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Rousseau veut chanter la naissance du duc de Bourgogne, il n’imagine pas de début plus convenable, pour célébrer cet événement national, que d’invoquer d’obscures divinités du paganisme, dans des vers dont un connoisseur exercé des fables anciennes peut seul comprendre le sens”. Une poésie fondée sur de tels moyens pourra-t-elle jamais devenir populaire, et nos auteurs obtiendront-ils le succès de ce poëte de l’antiquité, ou, dans les temps modernes, ceux de l’Arioste, qui entendoient leurs vers dans la bouche du plus pauvre de leurs compatriotes ?
Enfin, après les grands poëtes de cette époque, se présentent ses grands orateurs.
Le respect pour la religion , qui fut l’un des traits dominans du siècle de Louis XIV, fit surtout fleurir sous son règne l’éloquence de la chaire : Bossuet, Massillon et Fléchier en ont laissé les plus beaux modèles. Mais l’admiration qu'inspirent ces grands hommes ne
1 Début de l’ode sur la naissance du duc de Bour-
pogne.
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doit point empêcher d'exprimer sur eux toute sa pensée. Ces ministres de l'Evangile, jetés au milieu des cours, ont dû donner au culte même qu'ils enseignoient, la direction que leur position commandoit; et peut-être n'ont-ils atteint ce but qu'en le détournant de sa vraie nature. La religion chrétienne, qu'on admire surtout dans la généralité des leçons qu’elle donne aux hommes, dans la communauté des rapports qu’elle établit entre eux, perdant cet avantage dans leurs écrits, n’a de langage que pour les fautes ou les malheurs des grands : auxiliaire de la puissance , elle disparoïit presque sous les
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pompes humaines dont on l'entoure de toutes parts. Ce nesont plus les vérités simples et générales de l'Evangile que son ministre prêche à des chrétiens, mais des verités relatives, qui n'ont de cours que dansune position donnée, la plus restreinte de toutes celles que la société présente. Une personne, qui cherchoit dans les livres de piété de quoi satisfaire son cœur bien plus que sonesprit, pressée de lire Massillon , qu’elle connoissoit déjà, disoit qu'elle n’y trouvoit rien pour elle. Effective-
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ment, on peut y admirer partout des chefsd'œuvre de style et d’éloquence; mais quel autre fruit tirer d’un livre où tout est si hors de proportion avec les relations de la vie privée? Comment distinguer la voix de l'Evangile au milieu de ce retentissement des grandeurs humaines, et les grandes vérités de notre nature au milieu des distinctions factices de l’état social ? Quand la vie est calme, on admire ces leçons de sagesse données avec tant de pureté et d’éloquence; mais dans ces momens où l’âme demande à la religion des consolations et un appui, elle ira bien plutôt les chercher dans les écrits de ces ministres du christianisme, qui, confondus dans la foule, étudient ses besoins, mettent leur langage à sa portée, et trouvent des accens même pour des douleurs qui ne sont pas royales. Enfin , les ouvrages de ces grands hommes remplissent toute l’idée qu'on peut se faire de léloquence; mais pour se figurer dans toute sa beauté ce ministère de lorateur chrétien, on a besoin de se les représenter eux-mêmes éloignés de la cour, développant leurs talens dans la retraite, et
en consacrant l'exercice à cette multitude à laquelle surtout a été donné le bienfait de la religion.
Ce fut le sort de ce siècle que tout ce qui approchoit de la grandeur en étoit ébloui.
Bossuet lui-même, ce vigoureux génie qui tenoit d’une main si ferme la balance de l'histoire, ne fut pas toujours à l'abri de ce prestige du présent. Comme l'aigle auquel on l'a comparé, son regard n’avoit toute sa force que lorsqu'il traversoit les distances. Il perce au travers de sa mâle éloquence une si haute idée des grandeurs humaines , une telle admiration des sentimens élevés, que la ma- Jesté de son propre ministère en est presque rabaissée. On a dit qu'il donnoit aux grands des leçons d’humilité; il est possible qu’il leur enseignât cette vertu dans leurs relations avec la Divinité ; mais il sentoit trop leur supériorité lui-même pour la leur inspirer dans leurs relations avec les autres hommes. Ces titres de grand roi, de princesse illustre, de glorieuse maison, et tant d’autres qualifications fastueuses, prodiguées à chaque page dans ses discours , n’étoient pas propres à
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