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SIÈGE ET DÉVIATION DES RÈGLES

Des faits constants , et qui peuvent être-vérifiés tous les jours , prouvent que l’hémorrhagie menstruelle a son siège dans la cavité même de l’utérus.

Dans des autopsies de femmes mortes dans le temps de leurs règles, on a trouvé la matrice grosse et tendue, et du sang épanché dans sa cavité. Sa surface interne était semée de trous fort sensibles, pleins d’un sang tout semblable au sang artériel ; et, en pressant le corps de l’organe de dehors en dedans , on a fait sortir

du sang de tous ces pores. Vésale, Littré, Mauriceau, en rapportent des exemples ; depuis eux , ces observations ont été multipliées.

Dans les cas de prolapsus de l’utérus, on voit couler le sang par 1 orifice du col ; il en est de même, si, avec un spéculum, on examine une femme pendant la durée des règles.

Si on porte le doigt dans le vagin, on sent le liquide sortir du mii~ seau de tanche.

Dans les occlusions de l’orifice du col de l’utérus, le sang s’accumule dans l’intérieur de la matrice, la distend, et détermine de graves accidents. -

D’un autre côté, il est également certain que l’on a vu quelquefois le sang transsuder de l’intérieur du vagin ou de la vulve ; mais ce sont des anomalies que nous sommes tenté de ranger parmi ces divers états morbides, ces déviations des règles dans lesquelles on voit le sang sortir par des voies insolites, telles que les narines, les oreilles, Turèthre, les mamelles, l’ombilic, les ongles, les gencives. On en cite un assez grand nombre d’exemples.

Des hypothèses plus ou moins étranges, telles que l’influence de la lune, la présence d’un ferment dans l’utérus, un état de pléthore, etc. , servaient à expliquer les causes de la menstruation, jusqu à ces dernières années , où les belles découvertes des ovologistes modernes, celles toutes récentes du savant professeur du Collège de France, M. Coste, aux leçons duquel nous avons puisé les documents qui vont suivre, sont veùues éclairer cette question d’une lumière toute nouvelle.

Nous avons dit, en définissant la menstruation , et nous allons le prouver, qu’elle est déterminée par l’évolution d’une vésicule ovarienne.

Et d abord , rappelons qu à l’époque de la puberté, il se passe

dans les ovaires et dans l’utérus des phénomènes importants que nous allons décrire.

Structure des ovaires. — Au nombre de deux, situés de chaque côté de la matrice, dans l’aileron postérieur du ligament large, ayant la forme d’un ovoïde aplati d’avant en arrière, les ovaires {testes muliebes) sont, chez la femme , les analogues des testicules de l’homme, car, comme eux , ils doivent sécréter un produit indispensable à la fécondation.

Constitués à l’extérieur par une écorce fibreuse , dense, à l’intérieur, par un tissu spongieux et vasculaire, ils contiennent dans leur épaisseur des petites vésicules, découvertes par de Graaf, qui leur a donné son nom.

Formées de deux membranes , dont l’extérieure est rétractile , ces vésicules renferment elles-mêmes un ovule, d’une petitesse extrême ne dépassant pas un dixième de ligne d’épaisseur, c’est \'œuf humain, découvert par Charles-Ernest Baër, qui vint confirmer cette proposition célèbre de Harvey : Omne vivum ex ovo.

Si on examine cet œuf au microscope , on y distingue : une membrane externe ou vitelline, contenant dans son intérieur le vitellus ou jaune, au milieu duquel existe une petite vésicule, la vésicule de Purkinge, découverte par M; Cosle, chez les mammifères, laquelle contient la tache germinative.

Ces quelques notions sur la structure des ovaires et des vésicules feront mieux comprendre ce qui va suivre.

Modifications des ovaires à l'époque de la puberté. — Très-petits dans l’enfance , les ovaires acquièrent un volume sensiblement plus considérable, deviennent plus gros, plus élastiques aux approches de la puberté ; mais ce sont surtout les follicules de Graaf qui subissent des changements importants à noter.

