‹ Essai sur la littrature romantiqueChapitre 61 sur 72 · AL · texte numérisé non relu

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parvint à une hauteur qu'il n'avoit point atteinte dans ses autres ouvrages, et créa des chefs-d’œuvre qui réfutoient assez l’anathème lancé par Boileau contre les sujets tirés de notre religion.

L'autre branche de lart théâtral, la comédie, s’associoit à cette direction de la muse tragique. Toute l'originalité du talent de Molière et de Regnard ne les empêcha pas de devenir, dans la haute comédie, les imitateurs des comiques latins. Mais si, dans la variété de nos richesses dramatiques, il falloit chercher le genre de comédie auquel eussent vraisemblablement conduit les efforts du génie moderne, dégagés de toute influence de l'antiquité, peut-être reconnoitroït-on dans le drame, tel que Molière l’a esquissé dans quelques uns de ses ouvrages, et tel que l'ont ensuite présenté quelques auteurs du siècle suivant, ce véritable fils de la scène comique moderne. Molière lui-même, quelle que füt sa supériorité dans la comédie de caractère, montre un penchant décidé pour des compositions d’un ordre inférieur ; et il

y déploie une facilité de talent, une finesse

et une vérité d'observation, qui prouvent combien son génie se trouvoit à l'aise dans ce genre national de peinture.

Plus tard, la poésie lyrique conserva entre les mains de J.-B. Rousseau ce mélange d’antiquité , qui, malgré toute l’habileté du poëte, altére tant l’unité d'impression que doit produire tout ouvrage littéraire. Elle devint le refuge banal de ces fables mythologiques, dont le coloris riant et gracieux peut convenir aux fictions légères de la muse érotique, mais dont lemploi jette tant de froideur sur des compositions d’un ordre plus relevé, et où le contraste des noms et des faits modernes, avec les souvenirs du paganisme, forme un contre-sens perpétuel que l'habitude rend moins sensible, mais qu’elle ne justifie pas. N’estil point étrange, par exemple, d'entendre un poëte invoquer, presque dans la même strophe, le nom d’un prophète hébreu et celui du chantre Orphée, et finir par invoquer les trois parques en faveur d’un ambassadeur français à Venise? Si

t Ode au comte du Luc.

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