VI PRÉFACE
sans âge, sans couleur locale, vraiment humaine, disait-on. Le dix-huitième siècle, si avide de nouveautés, a eu, dans sa dernière moitié, de ces illusions : on a ambitionné, on a tenté de ressusciter chez nous Athènes, Sparte, Rome. Dangereuse chimère. C'est méconnaître à la fois le passé et le présent que de prétendre refaire le présent à l'image du passé. C'est les fausser Fun et l'autre; et comme une pareille idée n'est possible que parce que Fou ne comprend pas bien les anciens, il faut dire aussi que pour ajuster la société contemporaine à ce patron antique tel quel, on la dénature, on la violente, et les essais d'application, quand il y en a, ne sont pas seulement ridicules et insensés : il s'est fait des tentatives odieuses et criminelles.
Nous n'avons plus aujourd'hui ni ces innocentes manies ni ces farouches délires. Nous ne rendons plus de culte aux Grecs ni aux Romains. Ils sont bien morts pour nous. Nous nous savons si bien autres dans nos goûts, dans nos vues, dans toute notre vie. Certes depuis que le christianisme et le lent travail des siècles ont formé et développé un ordre véritablement nouveau, d'autres époques, avant la nôtre, ont eu une physionomie parfaitement
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ilistiiicte; et avec combien de gTaiideiir et d'éclat daus roriginalité î Mais nous, grâce à cet esprit «l'analyse qui est un des caractères propres de ce temps, nous notons, nous comptons toutes les différences qui séparent les modernes des anciens. Par exemple, la religion, devenue affaire d àme avant tout, et en même temps ayant des dogmes arrêtés et une organisation propre, voilà, dans ce domaine si important, une liberté et une vie, et puis une consistance, et une puissance de gouvernement que l'antiquité n'a jamais connues ni conçues ni même soupçonnées. Autre aussi est pour nous la notion de l'État , plus vaste, plus compliqué, avec des ressorts plus délicats à certains égards, mais d'ailleurs n'ayant plus cette omnipotence, j'allais dire cette divinité que la Grèce ou Rome lui attribuait. Ajoutons que la science, conquérante en même temps que contemplative, donne à l'homme moderne des spectacles qui eussent ravi d'admiration les vieux. philosophes, etprt»duit des effets où ils eussent été tentés de voir Fœuvre de je ne sais quels Titans, mieux avisés et plus heureux que ceux de la fable. C'est une banalité maintenant que de dire combien le monde a changé et combien nous savons qu'il