A peine visibles dès les premières années de la vie , quoique pou-

18ül.— Drsbrest. ^

vant être constatées , çes vésicules deviennent et plus grosses et plus nombreuses. On en trouve chez la femme pubère quinze ou vingt plus superficielles, et dont le volume relativement plus considérable donne à l’ovaire une apparence tuberculeuse.

r Évolution d’une vésicule. Pendant que' le travail de la puberté s’accompli!, une des vésicules de Graaf s’hypertrophie notablement, et vient former, à la surface de l’ovaire , une tumeur de la grosseur d’une petite noix ; cette distension est produite par une sécrétion ' abondante de liquide dans l’intérieur de la vésicule. Celle-ci gonfle de plus en plus, ses parois s’amincissent : enfin , parvenue au terme de son accroissement, la capsule ovarienne semble demeurer stationnaire , jusqu’au moment où une surexcitation provoquée soit par la maturité de l’œuf, soit par le rapprochement des sexes , vient en déterminer la rupture; les parois amincies cèdent et se déchirent peu à peu ; les membranes propres à la vésicule cèdent les premières, et, après elles, le feuillet péritonéal. C’est à cette distension violente et souvent douloureuse que M. Négrier attribue la congestion générale des organes de la génération.

A la suite de cette rupture, l’œuf est expulsé; il est saisi par le pavillon de la trompe et en parcourt le canal pour arriver plus tard dans l’utérus.

Dans cette cavité, qui vient de se déchirer pour laisser échapper l’ovule, il se fait un travail de cicatrisation que nous allons décrire, travail important, qui donne naissance à ce que l’on a appelé les corps jaunes.

2” Formation du corps jaune. Aussitôt après l’expulsion de \œuf, il se fait dans la cavité vide, un épanchement de sang, qui va être résorbé peu à peu.

La vésicule de Graaf, composée, avons nous dit plus haut, de deux feuillets dont l’externe seul est rétractile, revient sur elle-même en suivant le retrait du caillot, et ses couches internes se plissent à

mesure que le caillot est résorbé ; et ces différents plis sont si nombreux, si plissés, qu’ils offrent quelque ressemblance avec les circonvolutions du cerveau. En même temps qu il subit ce plissement sur lui-même, ce feuillet interne s’hypertrophie, prend une coloration jaune orangé très-prononcée, et s avance de plus en plus vers la cavité, qu’il tend à combler; enfin il arrive un moment où il ne reste qu’une plus petite strie jaunâtre ou d’un gris ardoisé.

La formation du corps jaune succède toujours à la rupture d une vésicule de Graaf. Considéré longtemps, par presque tous les auteurs, comme preuve irrécusable d’une conception antérieure, il est bien prouvé aujourd’hui qu’il peut se rencontrer chez une fille vierge parvenue à l’époque de la puberte.

Ce corps jaune, si l’ovule n’a pas été fécondé, disparaît presque compléfement au bout de vingt-cinq à trente jours, et laisse à sa place une petite cicatrice qui persiste. S’il y a eu fécondation, cette tumeur met cinq à six mois à opérer ses principales modifications.

C’est l’ensemble des phénomènes que nous venons de décrire que l’on désigne sous le nom de ponte spontanée.

Voyons maintenant ce qui se passe dans la matrice :

Modifications survenues dans la matrice. — L’utérus, avons-nous dit, offre lui aussi, à l’époque de la puberté , des modifications importantes à noter.

C’est aux beaux travaux de M. Coste qu’est due surtout la connaissance exacte de ces changements.

Pendant que se fait l’évolution ovarienne, l’appareil vasculaire de l’utérus se développe et s’injecte; le volume total de la matrice est augmenté, le col est tuméfié, l’orifice plus étroit; les lèvres du museau de tanche ont plus de chaleur, leur couleur est plus foncée. Mais le phénomène le plu.s saillant est l’hypertrophie considérable de la muqueuse utérine. Si l’on examine une coupe d utérus à cette époque, on voit cette muqueuse essentiellement composée de tubes glandulaires, accolés ensemble , et affectant une direction horizon-

taie. Je les ai manifestement vus à l’œil nu sur des pièces que M. Coste a bien voulu me montrer. Cette muqueuse a acquis alors une épaisseur telle qu elle a presque le tiers de la couche musculaire. M. Coste en possède qui ont jusqu’à 8 ou 10 millimètres d’épaisseur.

