MESSIEURS
. Toutes les fois que je monte dans cette chaire , j'éprouve, en présence du souvenir des enseignements immortels des hommes qui l'ont illustrée, une bien vive émotion. Ce sentiment a sa source dans la pénible certitude de l'impuissance où je suis
de me concilier, comme eux^ l'attention et la con-
fiance de mon auditoire. Que de grands noms , en effet, ne pourriops-nous pas citer, pour justifier ce sentiment et alarmer notre courage ! Hais détournons nos regards de ce tableau d'intimidation , et permettez-nous de nous persuader que vos exigences seront satisfaites , si nous pouvons parvenir à TOUS communique!;' Ja doctrine qu'ils ont enseignée , et à laquelle Teiactitude des dogmes et les avantages de l'application à la pratique médicale ont assuré un règne perpétuel.
S'il est vrai que nous ne puissions nous rapprocher de ces hautes intelligences , en ajoutant quelques matériaux à l'édifice qu'elles ont construit et qu'elles nous ont légué, cherchons du moins à suivre la route qu'elles nous ont tracée ; embrassons religieusement leur doctrine ; entrons en communion intime avec elles , unissons-nous à leur foi médicale ; soyons , en un mot , leurs disciples. Vous initier à la véritable philosophie des fondateurs de la science de l'homme , est la seule gloire dont ma destinée me laisse l'espérance. Si je puis atteindre ce but , toute mon ambition sera satisfaite.
Votre initiation à cette doctrine vous fera entrer en part à l'héritage des biens que nos pères nous ont légués. A nous, la sainte mission de cultiver ces biens , de les augmenter s'il nous est possible $ ou du moins de les améliorer et de vous les transmettre ; à vous , la d^stinée d'en recevoir le dépôt
sacré , et d'utiliser la jouissance de cette succession au profit de la science et de rhumanité.
Hais cette transmission , pour être efficacement opérée , nécessite dans T élève une bonne éducation première , une entière pureté de virginité philosophique , beaucoup de travail et une ferme résolution d'embrasser la vérité. Aussi bien elle exige, dans le professeur Tart de diriger habilement la raison de rélève vers Tétude de la meilleure doctrine » c'està-dire vers la doctrine dont les phénomènes généraux , embrassant du même coup-d'œil la réunion des faits et des lois physiologiques et pathologiques , sont seuls capables de répandre la plus vive lumière sur toutes les parties de l'anthropologie.
Toutefois , quel que soit le talent de chaque professeur pris isolément , il ne saurait renfermer en entier dans son enseignement spécial T ensemble des dogmes de la véritable philosophie médicale. Cet enseignement sera toujours forcément limité à l'application des dogmes qui ressortissent seulement à la partie de la médecine qu'il est chargé de professer. L'étude de la philosophie médicale , ainsi morcelée, mettra toujours l'esprit de l'élève dans l'impossibilité d'en acquérir une connaissance adéquate et indispensable pour bien étudier et bien comprendre la vie , la santé , la maladie et la mort.
Cette impossibilité signale un vice radical dans le système de l'enseignement médical actuel. Ce vice
consiste dans l'absence d'une chaire de philosophie médicale.
La nécessité d'instituer, dans la Faculté de médecine de Montpellier, une chaire consacrée à renseignement de la philosophie naturelle inductive , appliquée à la théorie de l'agrégat humain vivant , a été irrévocablement démontrée par M. le professeur Lordat, dans une lettre écrite le 30 septembre 1845 à MM. Villeneuve , président de la commission permanente du Congrès médical à Paris , et Amédée Latour, secrétaire.
On lit dans cette lettre « que la vraie anthropologie , la physiologie médicale ne se répand point. Pourquoi ? parce que les élèves ne possèdent pas les principes de l'art de philosopher. Us ne sont pas capables d'étudier et de bien distinguer les causes de l'ordre métaphysique : telles sont la force vitale végétale , la force vitale des bêtes, celle de l'homme, l'instinct , l'intelligence , la raison. Sans une idée nette et distincte de ces causes , qui ne sont pas du ressort des sens externes , il n'y a point de science de l'homme , ni partant de science médicale. x>
(t D'après cela , dit notre illustre collègue , je suis très-sùr qu'une Faculté de médecine demande impérieusement une chaire dont l'objet soit d'enseigner l'art d'aller à la recherche des vérités anthropologiques de l'ordre métaphysique , un cours de philosophie naturelle conçue d'après l'esprit du Novum
organum, appliquée à la théorie des faits taot abthropiques que psychiques. Ce besoin, ajoute*t-41 avec justesse, est aussi important au moins que celui qui a déterminé l'Autorité à créer des chaires de physique et de chimie organique (1). »
Nous ne saurions trop approuver la pensée de notre collègue. Il n'est personne qui ne comprenne qu'il ne peut y avoir de bonnes études médicales , si préalablement Tesprit des élèves n'y est point préparé par l'étude sérieuse du genre de philosophie qui convient le mieux au génie de la science de l'homme. Cette philosophie est celle qui a sans cesse pour but de diriger l'intelligence vers l'observation des causes premières de tous les phénomènes vitaux et psychiques, de leurs rapports généraux ou de leurs lois.
