie de la ; composition qu'il faut apfM*écier son génie , que par là peinture dc^ sentimens et des caractères.
Doué. d'une sensibilité vive, d'un natu*
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rel également susceptible de profondeur et d'exaltation, le Tasse s'est rendu surtout propre la description des grandes passions du cœur humain. Lui-même en avait éprouvé les effets, et son génie fîit de bonne* heure instruit par le malheur. Les sentimens les plus élevés qu'ait développés la civilisation des peuples d'Occident, la piété, l'honneur et l'amour revêtent dans ses vers une forme et une hauteur qui en font Tidéah d\i caractère moderne. Chacun de ses héHw semble le type auquel il en rattache la peinture, et qu'il destine à en réaliser en quelque sorte la conception. Ainsi, c'est dans Godefroy ce zèle ardent et pur du chrétien des premiers temps de la foi , ce détachement des intérêts de la terre, qui subordonne toute l'importance des événemens au but supérieur que la foi se propose ; cet espoir dans le succès d'une cause sainte, calme et inaltérable comme la conviction sur laquelle il repose.
Ailleurs , c'est dans Renaud cet enthousiasme^ pour la gloire , apanage des siècles héroifques, qui suit le guerrier dans ses combats , le soutient dan& ses dangers, lie console dans ses
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rêver» ; passion pure et élevée comnie la re* ligion avec laquelle elle s'allie, qui met au3»i la récompense au-dessus des biens périssa^ blés diiB ipf «inonde, et paie tous les sacrifices par uniB espérance placée au«-deLà du tombeau. EB&n , et pour reposa l'âme qui ploie* roit sous le poids de ces grands sentimens, c'est la peinture de l'amour, tel qu'il doit eicister dans le cœur capable de les ressentir; mêlé dam Tancrèdé à la foiblesse qui se cache dans toutesu les passions humaines, mais noble et pur dan# son origine , et malheureux dans son résultat, comme l'est trop souvent le désir fqui s'attache aux choses de la terre. A côté de ces grands caractères , se montre le tableau de passions plus vulgaires qui en relèvent l'éclat Une poésie riche et animée colore dignement la pensée du poète et embellit la noblesse de ses créations. Dans cette peinture idéale des vertus chevaleresques , s'e^ - montré le plus beau côté du génie du Tasse ; nul autre après lui n'en a mieux soutenu la hauteur, ^n poëme semble un monument élevé en leur honneur, et est devenu la source où vingt poètes,
^^9 ^prè^ lui, q^% pui|(é Iwra £<Ni!3^Ql^ Tp^tefoi^, 9P ^ |»it; de la Jéru^çpn ^p^
brç U ^n est 4eux ^ue )€wr l^s^urç mémç ^ l'objet de cet écrit n'o sxqu^ p^fToçtt^^ fi^ de passer spus sil^oci^'. Qp s^ reproché «u Ta^se d'^vpir reopimé liii-mép^^ à Fim 4^ plus beaux ayantage^ de son suj«t^ e^ q'ç^iployant pas assez les noms et 1^ sçuvenirs historiques , et substituant trop cuvent des guerriers imaginaires aux véritat^jes conquérans de Jérusalem. On s'est aussi étonné qu'en plaçant l'action de son poëme au milieu des souvfoir^di^ It^gnmdaurdes Qébreux^ il ait si peu rappelé 1^ grandis Mènea de leur histoire^ et que les séuvenins des patriarcheii, de Moïse, des * prophètes et des rois de Sion , réunis sur une même terre , n'aient insfHré à son génie que de fugitives allusions, au lieu des grands épisodes qû'iU lui offroient. Ces reproches mérités prouvent
' La première de ces critiques est de l'auteur de la Gaule poétique , qui Fa dëyeloppée (tom. 5, notes sur le 2i^ récit). lift seconde est de HL de Chai69»|iriandL (Gin* du Christ., part. ;3^)*
combien il est difficile ^ mène à celui qui crée un sujet , d^en af^récier toutes les richesses. On assure du reste que le Tasse , parvenu à la maturité de l'âge, avoit luimême reconnu ces dé&u6 de la Jérusalem , et se proposoit de les feire disparoitre dans un second poème ( la Jérusalem, conquise), entrepris sur le même sujet '.
SCHA&ESPËAR.