L’utérus, à cette époque, est limité en dedans par un épithélium très-mince, tapissé à sa face externe par un réseau vasculaire extrêmement fin, à mailles irrégulièrement losangiques, dont chacune encadre l’ouverture d’un des glandules. C’est très-certainement dans ce réseau vasculaire superficiel que l’hémorrhagie menstruelle a sa source principale; car, sur des femmes mortes à cette époque, on peut voir le sang transsuder à travers de petites gerçures microscopiques.

Telles sont les modifications que présentent en même temps les ovaires et Yutérus à l’époque de la puberté.

Ces faits bien établis, nous allons démontrer maintenant que la menstruation a sa cause dans l’évolution successive d’unevésicule deGraaf.

1® Prouvons d’abord que, pendant les règles, l’évolution ovarienne a toujours lieu.

Or, des observations multipliées n’ont pas permis de constater une seule exception à cette loi, établie par M. Négrier, à savoir ;

« Que jamais les ovaires de femmes menstruées, de quelque âge quelles soient, ne manquent de cicatrices vésiculaires.» De plus, tous ceux qui ont fait des autopsies de femmes mortes à l’époque des règles ont toujours rencontré une vésicule à un degré plus ou moins avancé de son développement ou déjà rompue. M. Coste, ayant pu, depuis plusieurs années, faire l’ouverture de toutes les femmes déposées à la Morgue, est de tous, celui qui s’est livré le plus souvent à ce genre de recherches, et ses observations ayant été faites sur des femmes qui s’étaient données une mort volontaire au milieu de la santé et à l’époque de leurs règles, revêtent un caractère expérimental que jusqu’alors les autres n’avaient pas. Il a trouvé toujours, outre \e développement vésiculaire, la muqueuse

dans letat que nous avons décrit plus haut, c’est-à-dire considérablement hypertrophiée.

2° Ce premier fait admis, à savoir : que ces deux phénomènes , l'évolution ovarienne et Vhypertrophie de ta muqueuse utérine, existent simultanément pendant la menstruation, il nous reste à prouver qu’ils ne sont pas seulement concomitants , mais que l’un d’eux est dépendant de l’autre. Cette question, nous espérons la résoudre de la manière la plus péremptoire.

Nous nous fonderons pour cela sur l’analogie qui existe entre les phénomènes du rut chez les animaux , et de la menstruation chez la femme , pour en tirer les conséquenees nécessaires.

Chacun sait qu’il est certaines époques où les mammifères manifestent leur aptitude à la fécondation, par des phénomènes spéciaux auxquels on a donné le nom de rut, de chaleur, époques variables selon les différents animaux , selon les conditions dans lesquelles ils se trouvent; se traduisant chez les uns par une simple turgescence des organes sexuels, chez d’autres par un écoulement muqueux ; chez d’autres enfin , les femelles des grands singes, suivant Cuvier, tous les singes de l’ancien Continent, suivant Émile-Marco de Saint- Hilaire, par un écoulement sanguinolent. Ce phénomène physiologique peut être comparé avec raison à la menstruation, puisque l’on cite des climats où l’époque menstruelle chez les femmes ne se décèle que par un écoulement abondant de mucus, parfois légèrement teint de sang ou jaunâtre.

Cette analogie avait déjà frappé les anciens: Aristote, qui avait déjà noté le flux muqueux que présentent certaines femelles de mammifères à l’époque du rut, pensa que les règles, comme le rut, avaient pour effet de favoriser la fécondation. On sait l’heureuse application que Fernel fit de cette idée d’Aristote : consulté par Henri II sur les moyens de faire cesser la stérilité de la reine, il lui conseilla de ne l’approcher qu’immédiatement après ses règles, ce qui eut un succès complet, car la reine devint grosse et accoucha d’un fils, désiré depuis onze années..

L’analogie entre ces deux fonctions paraîtra complète, si nous ajoutons que les ouvertures d’animaux faites à l’époque du rut permettent de voir une injection de la muqueuse utérine, en tout semblable à celle qu’on observe chez la femme pendant les règles, et que, du côté des ovaires, on trouve toujours, comme dans l’espèce humaine, une vésicule de Graaf arrivée à maturation, rompue ou sur Je point de se rompre, vésicule qui, après sa déchirure, laisse une cicatrice qui doit également former un corps jaune.