Le génie de cette philosophie médicale domine depuis très-long-rtemps tous les enseignements de la Faculté de médecine de Montpellier. Les faits et les dogmes qu'une méthode sévère d'expérimentation y a découverts , y sont traditionnels. C'est sous la direction de cette philosophie inductive que chaque professeur y enseigne. Mais, en l'appliquant à chaque spécialité, l'ensemble de ses principes généraux ne saurait y être exactement et complètement enseigné. Cette philosophie souffre quelque-
(1) Foy. Journal de la Société de médecine pratique de Montpellier, juin 181(6, pag. 135.
fois dans sa conception des anomalies , et dans son exposition des lacunes qui en altèrent la constitution , Tensembie et Tunité. Ces variantes entraînent dans Tesprit des élèves une confusion , une incertitude, un défaut de suite, qui ne lui permettent pas de rapprendre dans toute sa pureté et dans toute son étendue.
Ces inconvénients graves, qui portent une atteinte profonde et nuisible à l'instruction et aux progrès de la science , disparaîtraient , si cette philosophie avait un organe pour en exposer le génie, la langue, les règles , les méthodes , les lois et Tensemble des vérités de fait ou des dogmes dont elle se compose.
L'institution de cette chaire , dans le sein de cette Faculté , est un droit qui lui est acquis par l'ancienneté de l'enseignement de cette philosophie , les médecins^illustres qu'elle a créés et les services éminents qu'elle a rendus à la science : c'est une justice qui lui a été rendue par un des plus savants médecins de ce siècle, le docteur Auber. Voici comment il s'exprime dans un ouvrage de philosophie médicale, consacré à l'expodtion des vérités générales et fondamentales de la science , et qui y ^ notre avis , est un des plus beaux et des plus utiles qui ait paru de nos jours, soit par la bonne manière de philosopher, soit par la profondeur et l'étendue des pensées, soit enfin par la finesse du style et la netteté de l'élocution. Ce savant écrivain dit dans ce livre : 0( Si , poussés par une
curiosité bien naturelle, nous voulons remonter jusqu'à Torigine de la philosophie médicale pour en signaler exactement le début , nous verrons promptement qu'il n'y a pas de grands efforts à faire pour en trouver les premières traces dans les œuvres d'Hippocrate , et même dans le livre des Coaques , dû , comme l'indique son nom , à la coopération de plusieurs auteurs ; toutefois , il est juste de dire que c'est dans le sanctuaire de l'Ecole de Montpeliiert par conséquent dans un âge qui touche , en quelque sorte, au nôtre, et sous l'influence de Bordeu et surtout de Barthez , que la philosophie médicale s'est réellement dégagée de la philosophie générale , qu'on peut , à juste titre , considérer comme le code de toutes les philosophies spéciales , et qu'elle est venue se poser en souveraine à la tète de toutes nos connaissances médicales , au sein desquelles elle a soufflé la vie et la raison , sous le nom imposant, mais fidèle, de génie ou d'esprit philosophique. ••• » Plus bas , il ajoute : « Nous proclamons hautement une vérité de fait, et nous signalons à la reconnaissance de tous une Ecole qui a fourni de tout temps des médecins célèbres au reste de l'Europe ; une Ecole , dont le haut enseignement a toujours été cité comme le tjrpe parfait du pur et du beau ; une Ecole , en un mot , dont les moyens , le but et l'esprit ont toujours été les mêmes , quand les habitudes et le langage des autres rappelaient en-
core , comme aujourd'hui , le chaos , Tarche de Noé ou la tour de Babel (1). x>
Cette déclaration du savant médecin de Paris sur la prééminence de la philosophie de notre Ecole , justifie la demande du professeur Lordat sur la création , dans notre Faculté , d'une chaire exclusivement affectée à l'enseignement de cette philosophie , qui est la base fondamentale de notre doctrine. Les avantages que la science et l'humanité en ont retirés jusqu'ici sont une garantie solide de ceux qu'elle promet pour l'avenir. L'institution de cette chaire serait une sorte d'introduction , une préparation efficace à de bonnes études , un moyen sûr de perfectionnement, de progrès, de propagation et de perpétuité de la doctrine qui distingue notre Ecole de toutes les autres (2).
