‹ Essai sur la littérature romantiqueChapitre 16 sur 22 · SCHILLER · texte numérisé non relu

SCHILLER

SdiiBer, qui a publié ses principaux ouvrages vers la fin du siècle dernier, s'est ac-

itiunense , tv t^«$ dressé dans les airs ! tu t*es placé à c6té du génie de la.Grèce ; tu n*as pas craint son approche, et ta nons a demandé si, coinnie toi, il sayoit donner nne fbne à ses chants. »

« Apollon , soiicieux et pensif, t'a entendu sans oser te répondre. Devant lui s'est placé Bragor, appujé sur la kaipe de WaUnlIa. Le sourire étoît aur ses tàyres ; il s'est tu, et il a regardé le dieu sans colèare. »

qui»^ éauÊA un genre différent , une gloire non moins bel^ Il a pensé comme Klopstocà ^ qtie l'imîlMiofi de la tittérature française de- Ttatt être abandonnée dans sa patrie , et son exemple n'a pas peu contribué aux progrès de la réforme liitér lâre achevée de son temps. La mort <|ui Fa frappé au mtliea de sa car* rière^ et dans la plénitude de son tdent, ne lui a pas permis de développer toutes les idées qu'il s'étoit formées sur la théorie de son art; mais les outrages qu'il a laissés attestent par* tout ia direction qu'il eût touIu donner À k httérature en Allemagne.

N%d écrivain m'a mieux mérité qu'on «stimât en lui l'accord d'un beau talent et d'un beau caractère; s'il est impossible , en lisant ses écrits, de ne pas admirer son génie, il l'est autant de ne pas aimer sa personne. Il s'est fiât connoitre en Allemagne sous la double qualité d'histori^a et de poète ; mais c'est psdr cette dernière qu'il s'est acquis sa grande réputation, et c'est aussi la seule sous laquelle nous le considérerons ici. H a publié deux volumes de poésies et tm sKssez grand nombre de pièces de théâtre.

Sa poésie lyrique ne se fonde pas uniquement, comme celle de Klopstock^ sur l'harmonie prosodique de la langue . allemande ; le plus souvent elle fait usage de la rime, en admettant, il est vrai , dans son emploi,, une liberté que la poésie française ne toléreroit p^, mais qu'on s'accorde à lui donner eu Allemagne. La poésie de Schiller n'a point le but religieux ou politique de celle de Klopstock. La source habituelle de ses inspirations est dans la sensibilité vraie et profonde, et, pour ainsi dire, dans la jeunesse d'âme du poète. L'âme deSchiUer, sans cesse ébranlée par l'enthousiasme du vrai et du beau, semble un foyer qui en répand des émanations toujours renaissantes. Tout ce que le cœur humain , formé par la société moderne, recèle de sentimens et d'émotions, se réfléchit dans son langage avec une étonnante fidéUté ; tout ce que le monde qui nous entoure o£&e de. relations et de ta^ bleaux y devient , embelli par ses chamies, l'objet de notre intérêt ou de notre admiration. Les détails en apparence les moins faits pour la poésie revêtent dans ses vers la forme

i49 qui plaît et qui attache. L'imagination du poëte semble , comme ce roi de la fable , changer en or tout ce qu'elle touche; c'est le prisme qui reçoit la lumière pale'ét incolore et la transmet aux yeux , nuancée des plus vives couleurs. A ce prestige séduisant du style poétique , se joignent les résultats solides d'un esprit agrandi par l'étude et mûri par la réflexion. Presque toujours un but philosophique, une idée morale ennoblit, dans Schiller, le caractère de ses créations, et paroît n'y revêtir la brflhuite enveloppa de la poésie que pour arriver plus sûrement à l'esprit. Pour se hire une idée de ce genre d'effets , inconnu avant lui , il faut avoir lu , dans la langue originale,. les belles strophes où, sous l'emblème des procédés techniques des arts , Sdûller fisût passer sous nos yeux le lableau varié des scènes de la vie humaine et de l'ordre des sociétés ; les vers pleins de sentiment et de charme , où l'âge mûr déplore la perte des illusions de la jeunesse ; ceux , enfin , où la douleur, lasse de la résignation , tente d'arracher à la destinée humaine quel-

que» uns da ses secrets'. On peut affirmer qvlH n'est point de coinpo8itix>nrd(»t L'e£Ei9t sdlt plus sur et plu& général^ m de poète qui possède àim plus haut degré la dofuble&cqlté d'agir sur ks esprits et sur les oœurs.

Conuaie auteuv tragique, Schtll^* jouit in* eontestabksneikt de la premiève place parmi les* écrivains de sa nalâozi* Dauos ses premiers essais en ce genre, il parut Touloir sui'we leSi tvacesde Schakespear, et même imitet s& défeuts 7 les BrigaÊkdSy FiesAo^ f Intrigue et VAmour^ sont ctes tragédies où-brillentlaiiiv»» dcé dMtnagination et lia chaleur d'âme die l"autdtir, mais aussi leur stylé manque à la fois de naill»rel* et de noblesse, et fextréme reeller* chedesidéesse cache parfois sons une certaine affejCtatioB de vulgarité. Schiller, mieus instruit, abasidonnabiaitot ce genve emprunté, pour s'en créer im qui nuu'qne sa place entre les enéaitons hardies., mais désordonnées de la muse anglaise , et le> système compassé de

' Vojez les poésies intitulées la Cloche^ le Monde idéal ^ la Résignation,

notre écoi» tragique. Don Carhs, Man^iê Stuart, Jeanne d'Jtre y la PUmcie d$ MessiM ^ et GmUaume TeS, forùneM^ caractérisent et doiifige&f lia vraie mesure de scm talent. L'a» nal^pse de ces i^efr-d^CBUvre a été faite avec tant de bonheur par une femme célcdgire * , qu'il y anroitde la témérité à prétendre ajou^ ter de ndu^eanx traits à la fidélité de aeartà* hleaax. Schiller s'est phi à puiser les aujeta de ses pièces de théâtre dans Fhsstoîre des peuples modernes, et il n'est {M'esq^e pas de nation en Europe qui ne lui en ait fourni; Cependant , quoique fidèle à cette inspiration romantique, il n'en fut pas moins l'admirateur sincère du théâtre ancien; son respect pour les productions de l'antiquité, commun à presque tous les écrivains de sa nation , est consigné dans une foule de. passages de ses écrits. Son esprit éclairé lui avoitr appris de bonne heure que l'imitation^ de Ik httérature grecque devoit porter sur cdto 4e ^es qualités qui , telles que la vérité dersen-

' Voy., dans V Allemagne de M"*« de StaëF, TanalysiB' du théâtre de Schiller. *

timens, la concordance des temps et des idées , sont pour ainsi dire de toutes les littératures , et non sur des formes et des règles uniquement appropriées au génie particulier des peuples anciens. Schiller a même essayé , dans sa Fiancée de Messine y de reproduire sur la scène moderne les effets du chœur tragique ancien. Mais cette tentative, à laquelle on doit des fragm^is lyriques qui charment à la lecture , est restée sans succès , par cett% inccqpipatibilité entre les effets scéniquea des 4wx théâtres , qu'entraînera toujours la différence de leur constitution.

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