‹ Essai sur la littrature romantiqueChapitre 35 sur 72 · KLOPSTOCK · texte numérisé non relu

KLOPSTOCK

N. 1724. nr. 1803.

Klopstock, le premier des trois, dès son début dans la carrière, s’est associé, par son poëme du Messie, à la gloire littéraire de Milton. La nature sembloit l’avôir exprès doué des qualités qu'un tel sujet commandait. Klôpstock n’en avoit pas reçu une grande fécondité d'imagination; mais un génie patient

etméditatif se joignoit en lui à une élévation habituelle d'idées et à cette disposition à l'enthousiasme , caractere ordinaire des écrivains de sa nation, et qui tient à l'esprit religieux par des rapports si intimes. Son poëme est trop connu en France, depuis les écrits de madame de Staël, pour qu'il soit nécessaire d’'insister ici sur son analyse. On à reproché à Klopstock de m’en avoir pas assez resserré les parties; d’avoir, dans ses conceptions austères, trop négligé’ les jouissances de l’imagination; enfin, de n’avoir pas toujours évité, dans les hautes régions où'il s’élève, le contact des subtilités théologiques. Mais ces défauts, qui ne sont que lexagération même des beautés de son ouvrage, n’empêchent point dy admirer la connoïissance profonde de lesprit du christianisme, le sentiment religieux étudié sous toutes ses formes, le langage poétique le plus dégagé, pour ainsi dire, des conditions matérielles de l'existence. Klopstock n’est tombé dans le cours deson long poëme , dans aucun des défauts que nous avons reprochés à Milton. Ce n’est pas qu'il fut un plus grand poëte, ni

tennis 905 mt A

aan ve msene 0 le tn tnt attire 7 cdi en

Dr

pe GRR di he mt ire ème soiree tr

ni

RE ep LL mt ere “cms

de 7

% , +:\ 40 (02 F J Ÿ \ ) Le A ds «

méme qu'il eût reçu de la nature-un esprit plus vigoureux; mais il écrivoit un siècle plus tard, et, dans l'intervalle, les idées s'étoient rectifiées; l’antiquité, mieux jugée, ayoit perdu son prestige, l'esprit philosophique avoit achevé de dégager la religion des fausses notions dont l’ignorance favoit d’abord 'entourée. Aussi la Messiade, moins variée que le poëme de Milton ,n'en semble pas moins, par l'unité de l'inspiration ,, par la hauteur soutenue des idées, le plus bel hommage peut-être que la poésie moderne ait encore offert-au christianisme.

Klopstock n’a pas obtenu moins de succès dans la poésie lyrique; et 1ci même il s'est montré plus original:encore. Les beautés du Messie ont pu lui être inspirées par la lecture de Milton ; mais ses odes lui sont entiérement propres, et pour la forme et pour le fond. L’un des premiers il a introduit l'usage des vers métriques, fondés sur l'harmonie prosodique de la langue allemande; souvent imité depuis dans ce genre de composition, il en a laissé les plus beaux modèles. Ses odes peuvent'se diviser en trois classes : les unes

sont destinées, comme sa poésie épique, à célébrer la grandeur de la création ou les mystères du christianisme, et elles sont telles qu'on pouvoit les attendre de l'auteur du Messie; d'autres contiennent l'expression profondément sentie des beautés de la nature , ou les accens de l'amour, passion terrestre il est vrai, mais qui, dans l’âme mélancolique du poëte, acquiert ce caractère noble et profond qui associe presque son culte au culte même de l'amour divin. Il en estenfin qui, montrant plus particulièrement encore le génie romantique de l’auteur, ont pour objet de rendre à sa nation cette estime de soi-même, qu’elle Sembloit avoir perdue, de réveiller dans âme des contemporains le goût des souvenirs indigènes et d’une littérature basée sur les traditions particulières à la patrie. Nous avons déjà dit que lAllemagne presque entière se précipitoit à cette époque vers limitation des formes classiques dont la France lui fournissoit les modèles.

Klopstock combattoit cette direction des esprits, qui paralysoit à la fois les progrès de la littérature et ceux de l'esprit national. Il

Page 1