‹ Essai sur la manifestation des convictions religieusesChapitre 28 sur 52 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SUITE DU PRÉCÉDENT. SI l’ÉTAT EST QUALIFIÉ POUR

La société, en prenant parti dans les questions de religion, affecte-t-elle une religion?

Elle ne le prétend pas, elle ne le croit pas peut-être, mais cela ne fait rien à la question. Il nous suffit qu’elle agisse et qu’elle parle comme si elle en avait une, et elle ne peut ni agir ni parler autrement. Le peuple ne le souffrirait pas. Le peuple, tout passif qu’il paraît dans cette affaire, pose silencieusement à l’État cet inflexible dilemme : ou n’ayez point de religion, et ne vous en mêlez pas; ou mêlez-vous de religion, mais religieusement. Tout pouvoir qui, prenant parti en religion, afficherait l’indifférence, détruirait lui-même son œuvre. Il renverserait d’une main ce qu’il aurait édifié de l’autre. Ce n’est pas comme bonne, comme meilleure, qu’il lui est permis de protéger une croyance, c’est comme vraie et comme absolument vraie. En faisant expressément abstraction de la question de vérité, le gouvernement de la société aurait déchiré ses pouvoirs.

Page 1