GOETHE
Goethe , dont il nous reste à parler, Nes^tor actuel de la littérature allemande, est cnaau depuis long-temps en France par l'une des phis brillantes productions de sa jeunji^., le roman de Werther. La littérature romantique n'a pas d'écrivain qui soit plu* capable de mettre ses beautés dans tout leur jour; et, cependant, si l'on veut définir le caractère de son talent, les expressions manr.
quent , parce qu'on ne sait à laquelle de ses qualités il faut donner la préférence , ni sur lequel de ses ouvrages il £iut attacher ses regards. Goethe, véritable protée littéraire, $'est essayé dans tous lés genres et s'est montré sous toutes les formes : histoire, romans , pièces de théâtre, critique littéraire et poé* sies.de toute espèce , il a tout cultivé ;. et l'originalité même , qui fait si souvent le charme de ses productions, n'en est pas proprement le caractère , puisqu'il a poussé la condescendance jusqu'à imiter et même traduire des ouvrages étrangers de tous les genres.
Mais c'est surtout dans la littérature nationale que son génie indépendant a brillé de tout son éclat. Nul écrivain n'en a mieux compris le sens, encore que d'autres aient quelquefois plus fait pour ses progrès. Quand Goethe, soit dans ses romans, soit dans ses pièces de théâtre, a voulu peindre les mœurs de sa patrie, ou celles de l'Allemagne du moyen âge , il a mis dans ses portraits un naturel et une vérité qui portent l'illusion au plus haut degré. Le théâtre surtout a exercé son talent littéraire; mais telle a été
la liberté native de son géme, qne^ même en donnant à ses pièces le cadre le plus vaste ^ il n'a pu s'y soumettre aux formes les moins étroites et les pins indispensabtes <k toute littérature dramaticpae. Les bornes de la représentation théâtrale, quelque extension que les principes de ses concitoyens leur eussent donnée, se sont trour vées encore trop étroites pour Fétenchie de ses conceptions. Il a mieux aimé sacrifier le succès de l'anvrage que la pensée àe Fauteur, et, tout en enridkûssant la littérature de sa patrie de ses belles productisons , il n'a presque rien fait pour les vrais besoins de son théâtre. Ses ouvrages ^amatiques les pk» estimés, Gotz, BerKchingen, le comte d'Egmont, et snrtx>ut le docteur Faust, mfontrentja supériorité de .son talent, sans mériter, dans Finléret de k scène, qu'on encourage leur imitatHMi. Le théâtre , comme tout autre genre de littérature, n'a été pour lui qu'un champ ouvert à l'exercice de son génie , une manière abstraite d^appKquer ses idées, au lieu de lui paroître, comme à plu sieurs de ses compatriotes , cé^ qu'il est en
effet, uzte cainière déterminée qu'il faut suivre ,. en se soumettant à ses défours et à ses dyffîeiélés.
Ceuurae; poète lyrique, Goêâ^ a mieux rempli les diverses conditions de ^n art. Sa poésie n'a point la verve et Fentraunement de celle dé Schiller ; mais elle se distingue par une grâce et par une élégance supérieures à tout ce qu'on trouve de semblable en Allemagne, et par une certaine originalité dans le choix de ses sujets. Goethe se plaît à semer ses divers ouvrages de pièces de ce genre, qui deviennent bientôt populaires dans sa patrie. Ses romans, comme la plupart de ses autres productions , sont en général de vastes cadres dans, lesquels il a plac^ le développement de ses idées sur les divers sujets 9 littéraires ou pbilosdphiqties, qui exerçoient sa pensée. De pareils écrits sbrtiroient entièrement des bornes du genre , si, au milieu de Ces discussions scientifiques,. ox^ ^ ne retrouvoit au plus, haut degré la singular rite d'aventures et la variété d'intérêt, qui le caractérisent» Un tel contraste est l'image de Goethe lui-même, qui joint une tête réflé-
chie à un caractère enthousiaste, et qui, au milieu des plus grands écarts d'imagination , conserve l'apparence d'un homme supérieur à ses propres impressions, et qui les juge en s'y abandonnant.