Cette doctrine est le Vitalisme Hippocratique ,
(4) Foy. Traité de philosophie médicale, par T.-C.-E. Auber. Paris 1859, pag. 16.
(2) Le besoin de cette chaire s'est fait sentir, en France, depuis long-temps. Espérons qae, dans ce moment, où, plus que jamais, on médite un projet de perfectionnement d'organisation du corps médical, M. le Minisire (*), dont le génie philosophique s'est montré à un degré si éminent, songera à remplir celte lacune, et à accomplir ainsi les vœux de Tinstruction , de la science et de riiumanité.
{*) M. de Sahandy, Ministre de l'instruction publique.
dont radoption » de plus en plus progressive , est l'expression des tendances de Tépoqoe. Vainement, et de nos jours surtout , on a tenté d'introduire d'autres philosophies dans la science de Thomme ; Texpérience a prouvé l'insuffisance des unes et l'ina-* nité des autres. La doctrine du vitalisme reprend de toutes parts les droits de son antique origine , et fonde sa souveraineté sur les ruines de toutes celles qu'on s'est témérairement efforcé de lui substituer. Née d'une métaphysique puisée dans la nature , ses dogmes sont simples , purs , vrais , et conséquemment immuables ; leur application pratique en est aisée et fructueuse , quelle que soit la partie de la médecine qui la reçoive. Le temps a, d'ailleurs , fourni ses preuves sur la vérité et la fécondité de ses principes. Sa domination a souvent été attaquée , quelquefois même affaiblie , mais jamais effacée. Elle a trouvé dans tous les siècles , dans toutes les Facultés 9 et dans la nôtre surtout, des esprits éminemment sages et philosophiques , qui ont vaillamment combattu pour sa défense et son triomphe. Cette doctrine n'a donc jamais cessé de respirer, et elle a survécu à toutes les autres , parce que la vérité est l'élément de son origine, et l'aliment de ses progrès. C'est à ce noble attribut qu'elle doit le privilège exclusif d'avoir résisté aux violentes secousses qu'elle a eu à souffrir, de la part des révolutions systématiques des siècles qui
se soDt écoulés; d'avoir ramené ceux qui avaient abandonné son culte, et d'avoir toujours été préférée par ceux qui , ayant étudié toutes les doctrines sans prévention , ont eu assez de talent pour la comprendre , assez de droiture de conscience pour Tembrasser , et assez de courage pour en proclamer la prééminence sur toutes celles qu'on a tenté si souvent d'introduire dans l'anthropologie , et auxquelles le prosélytisme semblait faire espérer des succès durables.
La méthode expérimentale , qui a commencé de germer dans la tète d'Hippocrate , que Bacon a développée et érigée en doctrine , et que Barthez a appliquée d'une manière si sublime et si utile à la science des maladies, est l'unique moyen qu'elle invoque pour remplir ses destinées. Cette méthode a pour objet et pour but d'étudier les faits , de les grouper selon leurs ressemblances; d'établir des rapports généraux et particuliers , et d'arriver ainsi à la découverte des états primitifs , qui constituent les éléments morbides , dont l'isolement et la combinaison , opérés selon des affinités réglées par les lois de l'agrégat vivant, offrent le tableau de toutes les maladies simples ou composées dont l'histoire de la clinique nous a donné connaissance. C'est par cette méthode que cette doctrine a rationalisé l'empirisme, et qu'elle a fait, en général, de la médecine une science aussi rigoureusement certaine que toute
autre science , quand on ne fait entrer dans sa constitution métaphysique que ce qui est l'œuvre de l'application d'une raison, renfermée dans de justes limites.
La constatation exacte des affections élémentaires « simples, composées, compliquées et coexistantes; celle des causes qui les préparent , les déterminent et les entretiennent ; la détermination pratique des symptômes graves , dangereux ou urgents ; l'appréciation rigoureuse de l'attitude , du degré d'énergie et du mode d'exercice de la force médicatrice ; celle enfin des modifications spéciales que les conditions individuelles et générales impriment aux maladies , offrent l'ensemble des circonstances que cette méthode a pour but. L'établissement de ces circonstances suffit à la thérapeutique , parce qu'il lui suffit de connaître les faits qui sont les sujets principaux d'indication.
