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dé dangers; le public y est trop formé par l'ancienne observation des règles classiques; il a un sentiment trop juste des convenances théâtrales, pour laisser Jamais dégénérer en licence la liberté qu'il accorderoit à l'auteur. Qu'on permette seulement au talent de réaliser une possibilité indiquée par la théorie ; seul il calcule tous les moyens , prévoit toutes les chances, et n’est vraiment hardi que lorsque le moment de l'être est arrivé. Les chefsd'œuvre même de nos grands maitres sembient devoir diriger d’un autre côté lesefforts de leurs successeurs ; car, lorsqu'une carrière a été parcourue plusieurs fois par le génie, il est plus difficile de l'y suivre avec bonheur, que de s'en frayer une nouvelle.
Peu de questions ont été aussi souvent agitées que celie de la prééminence des principes littéraires des différentes écoles, et ilen est peu aussi qui se montrent environnées d'un plus grand nombre de difficultés. Une telle question n’est point, ce qu'on en a fait trop souvent, une simple dispute de goût ou de nationalité. Pour qui la veut embrasser dans son ensemble, elle se rattache
aux spéculations philosophiques, non moins qu'aux discussions littéraires ; et elle ne sera convenablement traitée. que par celui qui Joindraàune connoiïissance exacte des diverses littératures, un esprit libre de préjugés et susceptible de sérieuses méditations. Mais, précisément à cause de cette complication, elle est loin d’avoir été jusqu'ici suffisamment éclaircie; et peut-être ne faut-il voir dans les nombreux écrits publiés jusqu’à ce jour, que les données partielles qui, dans les mains de l'analyste habile, serviront un Jour à résoudre dans toute son étendue cet intéressant problème.
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TErmINONS par quelques réflexions sur les ml) chances nouvelles que les changemens opé- ; | | rés dans la société offrent en France à là litpi térature en général, et en particulier aux | lettres romantiques.
| Après avoir défini la littérature l'expression de la civilisation des peuples; nous avons vu dans l’Europe moderne une vaste société fondée sur un culte, des mœurs et | des institutions propres, et dans la littéra- | | ture romantique, l'organe naturel de cette l civilisation particulière, création d’un ordre | nouveau d'idées et de sentimens. Sous ce À point de vue, la littérature moderne nous a | paru se diviser en deux branches: lune, ainsi basée sur la reproduction de son nouveau système social; autre, appelée classique, et née du transport dans les langues modernes des formes et des croyances propres à l’antiquite.
Cependant le siècle avance et traine la lit-
térature à sa suite. Ces formes primitives, objet des tableaux des premiers auteurs romantiques , ont dès long-temps disparu devant les résultats du temps. Chaque jour encore, de nouveiles lumières amènent de nouveaux besoins pour l'intelligence. Dans ce mouvement, imprimé depuis deux siècles à la société européenne, on peut se demander quel sera l'avenir de la littérature; et cette question se rattacheroiït elle-même à des considérations plus étendues sur l’état présent de la société et sur les causes d’où dépend son état à venir. Il faudroit rechercher jusqu'où s'étend, dans le domaine de lintelligence, l’empire de cette nouvelle existence qui lui a été donnée ; quelles croyances ont été conservées, quelles autres ont été modifiées où détruites ; quel ressort enfin on pourroit substituer à ces dernières, dans ce relâchement produit par l’action même des lumières et dela civilisation.
Sans prétendre préjuger les résultats d’une telle discussion, on peut avancer que ces changemens dont on est d’abord frappé ;sont plus apparens que profonds. Quand on com-
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pare la France, on même l'Europe actuelle, à ce qu'elles étoient il y a quelques siècles, il semble au premier abord qu'un peuple nouveau ait pris la place de celui qui existoit alors, ou, du moins, que les rapports qui leur sont communs se soient presque perdus dans la masse des différences qui les distinguent. Cependant un plus mür examen modifie bien ce. premier jugement. Sans doute, dans le champ des connoïssances positives , de grands progrès ont été faits; mais il ne faudroit pas conclure de cette augmentation de lumières à un changement analogue dans les sentimens : ce sont deux ordres de faits distincts et qui s’influencent peut-être, mais qui ne se déterminent pas réciproquement.