L’analogie étant prouvée, il sera facile de vérifier sur les animaux, en supprimant la matrice ou les omires, .si le rut est le phénomène secondaire, la manifestation à l’extérieur d’un travail ovarien, les opérations pouvant être répétées à volonté.

Or, si on enlève l'utérus chez un mammifère, la femelle conserve encore la faculté d’entrer en chaleur; si, au contraire, on supprime les ovaires, elle ces.se de rechercher le mâle, et devient inapte à la fécondation. Cette dernière opération est très-fréquente, puisqu’elle n’est autre chose que la castration qu’on pratique si souvent sur les femelles de nos animaux domestiques, pour donner à leur chair des qualités qui la rendent plus propre à figurer sur nos tables.

L’analogie ferait penser, en l’absence de faits positifs, que la menstruation devrait cesser après la castration. Quoique les faits observés sur tes femmes soient fort rares, on en cite cependant quelques-uns que nous allons rapporter, tout en leur accordant une confiance inégale.

r® Observation. — Jean Wierus (1569) raconte qu’un chatreur de pourceaux, attaché au service du duc de Clèves, irrité du désordre dans lequel vivait sa fille, la coucha sur une table, et exerça sur elle l’opération qu’il avait Lhabitude de pratiquer sur les femelles d’animaux, c’est-à-dire l’extirpation des ovaires. Selon cet auteur, la femme aurait guéri de l’opération, et aurait vu s’éteindre pour toujours ses désirs amoureux. Il ajoute que le duc de Clèves infligea

une punition au père, pour s’être permis une semblable mutilation.

L’observation suivante est beaucoup plus sérieuse, et le nom de 'auteur lui donne une grande valeur dans la question qui nous occupe.

ir Observation. — On lit dans Percival Pott {OEuvres chirurg.; Paris, 1777): Une jeune Femme de vingt-trois ans environ, d’une bonne complexion, entra à l’hôpilal Saint-Barthélemy, à cause de deux petites enflures qu’elle avait aux aines, et qui, depuis quelques mois, étaient si douloureuses qu’elles l’avaient empêché de remplir ses devoir de servante.

Ces tumeurs, molles, inégales, très-mobiles, étaient placées audevant des anneaux inguinaux. Des tentatives infructueuses de réduction ayant été mises en usage, la malade étant résolue à tout souffrir pour être soulagée, on se décida à pratiquer l’opération, et, après avoir incisé la peau et les tissus sous-cutanés, on découvrit un sac membraneux où se trouvait un corps ressemblant à l’ovaire. On en fit la ligature et on le coupa ; la même opération fut faite d« l’autre côté.

Cette femme se rétablit très-bien ; mais, depuis l’opération, elle maigrit, ses muscles prirent en apparence plus de développement; ses seins, qui étaient très-gros, s’effacèrent, et ses règles, qui avaient coulé jusqu’alors avec une grande régularité, ne reparurent plus.

Iir Observation. —H semblerait que, dans l’Asie centrale, on trouve des vestiges de la coutume barbare des anciens rois de Lydie, qui châtraient des femmes soit pour les préposer à la garde de leur sérail, soit pour les faire servir à leurs passions effrénées.

M. Roberts, envoyé en mission dans ces pays, rencontra, en se promenant dans un village du côté de Bombay, trois femmes qui parcouraient la campagne, en disant la bonne aventure et pratiquant la circoncision ; elles appartenaient à la classe des hqdjeras, nom qui en langue indoue signifie eunuque. Ces femmes, fortement musclées, avaient quelque chose d’étrange dans toute leur personne..

A force d’argent, M. Roberts obtint un rendez-vous nocturne, et put les examiner. Il constata chez elles l’état suivant: elles n’avaient ni gorge ni mamelon; l’ouverture du vagin était complètement oblitérée; les os du bassin étaient rapprochés, son diamètre transverse très-peu développé. Le pubis était complètement dépourvu de poils, les fesses aplaties, etc.; point de flux hémorrhoïdal ou nasal, point de désirs pour l’un ni pour l’autre sexe. Elles étaient âgées de vingtcinq ans à peu près, jouissaient d’une très-bonne santé, avaient la voix mâle, une haute stature, et des mouvements brusques.