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Presqu'à la même époque vivoit dans une autre contrée de l'Europe , connue seulement jusqu'alors par la firéquence de ses révolutions politiques , cet étonnant écrivain , ho^
' A la suite du Tasse on pourroit s^ëtonner de ne point trouver le nom d'un poète que ses compatriotes vantent à Fëgal de ce grand homme, et auquel son histoire donne avec lui une étonnante ressemblance. Il faut donc expliquer au moins les motifs du silence que nous gardons à son égard.
Camoëns fut contemporain du Tasse ; comme lui , il vit de près les cours, et donna toute sa vie le spec*
noré par les Anglais du nom de Génie des îles britanniques. Schakespear , contemporain du Tasse, a montré comme lui , dans un genre de compositions di£férent, la puissance sur
tacle du génie luttant contre la fortune; comme lé Tasse enfin, il choisit pour objet de ses chants Fun des grakids faits de l'histoire moderne. Mais il faut convenir que ces analogies qu'ion remarque entre les auteurs ne s'étendent pas au même degré sur leurs ouvrages. Camoëns a mis en beaux vers l'histoire de sa patrie ; c'est beaucoup sans doute pour ses compatriotes, mais ce n'est point assez pour l'Europe. Quel que soit le mérite de la Lusîade, on chercheroit vainement dans ce poëme ces grands caractères et ces sentimens élevés que l'épopée exige. Gama est le chef habile d'une expédition, plutôt que le héros d'un poëme; et ses coinpagnons n'ont rien qui les distingue de la foule des navigateurs ordinaires* Le poëme entier est en récit plutôt qu'en action; nul épisode véritable n'en coupe
l'uniformité; car la mort d'Inès et l'apparition d'Adamastor, si justement admirés d'ailleurs, ont trop peu d'étendue pour mériter ce nom. Enfin tous ces défauts n'existeroient pas , que le mauvais choix du merveilleux dépareroit toujours les beautés de la Lusiade. Jamais l'abus de la mythologie païenne n'a été poussé si loin. Les divinités de la fable sont employées d'un bout à l'autre du poëme, non comme accessoire poé-
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Terril éf» fieuples d'ime poésie nat^onaki ém^ le dioix de aes sujeteet dméte tdurdè sa pensée. On sait que ce grand éoriTain, long-temps inoonnu en France , n'y acquit, vers la fin du siècle dernier, quelque renom,, que pour être regardé comme un barbare , digne à peine de fournir au bon goût le plan de quelques ouvrages. Les plaisanteries de Voltaire , et surtout la prévention de Tesprit national, conduisirent à ce résultat, et n'ont permis que de pos jours à une opinion plusi
ùqae , dmm comne ressort principal de Faction ; et le poète les jette an milieu de ses Portugais du qninrifcme siècle , comme Homère les plaçoit an milieu d^s guerriers dUliam. La firoidenr qu'un tel sjstème de meryeilleux jette sur son ouvrage est facile à concevoir; il amène k ce r^ultat, qu'il ùait un effort d'esprit continuel pour ne point assimiler les aventures que le poëte raconte aux fictions qu'il crée, et se persuader que ses héros ont un autre genre d'existence que ses dieux. A vouloir considérer la Lusiade comme fruit d'une inspiration romantique, il seroit difficile d'j signaler autre chose que le choix du sujet. Or, on sent aisément que le seul choix du sujet n'est point ce qui constitue le sens et l'esprit d'une composition littéraire.
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juf te et plus éclairée de Fétablir : triste effet de ces jalousies nationales, qui ne paroissent jamais plus indignes des peuples éclairés» que loi:squ'elles les rendent ainsi étrangers à un sentim^it £sdt pour leur servir à tous de point conunuo de réunion , d'admiration pour le génie.
U y a dans Schakespear, aii miUlBiu des débuts qu'il tint de son siècle, uœ' variété de conceptions , une abondance et une originalité d'idées, enfin une connois^sance du cœur humain , qui étonnent d'autant plus qu'on le lit davantage. Son génie , fecond et varié comme la muse romantique même , a puisé dans toutes les sources et réussi dans tous les genres. Connu , surtout en France , par ses tragédies , il ne mérite pas moins de fixer l'attention par les nombreuses compositions du genre comique dont il a enrichi le théâtre de sa nation. Le caractère en est si différent des ouvrages qui portent le même nom parmi nous, il rentre si bien dans l'esprit général de la littérature romantique, qu'il n'est pas inutile d'en considéra plus particulièrement ici la nature.
