‹ Essai sur la menstruationChapitre 9 sur 11 · NATURE DU SANG DES RÈGLES · texte numérisé non relu

NATURE DU SANG DES RÈGLES

Il est assez difficile de dire si le sang des règles est fourni par les artères ou par les veines, ou par ces deux ordres de vaisseaux simultanément. Des analyses récentes, faites par MM. Denis etBouchardat, tendent à le faire regarder comme un mélange de sang artériel, et de mucosités fournies par l’utérus et le vagin. « Sanguis lanquam «a victima, si sana fuerit mulier» (Hippocr.). Ce sang est coagulable et fibrineux, car on a vu sortir des caillots du vagin, lorsque le sang avait été retenu trop longtemps dans cette partie , et la fibrine a pu être chimiquement constatée.

L’invasion des règles se révèle ordinairement par une émanation particulière qui a été comparée à l’odeur du souci. C’est sans doute à cette odeur très-prononcée, surtout chez certaines femmes, qu’il faut attribuer les nombreuses fables débitées jusqu’à ce jour, et acceptées encore aujourd’hui par certaines personnes, sur les propriétés nuisibles du flux menstruel. Je vais passer en revue celles qui m’ont paru les plus curieuses, je ne dis pas les plus raisonnables.

Déjà les Hébreux regardaient la femme comme impure pendant l’époque menstruelle , et l’homme qui aurait eu des rapports avec elle

aurait été puni de mort, s’il eût été prouvé qu’il la savait en cet état; c’est ce que l’on voit par le texte de la loi : « Qui coercit cum muliere «in fluxu menstru et revelaverit turpitudinem ejus, ipsaque aperuerit «fontem sangulnis sui, interficientur ambo de medio populi sui. »

11 était défendu d’approcher une femme avant la purification qui avait lieu quatre jours après les règles :• «Mulier quæ, redeunte «mense, patitur fluxum sanguinis, septem diebus separabitur. »

Cette coutume était liée, chez le peuple où elle naquit, à des vues d’utilité et d’hygiène publique. Non-seulement la loi hébraïque défendait aux femmes tout rapport avec leur mari pendemt cette période, mais aussi l’entrée des temples leur était interdite. On voit encore à Paris des Juives qui suivent ces préceptes dans toute leur rigueur.

Il suffira de citer, pour en faire voir tout le ridicule, les qualités étranges attribuées par Pline au sang des règles :

«La présence de la femme à cette époque, dit-il, suffit pour aigrir les vins nouveaux; les graines quelles touchent deviennent stériles, et les bourgeons meurent sur leur tige. Si elle se promène dans un jardin, les herbes se dessèchent ; si elle s’assied sous un arbre, les fruits en tombent ; l’éclat des miroirs est terni, l'ivoire perd son brillant, si la femme les regarde ; les chiens qui mangent de ce sang deviennent enragés.

Par opposition, il lui attribue ensuite des propriétés merveilleuses : une femme , ajoute-t-il, à l’époque de ses mois, chasse la grêle, la foudre, les orages et les tourbillons des vents, si on la dépouille de ses vêtements. Si elle se promène autour d’un champ de blé, dans l’état de nudité, elle fait périr les chenilles, les escargots, les vers, et tous les insectes qui nuisent au froment. »

Paracelse dit qu’il n’y a pas de poison plus infect et plus dangereux que le sang des règles.

Il existe encore dans quelques contrées de l’Afrique des peuplades, où l’on craint tellement la rencontre d’une femme.réglée, que cellesci sont obligées de porter un signe pour avertir de les fuir.

Au royaume de Congo, c’est un usage qui subsiste pour les filles.

quand leur écoulement périodique commence pour la première fois, de s’arrêter dans le lieu où elles se trouvent, et d’attendre qu’il arrive quelqu’un de leur famille pour les reconduire à la maison paternelle. On les tient alors clans un logement séparé où elles passent deux ou trois mois, et on les assujettit à certaines formalités, comme de ne parler à aucun homme , de se laver plusieurs fois pendant le jour, et de se frotter d’un onguent particulier.

Que dire de ceux qui regardent le sang menstruel comme un poison capable de faire coaguler le lait, gâter les sauces, les confitures , etc. ?

Sans doute, s’il est retenu longtemps dans les organes sexuels, si la femme s’abandonne à la malpropreté, si elle ne change pas de linge pendant toute la durée de l’écoulement, ce sang pourra être vicié et acquérir des qualités âcres, irritantes ; c’est de la sorte qu’on pourra expliquer les altérations du lait et d’autres liquides; c’est encore de cette manière qu’on pourra expliquer les écoulements blennorrhagiques contractés par le coït à cette époque; mais, à part ces conditions, nous ne soupçonnons aucune qualité mauvaise au flux menstruel chez une femme saine et soigneuse d’elle-même, et nous croyons qu’on peut dire , avec Mauriceau, que, si tout ce qu’on a rapporté était vrai, les hommes fuiraient, plus qu’ils ne le font, la société des femmes.

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