En France, comme dans le reste de l'Europe, beaucoup de connoïssances ont pu être acquises, beaucoup de fausses notions rectifiées dans les sciences, sans que ces basés de l'existence morale de la nation, que nous avons tâché d'indiquer ailleurs, et avec elles le principe des effets littéraires , en aient été considérablement modifiés. Notre manière
de juger a:pu changer, mais notre façon de
sentir est à peu pres restée la même. Les grands auteurs qui, il y a troissiècles, excitoient en Angleterre, en Italie, en Espagne, l’enthousiasme de leurs contemporains, conservent leur puissance sur leurs descendans ; et les productions même les plus récentes du siècle, si Fon fait abstraction de ce qui tient à l’état plus avancé des connoiïssances, n’offrent guère d'effets littéraires que ceux déjà employés par ces écrivains antérieurs.
Dans l’ensemble de notre civilisation enfin, considérée sous ce point de vue littéraire, l’action des causes primitives continue d’effacer les effets des perfectionnemens partiels.
Ce qui caractérise la littérature actuelle n’est pas tant ce principe distinct, qu'un changement de civilisation y pourroit seul introduire, que la différence même des facultés par lesquelles elle agit sur nous. Il semble, en effet, que chaque état de la société, comme chaque période de la vie humaine, soit marqué par le développement plus exclusif d’une des facultés de notre intelligence. Dans la jéunesse des peuples,
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c’est l'imagination qui agit; dans leur âge mûr, la réflexion prend sa place; et chacun
de ces résultats se réfléchit à son tour dans les productions de la littérature. La poésie, dans les siècles primitifs, fille de limagination , plait comme une vivante interprétation de la nature; le poëte est un homme inspiré, à qui il est donné d’en pressentir et d'en exprimer les secrets. Aujourd'hui l'esprit n'y cherche plus que l'enveloppe agréable de vérités , dont une voie plus sûre, l'expérience ou le raisonnement ont appris lexistence.
C'est aux sciences qu'on demande l’explication des phénomènes du monde physique ; et l'on sent que la nature, accessible seulement à la patience de l'observateur, ne se manifeste plus à inspiration du poëte. Les fictions poétiques sont déjà pour nous ce que les illusions de la jeunesse sont aux individus avancés en âge; on les regrette sans pouvoir les retrouver.
Cette disposition des esprits peut paroitre moins favorable aux besoins de la littérature. Toutefois, est-ce avec raison qu'on a tant de fois répété que les progres des lumières s’ac-
cordoient mal avec ceux des lettres , et qu'un siècle éclairé n’étoit pas un siècle poétique ? De ce qu’une époque déterminée amène à une nouvelle manière d'envisager la littérature, il ne faut pas conclure qu'elle s’'appauvrit; de ce que ses moyens d'action changent, il ne faut pas conclure qu'ils s’épuisent. Il existe pour le poëte deux modes de considérer son art, indépendans d’ailleurs des autres conditions qui en déterminent le caractère. Quand il cesse de nous attacher par des images, il peut encore nous attacher par des idées ; quand il n'exprime plus la nature pour elle-même , il peut chercher dans ses tableaux les réflexions qu'ils inspirent, les rapports qui les unissent au monde même de l'intelligence. 11 gagne alors sur le sentiment ce qu'il perd du côté de l'imagination ; et cet idéal, créé par la pensée, est plus vaste, plus inépuisable encore que le réel que l'imagination peint. Cette double carrièére comprend le domaine entier de la poésie : la première a été suivie surtout par les anciens et par tous ceux qui, comme eux, plus près que nous de la nature, ont dû à
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