Notre philosophie a établi et posé formellement en principe , qu'il n'était pas nécessaire d'aller audelà de ces termes. Par la méthode expérimentale qu'elle emploie, elle éloigne toutes les hypothèses qui pourraient adultérer la pureté de son génie , aventurer son existence et ralentir ses^ progrès. Elle ne veut pas chercher à pénétrer la nature ou l'essrace des éléments morbides , puisque le fait immédiat de ses investigations expérimentales suffit aux besoins de l'art. Que peut-on , en effet , désirer de
plus que la détermination immédiate des divers états qui fournissent les sujets d'indication ? Vouloir pénétrer plus avant , ce serait exposer la raison à errer dans le dédale inextricable ou perfide des causes finales. Et d'ailleurs , fut-il même en notre pouvoir , autant que cela Test peu , de dépasser les limites sases posées par une philosophie légitime 9 les notions même démontrables que Ton acquerrait ne changeraient en rien un fait de conscience 9 et ne le rendraient pas plus évident et plus utile qu'il ne l'est. L'entendement de l'homme doit donc s'arrêter au terme abstrait d'une [induction immédiate. La raison suprême seule peut aller plus loin : Nosce te ipsum.
Ainsi donc , constater des lois générales ou les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses 9 déterminer l'existence de ces choses ou des faits primitifs , sont les deux objets principaux que notre doctrine se propose , et elle y parvient par la méthode de vérificcUion scientifique. C'est de ce sujet que nous devons vous entretenir aujourd'hui.
Nous avons pensé qu'un enseignement sur cette matière , qui est la clef de notre doctrine , serait profitable à l'instruction de ceux qui l'ignorent ou qui l'ont mal étudiée. Il leur fera comprendre les vérités qu'elle professe, disposera favorablement leur esprit à la confiance qu'elle mérite , les attachera sincèrement à son étude , et leur rendra plus
facile la conception du génie de la Thérapeutique , qui doit faire , cette année, le sujet de notre cours.
Nous procéderons à ce premier enseignement dans Tordre suivant.
Nous exposerons d'abord des généralités sur la méthode de vérification scientifique. — Nous montrerons qu'elle a pour objet l'étude des rapports qui existent entre les phénomènes observés, et pour but, d'en apprécier la valeur pour remonter à leur origine ou aux faits initiaux , dont la constatation abstraite est le terme de nos investigations.
Nous ferons connaître le génie de la méthode de vérification dans les deux modes qui la constituent , savoir : le mode analytique et le mode synthétique.
— Nous nous livrerons à l'exercice de ces deux modes dans les sciences en général , et dans la médecine en particulier. — Nous montrerons quels sont les procédés logiques ou instruments intellectuels qu'elle met, en général, à contribution pour atteindre le but qu'elle se propose. — Nous vous ferons voir comment elle est utilisée par notre doctrine , dans son application à la thérapeutique.
— Nous parlerons des avantages qu'elle en retire , du vice des reproches que le philosophisme adresse à notre doctrine , et nous prouverons que c'est méconnaître les droits de la raison que de taxer d'hypothèse son caractère métaphysique.
Les leçons suivantes seront consacrées à T étude
de la Thérapeutique géniérale. Hais , ayant de nous livrer à cette étude , nous exposerons la doctrine du Vitalisme, telle qu'il nous parait qu'elle doit être comprise , pour répandre un jour utile sur les actes de Tagrégat vivant qu'il est possible à Tintelligence humaine de pénétrer, et pour la dégager de toutes les exagérations qui prêtent des armes à Tesprit de ses détracteurs ou des philosophisles. — Nous prouverons que cette doctrine , dont les premières idées philosophiques remontent à Hippocrate , a été rétablie et perfectionnée dans cette Ecole par le génie immortel deBarlhez ; qu'elle n'a jamais cessé depuis d'être l'objet des méditations des médecins de cette Faculté y qui l'ont élaborée et modifiée pour la mettre en harmonie avec les progrès de la science , et qui l'ont ainsi portée à un haut degré de perfectionnement. — Nous prouverons aussi que cette doctrine , rigoureusement examinée et impartialement j âgée, se montre incomparablement celle qui embrasse la science de l'homme , au point de vue le plus vaste et le plus fécond en applications pratiques. — Nous exposerons les travaux de Barthez, de Lordat , de Dumas , de Bérard , de Caizergues et d'autres professeurs de cette Ecole. Nous signalerons les analogies et les différences qu'il y a entre ces travaux , dans la marche philosophique que ces médecins ont suivie , relativement à l'application de la méthode de vérification scientifique à la science de
rhomme. — Noas émettrons notre opinion sur cette doctrine, et nous montrerons comment il nous semble qu'elle doit être modifiée , pour en rendre les applications pratiques plus directes , plus exactes et plus fécondes.
