‹ Essai sur la littrature romantiqueChapitre 71 sur 72 · HER · texte numérisé non relu

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cette position même de s'identifier en quelque sorte avec elle; l’autre, plus conforme au génie d’un siècle avancé, reste ouverte aux modernes. Elle s'agrandit pour eux de tous les progrès nouveaux de leur culture ; et, quelques pas qu'ils y aient déjà faits, telle est son étendue , qu’il suffit d’en avoir conçu les rapports pour être rassuré sur cette prétendue impossibilité de produire en littérature des effets nouveaux, sur cette dégénération supposée d’un art qui n’a d'autres limites que celles de notre intelligencemême.

Est-ce avec plus de fondement que, dans l'état actuel de la société en France» on a tant redouté pour la littérature la diversion que les intérêts sociaux opèrent dans les esprits? Notre siècle, a-t-on dit, est marqué par une sorte de lutte entre l'idéal et. le positif, qui n’est pas à l'avantage du premier. Le temps n’est plus où les lettres faisoiént l'unique occupation de la société; de plus sérieux intérêts ont pris leur placeiet blasent sur les jouissances qu’elles procurent. S'il étoit vrai que les lettres ne pussent fleurir qu'en proportion de l'attention qu'on leur

donne, de telles craintes pourroient être fondées. Mais les lettres (et nous nous plaisons à revenir sur cette idée) ne sont point isolées dans notre esprit; elles y tiennent à tout le reste de nos opinions et de nos conhoissances. L’attention qu’elles excitent peut influer sur le nombre de leurs productions ; mais le mérite absolu de celles-ci, et par conséquent les vrais progrès des lettres , dépendent moins des jouissances qu’elles procurent, que du caractère de la société qu: les cuitive. Ce qu’elles ont à craindre, c'est la frivolité des jugemens, la sécheresse des âmes , la licence des mœurs; c’est la fausse application de cet esprit de philosophisme , qui, transportant ses procédés du domaine de abstraction dans celui de limagination, raisonne sur les sentimens comme sur les faits eux-mêmes, et, à force de tout analyser, réduit tout en poussière. Cet écueil, elles l’avoient trouvé dans l'esprit général du dernier siècle, et elles en portent encore les marques.Mais une tournure d’espritsérieuse, l'habitude de la réflexion et des intérêts graves, loin d’être pour elles des chances

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défavorables, leur offrent un appui naturel contre ces ennemis d'autant plus dangereux qu’ils sont moins apparens. Et s’il étoit vrai, comme on seroit amené à le conclure, que leurs succès fussent incompatibles avec l’exercice de nos plus nobles facultés ,'et qu’elles ne pussent réussir qu'au sein d’un peuple frivole, dont elles seroient le vain amusement, ces lettres tant vantées paroïtroient un art bien misérable, et bien indigne des regrets que sa perte semble causer.

Le commencement de ce siècle offre-en France le spectacle d’une double révolution dans le monde politique et dans le monde littéraire, dont il est difficile de séparer l’origine et les conséquences. D’un côté, à la suite de longs bouleversemens politiques, les élémens d’un ordre nouveau associent et se coordonnent; des idées plus saines se répandent en morale et en législation; un régime plus approprié aux besoins actuels de la civilisation s’assied sur le fondement de quelques institutions anciennes et sur lappui de notre législation moderne. De l’autre,

de nouvelles opinions s'introduisent en lit-

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térature, et font sentir le besoin de la considérer sous un aspect plus vaste et plus national ; des préjugés , fruits de l'ignorance ou de la vanité , se dissipent. Sans cesser d'admirer ce que les siècles antérieurs, en France, ont ajouté de richesses au trésor de l'esprit humain, on s'aperçoit que le sentiment et la pensée ne sont point le partage exclusif de l’école, l'apanage d’une seule époque ou d’un seul pays; les productions de la littérature étrangère sont accueillies, et la nation s'enrichit des emprunts même qu'elle fait aux autres. Cette concordance entre deux révolutions, nées à la suite l’une de l'autre, et au sein d’un même peuple, seroit-elle un pur effet du hasard ? N’existeroitil entre elles qu’un rapport de coïncidence, sans rapport de causalité ? Deux faits enfin, dont lhistoire nous montre partout la liai-

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son, resteroient-ils ici seulement isolés et sans base commune dans les esprits? Il seroit difficile de le penser. Les rapports qui les unissent, obscurcis encore par la nouveauté des événemens, peut-être aussi par la préoccupaton de l'esprit de parti, n'échapperont

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pourtant pas à ceux qui savent séparer les résultats généraux des circonstances accidentelles, et prendre le passé pour juge du présent, Le temps, en hätant la maturité de son propre ouvrage, achèvera de les devoiler un Jour. Alors les difficultés où, dans un tel sujet, notre esprit s'embarrasse encore, s’évanouiront d’elles-mêmes , et les lueurs à l’aide desquelles il en saisit quelques parties, seront une vive clarté portée sur tous les points de son étendue.

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