TROISIÈME OBSERVATION
Mademoiselle Marion Bourelly étant assise et endormie , je priai M. Kühnholtz de me suivre parce que je voulais, disais-je, faire une expérience qui serait pour moi péremptoire. Je conduisis le magnétiseur dans une chambre séparée par deux pièces et trois portes fermées du cabinet où la somnambule était endormie. Là, ayant réglé ma montre exactement sur celle de M. Kühnholtz , je dis voici ce qu’il faut expérimenter: Vous pouvez à volonté rendre votre somnambule entièrement sourde; je vais vous laisser ici et revenir auprès d’elle, il est dix heures quatre minutes , je désire que Mademoiselle Marion n’entende rien jusqu’à dix heures dix minutes; qu’à cette heure-là elle entende pendant une minute seulement, et que puis elle n’entende de nouveau que lorsqu’il sera dix heures et quart. Nul que moi ne savait d’avance ce que j’allais demander. M. le Dr Kühnholtz ignorait, lorsque je l’avais éloigné de la somnambule, quelle expérience je voulais faire; il n’avait donc pu donner ces indications dont se servent adroitement, dit-on j les magnétiseurs. La personne restée auprès de la somnambule l’ignorait
également, et ne l’apprit que lorsque tout fut terminé. Nous n’étions que quatre : M. le docteur Kiihnholtz , Mademoiselle Marion Boureîly , la personne restée près de la magnétisée , et moi. Je quittai M. Kiihnholtz, refermai toutes les portes, et revins dans le cabinet auprès de la somnambule. Je pris un chandelier de bronze qui se trouvait sur la cheminée , et frappai dessus sans interruption avec une clef. Lorsqu’il fut dix heures dix minutes , exactement et seulement alors la somnambule se mit à dire : Ah! j’entends une clochette. — Est-elle loin? lui dis-je. t— Je ne sais, mais elle ne se fait pas bien entendre , etc. , etc. Lorsque la minute fut passée , la somnambule n’entendit plus rien , et elle ne recouvra cette faculté que lorsqu’il fut dix heures quinze minutes.
Dans toutes les expériences que j’ai faites , ou vu faire , j’ai toujours agi comme si l’on cherchait à me tromper. Ce qui ne veut pas dire que je soupçonnasse la probité des personnes qui étaient magnétisées, ou qui magnétisaient; mais je voulais qu’aucun doute ne me fut permis.
Ceux qui liront ceci diront qu’en agissant de même enveçs moi , ils ne feront que me rendre la pareille ; c’est justice et je suis loin de les en blâmer. Comme le dit avec raison M. Rostan : « Il est impossible de Croire aux phénomènes magnétiques, non-seulement quand on ne les a pas vus, mais encore lorsqu’on
n’a pas expérimenté soi-même , quoiqu’on ait pu les
observer1. »I1 est sage de ne pas trop se prononcer contre , avant d’avoir bien examiné ; plus tard il en coûterait beaucoup d’être obligé de chanter la palinodie , et peu de personnes ont le courage de sacrifier leur amour-propre , même mal entendu, à la Vérité.
Si , comme je l’affirme , le magnétisme existe ; si , comme je l’affirme , j’ai vu écrire des personnes qui n’en paraissaient avoir ensuite aucun souvenir ; si , comme je l’affirme, j’ai vu paralyser des jeunes filles obligées de rester dans la position qu’exigeait le magnétiseur, etc. ; croit-on qu’il ne puisse pas en résulter de grands abus et que de tels phénomènes ne méritent pas l’attention des législateurs?
S’il suffisait de nier ou de cacher le magnétisme pour qu’il n’existât pas , on pourrait dire qu’il faut le nier ou le cacher; mais il existe, il est connu, et nécessairement il s’en fait des abus monstrueux. Tout homme n’a pas le droit d’administrer l’opium, les cantharides, le seigle ergoté, etc.; et rien ne règle l’emploi du magnétisme ! La matière est plus difficile à régulariser, est- ce une raison pour ne pas le tenter? Il est plus court et plus commode de nier, est-ce aussi rationnel et aussi sûr ?
* Dictionnaire de médecine en vingt-un volumes ; au mot Magnétisme.
fin.
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Faculté de Médecine