M. Roberts ne remarqua, sur la paroi abdominale, aucune trace de cicatrice indiquant des incisions faites pour extraire les ovaires.

Quelle était l’opération qui leur avait était pratiquée? Elles n’ont pu donner, à ce sujet, aucun renseignement; cette mutilation leur ayant été faite dans le très-jeune âge, elles n’en avaient conservé aucun souvenir. Si l’on juge par les résultats tout à fait semblables à ceux que produit la castration chez les animaux, il est plus que probable que les mêmes modifications sont dues à la même cause, et que c’étaient de véritables eunuques femmes.

On pourrait conclure de ces trois observations, et de celle qui les précède, que l’ablation des ovaires exerce sur la constitution de la femme des modifications analogues, mais-inverses de celles qui résultent de l’ablation des testicules chez l’homme. Ainsi. tandis que l’homme, privé des organes sécréteurs du sperme, conserve ou prend les formes, la voix, le caractère, et presque les inclinations du sexe féminin , la fenime à laquelle.on a enlevé les ovaires se dépouille de ses attributs et prend au contraire les formes masculines.

Des observations citées par Engel, Dupuytren, prouvent que les femmes chez lesquelles il y avait absence congénitale d’ovaires n’avaient présenté, à aucune époque de leur vie, les caractères de la nubilité, tandis qu’a ces mêmes caractères se joignaient des signes de congestion hypogastrique, plus ou moins périodique,, chez quel-

ques filles qui étaient pourvues d’ovaires, et qui manquaient d’utérus. En voici un exemple :

Il y a en ce moment à Paris une femme de vingt-deux ans, chez qui on a constaté l’absence congénitale de matrice. Le doigt, à peine introduit dans l’ouverture vulvaire, est arrêté à 2 centimètres de profondeur ; un spéculum ne laisse voir au fond aucune ouverture. En introduisant une sonde dans la vessie et un doigt dans le rectum, on peut s’assurer qu’il n’existe, entre la face palmaire et la sonde vésicale, que l’épaisseur normale des deux parois du rectum et de la vessie. De plus, il existe de chaque côté, au pli de i’aine, une tumeur présentant tous les caractères d’un ovaire. Cette femme éprouve assez régulièrement, et presque de mois en mois, des douleurs hypogastriques lombaires, qui ne peuvent être que l’expression d’un travail ovarien périodique.

On doit donc reconnaître, d’après tout ce qui précède, que la menstruation est essentiellement dépenckinîe des fonctions de l’ovaire.

Cependant, si les faits précitésautorisent à conclure qu’il n’y ajamais d’hémorrhagie menstruelle sans la maturation d’une vésicule dans l’ovaire,il n’en est pas de même de cette autre proposition,« que la rupture d’une vésicule est accompagnée nécessairement d’une hémorrhagie utérine; «car on a rencontré des cicatrices, traces de vésicules rompues, sur les ovaires de filles qui n’avaient point encore été réglées, et on trouve dans la science de nombreux exemples de femmes devenues enceintes avant d’avoir eu leurs règles, et de femmes qui ont conçu malgré une suppression qui durait depuis plusieurs mois. On trouve dans ces faits la confirmation entière de ce que nous disions tout à l’heure du rôle secondaire de l’écoulement menstruel, Considéré comme dépendant des modifications de l’ovaire, il peut manquer, bien que la vésicule de Graaf parcoure toutes les phases de son évolution, et son absence ne peut être aujourd’hui regardée comme un obstacle absolu à la fécondation.

1851. — Desbrest. 5

D\m autre côté, la régularité de l’écoulement menstruel n’implique pas inévitablement l’accomplissement entier de l’évolutionvésiculaiée. Il est arrivé à M. Goste de rencontrer des cas où toute la durée des règles s’était passée sans que le follicule de l’ovaire ,, dont l’évolution avait été poussée jusqu’à sa dernière période, fût parvenu à se rompre, d’autres fois où il avait avorté tout d’un coup au milieu de son développement.

La menstruation étant, chez la femme, la manifestation à l’extérieur de là maturation d’un œuf , par conséquent de son aptitude à être fécondée, comment pourrons-nous expliquer qu’elle peut devenir enceinte dans tes périodes intermenstruelles, comme on en cite de nombreux exemples?'

