VIII PRÉFACE
a changé. L'étrange, c'est <jiie la curiosité de connaître cette antiquité si difierente de nous jiersiste et semble s'accroître. On a beau dire quelquefois :
Qui nous délivrera des Grecs et des Romains?
On a beau se plaindre du temps que la jeunesse passe à les étudier, et parler d'eux sans respect en regimliant contre l'usage qui les rend vénérables. Jamais peut-être ils ne furent plus étudiés. Si le culte a disparu, peutêtre, l'antiquité est devenue objet de science, et le nombre de ses admirateurs n'a pas diminué.
Le contraste entre ces temps passés et le nôtre nous plaît. L'histoire, aidée par l'archéologie, ressuscite à sa manière ce qui n'est plus. Nous ne demandons pas à une malencontreuse imitation de faire revivre dans le présent les époques disparues, mais nous voulons les voir telles qu'elles furent, et pour cela nous tâchons d'en évoquer l'image toute vive, et de nous les rendre présentes par l'exactitude et la fidélité du dessin, par l'éclat et la magie de la couleur. Est-ce donc que la belle jeunesse de la Grèce antique charme et console un monde vieilli? Ce qui est certain, c'est que nous fouil-
PUÉFACK. IX
Ions avec une avidité ardente dans les entrailles de l'histoire afin de les retronver, ces anciens, de les refaire, et de les contempler en action, en mouvement, vivants, avec leurs coutumes et leurs mœurs, avec leurs institutions, avec leurs sentiments mêmes et leurs idées : car c'est jusqu'à l'esprit, jusqu'à l'âme que nous voulons pénétj'er. Le désir de voir en quelque sorte de nos yeux des types d'une parfaite vérité historique, nous jette aujourd'hui dans une étude qu'inspirait jadis le désir de trouver des guides et des modèles; et, tandis qu'alors se proposant de ressemhler à l'antiquité, on la rapprochait de soi, maintenant nous considérons surtout ce qui la distingue de nous, et nous la tenons dans le lointain historique qu'elle ne peut quitter sans s'altérer; mais c'est avec la même passion que l'étude se fait, et, aujourd'hui comme hier, l'enchantement est le même.
C'est qu'ici les figures retracées devant nous avec une entière vérité n.'ont pas seulement une originalité saisissante : elles sont belles, et, si particulières qu'elles paraissent quand elles redeviennent vivantes grâce à la science et à l'art de l'histoire, elles plaisent encore à la raison par ce que j'appellerai leur vérité