OBSERVATION VII
(Personnelle.)
Une autre Observation qui a beaucoup de rapports avec la précédente serait celle de Gabrielle B..., qui se croit fille d’un médecin qu’elle à ensuite supposé comte de Larochefoucauld. Elle a présenté également du délire des persécutions et du délire mystique, accompagnés d’hallucinations de la vue et de troubles du sens génésique. Elle se prétend fille illégitime et dit n’avoir été reconnue qu’à l’âge de 6 ans par l’homme dont elle porte le nom. « Or, ditelle, si j'étais bien sa fille, il n’aurait pas tant tardé ». Cette malade n’a jamais couvert ses vêtements d’ornements excentriques, mais sa mise est très propre et son délire est si bien limité, qu’il faut la connaître et avoir sa confiance
pour obtenir d’elle les renseignements nécessaires au diagnostic.
Nous venons de passer en revue les variétés que présente la première forme de la mégalomanie (forme essentielle ou pri-
EAN Dee
mitive), et nous avons constaté que : 1° la première de ces variétés, dite essentielle pure, présente ce caractère d’être dépourvue d’hallucinations aussi bien que de délire de persécution. Elle peut être immuable — et, dans ce cas, le malade tend d’un seul coup à la guérison ou à la démence, — ou bien n'être qu'un stade de la maladie; 2° la seconde variété, dite essentielle complexe, présente deux degrés : le premier constitué par le délire des persécutions avec hallucinations de l’ouie, qui est venu s’ajouter au radical vésanique; le deuxième par l’addition, au degré précédent, du délire mystique, caractérisé par des hallucinations de la vue agréables ou obscènes et par les hallucinations de l’ouïe de la variété précédente, qui sont maintenant devenues également grossières ; parfois, aberration du sens génésique. De ces trois phases, la première est expansive, parfois traversée d’accès congestifs. La deuxième est la phase sournoise, celle de la défiance, celle où il est le plus difficile de deviner les sentiments secrets du malade : elle présente les mêmes dangers que le délire des persécutions ordinaire. La troisième phase tient des deux précédentes : elle est un acheminement à la démence.
Il est une seconde forme de la mégalomanie plus commune, d’après les auteurs, que la précédente, et que nous appellerons mégalomanie consécutive où secondaire. C'est celle qui a eu pour point de départ un autre délire. Elle succède généralement à une manie, une lypémanie, etc., quelquefois à l’érotomanie. Dans les deux premiers cas, le professeur Albers, de Bonn, signale cette particularité que la mégalomanie cède par intermittences la place à l’ancienne affection. «Elle montre ainsi, dit-il, à quelle espèce d’aliénation elle doit son existence ». Pour notre part, nous nous rappelons avoir observé un fait de ce genre (Voir Observation VIII). De quelle facon cette trans-
formation se produit-elle? Voici lopinion généralement ac-
ceptée. Prenons un Iypémaniaque persécuté :
C’est la variété la plus nombreuse, et par conséquent celle qui doit payer un plus large tribut à la mégalomanie. Notre persécuté entend des voix qui le menacent; des gens qui causent entre eux dans la rue lui font l'effet de tramer des complots contre lui; la nuit, ce sont des bruits insolites, des rires étouffés, qu’il entend sous son lit, à sa porte; il sort, il cherche de tous côtés, il ne voit personne. Cela l'intrigue, l'inquiétude s'empare de lui, le voilà devenu soupconneux, méfiant; si bien qu'un jour il trouve détestables ses aliments, impotable sa boisson, et que sourdement se glisse dans son cerveau la pensée que « ces gens qui lui en veulent » (c’est l'expression courante) veulent se débarrasser de lui par le poison. Mais pourquoi? Qu’a-t-il fait pour cela? Il fut toujours homme de bien et sa conscience n’a rien à lui reprocher... Une seule explication le satisfait : il gêne ses persécuteurs. Mais s’il les gêne, eux, si puissants qu'ils peuvent le menacer à distance, eux, qui lui versent un poison impalpable, qui sont invisibles enfin, c'est qu'alors il est lui-même quelqu'un, il occupe un rang qu'il ignorait; s’il n’est pas mort, ou bien il est supérieur au reste des hommes, ou bien il a un protecteur quasi surnaturel; et dans ce cas encore, qu'est-il donc pour qu’on prenne la peine de s'occuper de lui? — De là une série de conceptions orgueilleuses que l’on devine facilement.
Ce serait, d’après M. Foville, le début le plus commun. Comme, en effet, cette variété de mégalomanie consécutive passe généralement pour ordinaire, que les exemples en
.abondent, nous ne citerons pas d'Observation à l'appui.
Par contre, nous en relaterons une où la manie puerpérale a
été le facteur primordial du délire partiel chez une malade qui
oo présentait encore cette particularité d’être née de père inconnu.