MILTON
L'esprit de l’ancienne chevalerie avoit inspiré les premières épopées modernes ; le | génie de la religion chrétienne donna naissance à son tour au poëme de Milton. La hauteur où le Tasse avoit porté la peinture des vertus chevaleresques, Milton sutlatteindre dans l'expression poétique des croyances du christianisme; et chacun de ces auteurs a donné au sujet qu’il s’étoit choisi le genre de beauté qui lui convenoit. Mais en jugeant Milton , nous élaguerons tout éloge ou toute critique de détail, pour ne considérer que les deux grands traits qui caractérisent son poëme, majesté dans les conceptions, pureté dans les sentimens.
A Milton appartient la gloire d’avoir le premier mis l'enfer des chrétiens en harmonie avec lesprit et les traditions de leur culte.
Quand on étudie chez les divers peuples, les idées qu’ils se sont faites de l’autre vie, on y trouve présque toujours un sûr indice des
états divers de leur civilisation. Chez les anciens, par exemple, malgré les perfectionnemens successivement apportés aux notions grossières des premiers inventeurs, le tartare des poëtes, avec son Styx, son Achéron et ses furies, n’offroit jamais qu'unpremier essai de lesprit philosophique appliqué aux croyances religieuses. Les modernes, à leur tour, égarés par des traditions nées dans des temps d’ignorance, et livrés ici aux lumières naturelles par une religion qui n’a voulu les éclairer que sur les grands objets du culte et de la morale, ont long-temps prêté à ce lieu de tourmens les traits grossiers et bizarres à l'aide desquels la poésie, à son enfance, frappe l'imagination des peuples. Le génie même du Tasse ne sut pas l’éleyer au-dessus des préjugés de son siècle : la description de l'enfer, au 4° livre de son poëme, est pleine de puérilités indignes du talent élevé du chantre de Godefroi'. Milton, en peignant
* Le Tasse peint les démons sous. la forme de Gorgones , de Chimères, de Harpies, etc. Il donne à Satan des traits hideux, une barbe touffue et dés cornes sur le front, etc.
l'enfer, a senti que c’étoit par la laideur morale, et non par la difformité physique, qu’il devoit rendre ses habitans odieux :.ses démons , anges dégradés , cachent sous des formes imposantes les vices qui les précipiterent de leur premier séjour; leur chef luimême conserve, sous ses traits flétris et sillonnés par la foudre, l’auguste caractère que lui imprima son créateur : archange déchu , il habitoit le cielavantsa chute, et n’a perdu en tombant que l'excès de sa gloire. À son tour, l’allégorie prend dans la poésie de Milton un caractère profond et nouveau comme le culte qu’elle représente. Ce ne sont plus de riantes divinités, peuplant un monde fantastique et berçant l'enfance d’un peuple avide d'illusions. Quand Milton emploie lallégorie, il substitue les vices et les passions de l’homme aux phénomènes du monde extérieur;-il s’en sert pour expliquer la destinée humaine, et non pour peindrelanature physique , et met dé grandes vérités morales à la place des images vulgaires des sens”. Enfin ,
: Voyez, au 2° livre du Paradis perdu, l’allégorie
du péché et de la mort.
SD DD To 1 iinerss ects mertigisns Doit
ce qu'on admire surtout dans Milton, c’est l'art avec lequel il a montré l’homme dans les nouveaux rapports où le christianisme l’a placé; la peinture de l’état d’'Eve et d’Adam avant leur chute; lalliance intime que Finnocence établit entre eux et la nature; leur amour conjugal vif comme une passion et chaste comme une vertu; le réveil d'Adam sortant des mains du créateur, interrogeant sur sa naissance tout ce qui l'entoure , maitre absolu de la création, et sentant au fond de son cœur un vide qu’une autre moitié de luimême peut seule remplir, sont des tableaux dont on chercherôit vainement la trace dans l'antiquité. Il falloit pour les rendre possibles qu'une religion nouvelle eüt montré sous un jour nouveau l’homme à l’homme, et qu’un ordre supérieur de sentimens et d'idées fût né d’une civilisation assise sur ce grand fondement. Telle est l'impression que laisse dans l’âme la poésie pure et élevée de Milton , que tout sujet sur lequel on retombe paroît vulgaireetdécoloré,etquelons’explique,sionne l'approuve, le dégoût que ses compatriotes ont souventmontré pour toute autre lecture.