Pour l’expliquer, M. Pouchet avait imaginé une exsudation, à l’intérieur de la matrice, d’une membrane qui, semblable a une caduque, retenait l’œuf pendant dix, douze, quinze jours ; mais rien de semblable n’a jamais été anatomiquement démontré. Il est des cas, il est vrai, où des jeunes filles, et même des femmes, quand la menstruation est difficile, rendent par la vulve une espèce de sac membraneux d’une extrême épaisseur, dont la forme semble moulée sur la cavité utérine; nous en avons vu une rendue par une jeune fille à l’époque de sa première menstruation, et une autre rendue par une femme qui avait eu des enfants. Cette membrane n’est certainement rien autre chose que la muqueuse exfoliée, car elle présente une face interne, lisse, pourvue d’un épithélium, et une face externe tomenteuse/ et déchirée, par laquelle elle adhérait à Futérus.

Il faut donc trouver une autre explication à ces fécondations intermenstruelles ; nous nous fonderons encore, pour cela, sur l’analogie déjà établie entre les phénomènes du rut et de la menstruation. Voyons ce qui se passe chez certains animaux :

Chez ceux qui vivent à l’état sauvage , manquant de nourriture ,. fuyant les ennemis qui les persécutent, les fonctions des ovaires,, amoindries par l’action des circonstances extérieures, ne s’aceom-

plissent qu a de rares intervalles. Dans des conditions différentes, à l’état domestique par exemple, la maturation des œufs, chez ces mêmes animaux, peut devenir beaucoup plus fréquente.

Ainsi le pigeon sauvage, qui ne dépose ses œufs qu une ou deux fois par an , niche sept ou huit fois quand il fixe sa demeure dans nos colombiers. Nos poules domestiques peuvent pondre tous les jours, et pendant huit mois de l’année. Le lapin des champs n’a pas plus d’une ou deux portées par an , et s’il vit à l’état domestique, il se reproduit jusqu’à sept fois.

On peut donc faire qu’une période intermenstruelle soit décomposée en plusieurs, c’est-à-dire déternainer plus souvent la maturation d’un œuf, et cela par des conditions d’abri, de température et d’alimentation. Il ne peut y avoir aucune espèce de doute sur ce point.

De plus, chez les mammifères, on ti'ouve une action directe du mâle sûr cette déhiscence vésiculaire, laquelle n’aurait pas eu lieu sans son intervention. Ainsi, par exemple, chez dès lapins, dix ou douze heures après le rapprochement des sexes, M. Coste a trouvé dans l’intérieur du pavillon ou de l’oviductedesœufsquineseraienttombés qu’au bout de trois ou quatre jours ou pas du tout. Si ensuite, quand le rut a cessé, on enferme la femelle avec le mâle, on ne tarde pas à reconnaître que la présence de celui-ci a occasionné une nouvelle modification dans l’ovaire, qui a donné lieu à l’évolution d’une nouvelle vésicule de Graaf.

Si la maturation ou la chute des œufs peut être produite, pour ainsi dire, artificiellement chez les animaux, à plus forte raison cela devra-t-il avoir lieu dans l’espèce humaine qui jouit de toutes les conditions provocatrices au plus haut degré, où elles peuvent être exercées à volonté, où la femme a, de plus que les mammifères, le privilège d’une aptitude permanente au coït.

Mais, dira-t-on, l’évolution de l’œuf se traduisant par un signe caractéristique, il faudra que l’hémorrhagie utérine vienne l’indiquer. A cela, nous répondrons: t°qu’il y a souvent, chez les femmes,

fies perles intermenslruelles; 2° que la cause qui provoque la chute dé l’œuf étant aussi, dans ce cas-là, celle qui le féconde, fait avorter l’hémorrhagie, comme cela a lieu quand la fécondation s’opère quelques jours ou quelques heures seulement avant l’apparition des menstrues,

eESSATtON DES RÈGLES..

La femme, après avoir vu l’écoulement menstruel apparaître pendant un certain nombre d’années, doit le voir cesser un jour, et avec lui toute aptitiidé à la fécondation, par l’effet même des lois mystérieuses de son organisation.