Nous nous occuperons ensuite de l'application de l'analyse et de la synthèse à la médecine clinique.
— Nous passerons de là à l'étude des indications.
— Nous exposerons la doctrine des méthodes thérapeutiques générales et spéciales , ou de la métho-^ dologie thérapeutique proprement dite. — Nous terminerons ce cours par l'histoire des médications.
Tel est , Messieurs , le programme général de ce cours. Cette exposition fidèle et rapide sulfit pour TOUS faire pressentir la haute importance des divers sujets qui doivent nous occuper. Ce cours vous présentera l'ensemble de la doctrine du Vitalisme Hippocratique , dont l'Ecole de Montpellier s'est constituée l'organe de la régénération , et celui de la doctrine , ou mieux de la méthode élémentaire clinique , dont la connaissance est si précieuse pour vous préserver, à tout jamais , des inconvénients inséparables des doctrines incomplètes ou fausses , dont l'application à la science des maladies conduit à une pratique aventureuse , vacillante , téméraire , empirique ou routinière.
Les obligations que notre mission nous impose sont immenses. Elles exigent tout ce que la philo-
Sophie a de plus relevé et de plus positif , et toat ce que Texpérience a attesté de plus yrai et de plus utile dans la clinique médicale. Nous ne saurions nous dissimuler que , pour nous placer dignement à la hauteur des divers sujets qui composent le programme de notre enseignement , nous avons de grands obstacles à vaincre ; mais nous sentons aussi que si , pour en triompher, il ne nous faut être aniiné que du plus généreux dévouement , les efforts de notre zèle ne se plaindront jamais que de trop d'impuissance.
Voué tout entier aux soins qu'exige votre vie intellectuelle , il n'est pas de sacrifice dont notre cœur paternel ne nous rende capable pour la cultiver, la développer et T accroître. Mais nos labeurs isolés ne sauraient suffire pour atteindre ce but. Votre application doit marcher à l'égal de notre zèle. Ce n'est que par ce concert de travail et d'efforts que vous parviendrez à ce haut degré d'instruction^ qui , vous rendant utiles à la science et à l'humanité , vous promet le plus bel avenir ; car, comme l'a dit M. Cormenin (1) , l'avenir est désormais à ceux qm travailleront le plus utilement , non pour eux-mêmes, mais pour les peuples ; qui se dévoueront à l'accomplissement de cette mission ingrate, mais sainte; qui y songeront la nuit, qui y songeront le jour.
(1) Voy. Lettre aux Electeurs de la Sarthe.
qui voudront faire marcher du même et inséparable pas le progrès social et le progrès politique , et qui , sur toutes les routes humanitaires , se feront précéder de l'instruction pour arriver à la liberté.
A ces réflexions philanthropiques , nous devons ajouter que , dans cette œuvre de dévouement , l'avenir ne sera glorieux que pour ceux qui auront concouru à amener une liberté éclairée et morale , la seule qui puisse assurer Tordre et la paix si nécessaires aux progrès des sciences et au bonheur de la société.
Instruction et morale publique sont deux «Conditions souveraines , sans lesquelles la liberté serait un fléau pour la société. Ces conditions doivent dominer toutes les institutions humanitaires : elles sont une garantie de la loi de Tordre, indispensable aux progrès de la civilisation. Les avantages de cette loi, éclairée par les lumières de la liberté morale, vous ont été naguère irrévocablement démontrés par M. Théry, dans un discours fort de pensées , de sentiments, de goût et de philosophie. Il u*y a de vraie liberté , a dit ce savant orateur, que sous la loi de l'ordre , ni d'ordre solide que sous la réserve de la liberté (i).
(1) Foy. Discours prononcé à la séance solennelle du 40 novembre 18^5, pour la rentrée des Facultés de médecine, des sciences et des lettres, et de l*Ëcole de pharmacie, par U. Théry, recteur de l'Académie, officier de la Légion d'Honneur.