Milton, toutefois, n’a point évité le reproche que nous avons adressé ailleurs au Tasse; comme ce dernier, il ne s’est pas toujours soutenu à.la hauteur de ses propres conceptions et n'en a pas rempli toute Pétendue. Tantôt, au milieu d’un sujetsi chrétien , ilemprunte ses comparaisons à la fable, et place dans son enfer ce Styx, cet Achéronet ces furies, qu'il eut fallu laisser au tartare des anciens ; ailleurs, il dégrade sa belle conception des anges rebelles, en transformant en dragons et en couleuvres ces majestueuses créatures, et peuplant ridiculement l'enfer de ces reptiles. Enfin, il suppose qu’à des époques fixées, les esprits infernaux sont transportés de leurs lits de feu sur des champs de glace, et passent dans cette terrible alternative au-dessus du Léthé dont ils ne peuvent atteindre les bienfaisantes eaux: La peinture de ces supplices est, trèsénergique; mais peut-être l’idée de ces douleurs physiques est-elle trop rapprochée de la foiblesse de notre intelligence. On eût mieux aimé que le poëte eüt placé dans Pintérieur de leur conscience les vrais tourmens
pm RES
das rs té ad
DENT ne EM EU: SDS Lo * o ge uT fe g ù é :
pre ; ARTE ARE ane bae 7 rm adidas mes Poil ul di dimension tes di tinnss +151 sets ttes gage an inter rave tas
1h ai] des.réprouvés. Mais telle est l'opinion que les modernes se sont. faite de l’autre vie, qu'en n’osant se prononcer sur la nature de ses joies, ils n’ont pas fait difficulté d'afhirhi | mer la réalité de ses supplices. L’Antiquité, plus conséquente, n’avoit point ainsi isolé
ART LE TPE ET feEtET IN eDNte re NES een tan PDT EEE de à 12700 enr pales retepemnerenennnes ten en ttes LS Leu RAATPPRECPNT ET “ cas CRIE eat sen Qi.
| L deux facultés si bien unies dans l’homme ; FALL elle avoit placé les délices de PElysée à côté fl des rigueurs du Tartare, et n’avoit supposé que des tortures physiques seroient la vraie
Pr
AL punition de ses crimes, qu'après avoir re- | connu que les jouissances des sens pouvoient | être la récompense de ses vertus *.
1 : L’extrême divergence des jugemens portés sur Milton est un fait littéraire digne d’être remarqué. Un savant anglais (Barrow), qui vivoit cependant à une 1 époque où l’antiquité étoit plus respectée qu’aujourd'hui, disoit qu'après Milton les poëtes anciens parois- | soient n'avoir chanté que des moucherons et des gre-
nouilles.
ti ir EE NT fr nee
(Hæc quicumque leget, tantüm cecinisse putabit
Mæonidem ranas, Virgilium culices.)
| De son côté, un fameux critique français s’exprimoit ainsi au dernier siècle sur Milton : « Je préfère » ce seul morceau d’Inès (dans la Lusiade ) à tout ce
Les grands écrivams que nous venons de citer, constituent dans les témps modernes une première époque pour la littérature romantique; après eux rien ne parut de longtemps qui püt leur être comparé. Malgré leur exemple, le-goùt des lettres classiques, aidé de l'influence que la France exerçoit alors, prévalut en Europe vers la fin du dixseptième siècle. On le vit même s'établir en Allemagne, favorisé par les circonstances politiques, par l’ascendant du grand Frédéric, et par cet esprit d'imitation qu'on reproche à la nation. Gellert, Gotisched, Cronegk et les autres écrivains de cette époque, en Allemagne, ont suivi presque servilement les traces de nos littérateurs du dix-septième siècle; mais une langue, une nature et des mœurs différentes laïssoient toujours en dehors de la nation le genre exotique qu'on y vouloit naturaliser. Un homme, qui joignoït à une imagination vive une grande aptitude
» qu’on peut admirer dans le Paradis perdu de Milton, » qui, à quelques endroits près, me paroît un-ouvrage » extravagant et digne d’un siècle de barbarie. »
La Hanrs, préface du Camoens.
SR RC AE Near
Liane 2 agde PT mn te Le ed ones mr A ot
ni rente nes Chen are