Ces trois écrivains ont si bien affermi dans leur patrie , le goût d'une littérature nàtio^ nale, qu'il a paru depuis plus urgent à la critique d'arrêter l'exagération du genre, que d'en encourager l'adoption '. En général , les progrès Êdts par la littérature en Aile-* magne, depuis que les auteurs de ce pays
' Schiller lui-même fut du nomlH'e de cc|ux qui s^ëley^rent contre Palius. Dans un de ses premiers écrits (dii Théâtre dans ses rapports avec la Morale), il regardoît comme Pun des avantages de Tart dramatique , la nationalité de ses productions considérée dans son influence sur l'espiit public et. Tamour de la patrie. Dans un écrit postérieur (du genre pathétique), il paroît revenir sur cette opinion , et crifiqiip ^ par des considérations tiréeç des principes généraux de Fart , la tendance exclusive au germanisme qui caractérîsoit les poètes de son temps. Les deux propositions de Schiller' ne sont pourtant pas inconciliables ; mais Texplication dans laquelle il faudroit entrer, nous mèneroit trop loin.
ont abandonné le système d'imitation adc^té parleurs devanciers, sont immenses ; la poé* sie lyrique surtout y ^ pris un essor rapide, et, dans l'état actuel des lettres en Europe, il n'est point de nation qui possède un pilus grand nombre d'auteurs distingués en ce genre.
Au milieu de ces noms célèbres, empruntés à presque toutes les nations qui en Eu* rqpe ont cultivé les lettres, on peut être étonné de ne voir figurer aucun des écrivains de cette France, qui sembloit d'abord destinée à leur servir d'exemple. Nous montrerons plus tard quelle direction di£Férente fut imprimée à sa littérature, et comment les efiets de cette direction, perpétués jusqu'à nos jours , ont éloigné ses plus grands auteurs de la carrière dont les écrivains romantiques se sont emparés. U peut exister, dans la littérature des derniers siècles, plusieurs écrits isolés qui se rattachent à cette école ; mais aucun auteur, célèbre du moins, n'en a suivi les principes. Le dix-huitième siècle est presque expiré en France, sans que le génie de son ancienne littérature , brillant jadis d'un
%i viîédsitj s'y soit mani&sté par Torgaae de l'un «de ces écrivains dont le$ ouvrages fixent l'attention des peuples , et marquent le conunenoement d'une révolution dans leurs ^outs et leurs opinions.
Il n'en a pas été de même du siède actuel.
Ses premières années ont vu naître l'aurore d'un changement auqudi les années suivantes ont ajouté uAe nouvelle consistance. Déjà nous en avons raconté quelques circons*tances , et nous avons dit que deux auteurs surtout, madame de Staël et M. de Chateaubriand , avoient contribué à en accélérer les progrès ou en fixer le caractère. Expliquons maintenant cette assertion par un coupnd'œil jeté sur leurs ouvrages , et terminons ainsi cette esquisse critique de la littérature romantique. A la rigueur, un tel examen sortiroit des bornes dans lesquelles nous nous sommes jusqu'ici renfemiés. £n effet, ce sont des ex&nplessenlementijuie nous avons voulu donner, et ici ce seront surtout des opinions que nous aurons à discuter. Toutefois , lorsque, comme dans les productions de ces deiu: auteurs, des idées philosophiques sont
exposées atec un grand talent littérainc, et Dévêtues àe tout ie charme qu'une imagkiatiott brillante y peut ajouter, le mérite de r<écrtvawn ne doit pas être seulement apprécié par la valeur des opinions qu'il émet , mais aussi par le mode de leur exposition , et son livre ne trouve pas moins sa place k côté des productions du génie littéraire, que parmi celles de l'esprit philosophique. D'ailleurs, un tel examen fournit des considéra* tions qui rentrent trop «ss^itiellement dans le bot >de cet écrit.