La comédie en France, étudiée dans les écrits de nos meilleurs auteurs , porte un caractère didactique, et tend, en général, vers un but déterminé , que l'auteur s'est d'Sabord proposé , et qu'il ne perd jamais de vue :
c'est le tableau des mœurs, la critique des ridicules, quelquefois la satire des vices.
L'auteur fônde ses moyens de succès sur notre esprit qu'il veut instruire, ou sur notre jugement qu'il veut former. Schakespear s'adresse exclusivement au sentiment , et surtout à l'imagination. Jamais il ne s'est essayé dans ce genre mis au premier rang en France sous le nom de pièces de caractère , et dont la comédie antique a fourni les premiers modèles. Notre drame lui-même, qui se raipproch^ parfois du genre de composition employé par Schakespear, n'en exprime pourtant pas le vrai caractère ; ses créations sont prisies dans un ordre de choses différent de celui qui nous entoure; elles roulent sur des événemens et des personnages plus relevés, et, pour ainsi dire , moins prossuques. Il transporte le spectateur dans un monde poétique, dont il fait passer sous ses yeux les scènes
riantes et animées% Les ^ets des passions en font l'intérêt et le mobile; leur peinture y ti.ent la place de celle des vices, et de leur choc résultent l'obstacle et le mal moral qui donnent au tableau la couleur et la vie. Si quelquefois il choisit ses sujets dans les scènes ordinaires du monde, il^ne manque guère d'y mêler quelque épisode qui en corrige la sécheresse et fasse participer l'imagi* nation aux jouissances du jugement. Il présente les hommes sous le côté plaisant de leur caractère , jamais sous l'aspect odieux qui flétrit l'âme et la repousse. La gaîté semible être son but , sans mélange d'instruction ni de moralité. Le style est conforme aug^ire de la composition ; la prose et 1^ vers s'entremêlent dans la bouche des personnages , suivant les pensées qu'ils expriment et la situation dans laquelle ils se trouvent : toujours la fécondité et l'originalité des idées se font admirer, au milieu même des écarts et des négligences de l'auteur.
Dans ses tragédies, au contraire , Sdiakçspear a décrit des événemens^etdes caractères historiques^ souvent même des vioos ou des
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passions Tulgfiires : à iHnverse de nos àutetii^, c'est là qu'il a placé de "préférence la
peintufe duinoiide i^l. On sait que ses tragédies se divisent en deux classes , celles empruntées à l'histoire, et celles dues à l'imagination du poète ; encore ces dernières ontelled presquel toujours pour fondement quelque ancienne tradition étrangère ou nationale. Les premières sont presque toutes tirées des annales de l'Angleterre^ et c'est à ce choix du sujet, non moins peut-être qu'au talent de l'auteur, qu'il fisiut attribuer la grandeur et la durée de leur succès. Ce Schakespear, qu'on oppose si souvent aux anciens , ne marehoit-il pas sur leurs traces , lorsque , comme eux , il savoit rattacher les souvenirs utiles du passé aux jouissances du prient, et fonder sur les plaisirs de l'imagination les progrès même de l'esprit national ? Ses tragédies d'invention , plus connues en France , Sont de vastes tableaux où l'auteur a moins eu en vue de représenter, comme dans nos tragédies classiques , quelque fait historique particulier, que d'exposer aux yeux les incidehs d'une vie presque entière , et d'y sûi-
rrt 9 dons leurs acti<Mis et dons leurs- résul* tats, ces grandes passions qui maitrisadt rhomme et décident de sa destinée. Nul aussi n'a possédé plus que lui , avec la connoissance exacte, on pourroit presque dire la divination innée de leur langage, Fart de créer de^ isitu^ons'dramatiques propres à la fidre ressortir. Dans Macbeth, par exemple, quel tableau des effets de l'ambition que la vie de ce guerrier, vertueux jusqu'alors, écoutant d'abord un désir coupable, s'asseyant bientôt sur le trône à l'aide d'un parricide , se baignant dans le sang pour s'y maintenir, et accomplissant sa destinée sur le m/ême champ de bataille où sa fortune avoit çommencéi Imités par nos auteurs, ces ouvrages de Schakespear ont acquis la régularité sans laquelle nous ne concevons pas d'intérêt théâtpaL Mais , tronqués dans leurs dé velpppemeBS, souvent défigurés dans leur esrprit, ils ont .à p^ine conservé quelques traces de cette originalité de conceptions, de cette sève de talent qui , dans la langue cMriginale , d^èl^it l'homme des temps modernes auquel la nature avoit accordé peut-
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être au plus liaut degré le génie de la litté* rature dramatique.