Mais, dfe môme que l’époque de la puberté est un âge variable, de même aussi cette époque variera suivant les femmes, leurs habitudes, leur séjour, le climat qu’elles habitent, etc.

Les habitudes de la femme, l’indolence ou le travail, la continence ou le libertinagCi la sobriété ou l’intempérance, l’air des salons ou l’atmosphère pure des champs, doivent influencer la durée de la menstruation ; mais nous ignorons encore dans quel sens ces conditions agissent. Il n’en est pas de même de l’influence du climat, qui est aujourd’hui bien connue; les climats chauds avancent cette époque, les climats froids la retardent..

Dans nos pays, c’est entre la quarantième et la cinquantième année que la cessation des règles survient. D’après un tableau de J.-L. Pétrequin, c’est, pour la moitié des femmes, entre la quarante-cinquième et la cinquantième année; pour M. Raciborski, l'âge moyen est quarante-six ans. On peut donc admettre en moyenne que la durée totale de la menstruation est de vingt-cinq à trente ans.

Mais l’époque de la cessation des règles offre , comme celle de leur début, de très-nombreuses anomalies. Desormeaux cite une dame qui cessa d’être réglée à vingt-trois ans. 11 n’est pas rare de voir la menstruation se supprimer de trente-cinq à quarante ans. D’un autre côté, elle se prolonge souvent bien au delà de l’époque

ordinaire, et avec elle les femmes conservent la faculté de concevoir Pline rapporte que Cornélie mit. au monde Valérius à l’âge de soixante-dix ans.

Douizetti parle d’une religieuse réglée jusqu’à soixante-dix-neuf ans. On trouve, dans l’Académie: des, sciences, 1778, l’histoire d’une femme réglée à cent six ans.

La ménopause annonçant que chez la femme la fécondation a cessé, il ne doit plus y avoir de ponte périodique; c’est en effet ce qui a lieu. A cette époque,, les ovaires s’atrophient, leur enveloppe extérieure se ride et ressemble à la surface d’un noyau de pêche ; ils ne produisent plus de vésicules.

La matrice et les mamelles semblent frappées du même coup qui a détruit l’orgasme ovarien ; on les voit peu à peu s’atrophier et devenir, pour ainsi dire, étrangères à la vie générale.

La menstruation ne cesse point en général brusquement, et sans que sa suppression ne soit annoncée par des irrégularités soit dans la quantité, soit dans la périodicité de l’écoulement. Vers l’âge de trentesix ans, elle devient le plus souvent moins considérable, tout en restant régulière ; puis, à un âge plus avancé, cette régularité disparaît ; la femme remarque un retard de huit, quinze jours, trois semaines,, dans l’apparition de ses règles; parfois la quantité de sang est trèsconsidérable. La circonstance la plus favorable pour la femme, c’est quand cet écoulement diminue peu à peu et cesse enfin pour ne plus reparaître. Mais souvent il ne s’opère pas d’une manière aussi régulière : un malaise général, dès signes de pléthore, peuvent se manifester; des maladies, jusque-là restées latentes, peuvent tout à coup se développer.

Les femmes habituées aux jouissances de toute espèce, aux plaisirs des sens, qui ont passé une vie sensuelle et oisive, sentent bien plus que les autres les privations de cet âge ; celles-là surtout ont besoin,, pour passer celte époque sans naufrage, de se soumettre courageusement aux préceptes que leur dicte l’hygiène. Leurs aliments, leurs boissons, leurs vêtements, leur habitation, enfin tous les agents mo-

dificateürs qui peuvent les influencer à cette époque, devront être réglés avec la plus stricte sévérité. (M. Rostan.)

Cependant il s’en faut de beaucoup que cette époque soit aussi funeste qu’on l’a dit, et mérite en tous points le nom d’âge critique qu’on lui a donné. Les recherches des praticiens modernes ont établi, en effet, que les affections organiques des mamelles, de l’utérus et des ovaires, débutent bien plus souvent avant qu’après la ménopause. Les statistiques enfin ont prouvé qu’entre 40 et 50 ans, le chiffre de la mortalité des femmes n’est pas plus considérable qu’à une autre époque de la vie. Quelquefois même la femme acquiert, dans cette suppression, un fonds de santé inépuisable qui la conduit à une heureuse vieillesse.

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