La Morale, Paris, IST'i
XVI PREFACK.
<|ue je renvoie toujours. Javais songé à ajouter à l'indication îles chapitres et des paragraplies celle des pages de la grande édition de Berlin, mais, les citations de VEthique à Nicomaqiœ étant fort nombreuses et presque continuelles, j'ai craint que tous ces chiffres ne finissent par lasser et par embrouiller, et comme après tout la division en chapitres et en paragraphes adoptée par M. Grant et par les autres éditeurs anglais est assez commune, qu'elle est suivie dans Tauchnitz, et ([ue la savante édition classique de Susemihl dans la Bibliotheca l'ciibnerlinui la mentionne à toutes les pages, je crois que mes renvois jjermettront au lecteur de retrouver sans peine les textes que je cite. Pour la Mm-ah n Eu- (Uine, je me suis servi de l'édition spéciale de Fristzche : elle donne, outre la division ordinaire, la pagination de l'édition de Berlin, et je reproduis l'une et l'autre. Pour la Politiqup, je conserve la division en chapitres et en paragraphes adoptée par Tauchnitz et suivie dans la traduction de Thurot. et j'y ajoute la pagination de l'édition de Berhn indiquée par M. Bichard Congre ve dans sa remarquable édition spéciale. Enfin pour tous les autres écrits d'Aristote, j'ai de même donné une
PRÉFACE. xvu
double indication, celle des chapitres et des paragraphes d'après les éditions classiques et populaires de ïauchnitz, celle des pages de l'édition de Berlin, ce qni permet de se retrou- A'er non seulement dans cette édition maîtresse d'Aristote, et dans l'admirable Indcj- AristoicIivKs^ de Bonitz. nuiis aussi dans la plupart des travaux spéciaux ([ui ont été entrepris depuis qu'elle a paru, car presque partout cette pagination est reproduite. L'utilité de ces détails techniques se voit aisément. Aristote, dans ce livre, paraît à cha(|ue page : il importe ([ue les lecteurs, quelle (pie soit l'édition dont ils usent, édition générale ou spéciale, savante ou po]»ulaire. sachent comment retrouver le grand philosophe dans ses propres écrits et contrôlent facilement l'exposition et \ix critique de sa Morale.
On trouve dans les écrits d'Aristote trois Morales. La première est connue sous le nom de Morale à Nicomaque., la seconde est appelée Morale à Eudème, la troisième Grande Morale. Cela est fait pour surprendre. Mais si l'on examine l'ensemble des ouvrages d'Aristote, on remarque deux choses : d'abord chacun de ses grands traités, formant ce qu'il nomme une Tpxyu.xrtiy., semble n'avoir été définitivement composé qu'après plusieurs ébauches, ou, pour mieux dire, plusieurs essais, et le traité définitif garde les traces de ce procédé de composition : on y trouve des répétitions, les mêmes questions reprises à des points de vue un peu différents, des additions, des sortes de corrections, parfois presque des contradictions. Il y a quelque analogie entre cette façon de faire et celle de Leibniz, avec cette différence que Leibniz n'a présenté sa pensée sous
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une forme systématique que dans deux résumés fort courts, la Monadologie et les Princijjes de la nature et de la grâce. En second lieu, on peut affirmer que souvent nous avons moins un traité écrit par Aristote lui-même qu'une rédaction de ses cours ou une revision de ses notes faite par ses disciples. Ainsi s'explique la présence, dans la liste de ses œuvres, de plusieurs écrits sur un même sujet.
Cela posé, quelle est la valeur respective des différentes éditions, pour ainsi dire, de la doctrine du maître? Et, pour ne parler que àe. Y Ethique. (\\jlÛ discernement y a-t-il à faire entre ces trois Morales qui s'offrent à nous sous le nom d'Aristote? Est-il permis de puiser indistinctement dans les trois cjuand on veut esquisser et apprécier la doctrine morale de l'auteur de la Physique et de la Métaphysique?
Pour répondre à cette question, il faut examiner de près ces trois œuvres, et alors on trouve que non seulement elles ne méritent point toutes trois la même considération, mais que les différences entre elles sont plus profondes qu'on ne le supposerait à première vue : ce ne sont pas seulement des rédactions un peu différentes d'un même traité, ce ne sont pas non plus les étapes successives d'une même pensée. Les travaux remarquables entrepris surtout dans ces derniers temps sur les Morales d'Aristote et la comparaison que nous en avons faite nous-même nous permettent d'établir les trois points que voici :
1° La Morale à Nicomaqiie^ ou pour mieux dire, la
Morale de Niconidque^ 'HStxà ^v/.ou.y.yj.iy.^ ainsi iioinniéc parce qu'elle a dû être publiée, après la mort d'Aristote, par son fils Nicomaque, est une T.oy.yu.à.-zia complète, un traité régulier, œuvre d'Aristote lui-même, supposant d'ailleurs des essais successifs réunis dans un même dessein, sur un plan d'ensemble, mais sans que les soudures entre les diverses parties aient toujours été faites avec le soin qu'y mettrait un écrivain moderne ;
2" La Morale à Eudème, ou, pour traduire plus exactement le titre grec, la Morale d'Eudème, 'H0r/.à Eùo/;uzioi ou Eù'î/îy.ta, est l'œuvre d'un disciple, sans doute d'Eudème de Rhodes dont le nom sert à la désigner : c'est quelque chose d'analogue à ces rédactions que les disciples faisaient des leçons du maître, mais il y a quelque chose de plus, car le disciple paraît ici se servir des leçons entendues plutôt que les reproduire purement et simplement, et l'on sent partout le dessein de composer un traité nouveau ayant quelque originalité ;
3° La Grande Morale, 'UOi/.à. u.zyxlà, est la moins importante de ces trois Morales;^ et elle semble bien n'être qu'un extrait des deux premières, une sorte de résumé anonyme, mais avec certains caractères qui semblent déceler une époque un peu postérieure à Aristote.
La Morale à 'Slconiaque et la Morale à Eudème, ou autrement dit les Ethica Xicomachea et les Ethica Eudemia, ont trois livres communs : les livres V, VI et VII des Nlcomachea et les livres IV, V et VI des Eudemia sont tout à fait pareils. D'où vient cela? Est-ce
4 INTI'.ODUCTION.
Eudème, qui, ayant refait à sa manière Treinre d'Aristote, s'est borné, dans ces trois livres, à la reproduire textuellement? Ou bien, ces trois livres sont-ils d'Eudème, et est-ce un éditeur d'Aristote qui les a pris aux Eudemia pour combler une lacune des Nicomachea? Ici les conjectures abondent, et l'on n'ose prendre un parti décisif. Cependant l'examen de ces trois livres ne semble pas autoriser k les enlever à Aristote', et, s'ils ne sont pas textuellement de lui, on l'y retrouve tellement présent, c'est si bien sa pensée qui s'y montre, et ses habitudes de style même y sont si fidèlement conservées, qu'ayant affaire à un disciple si près du maître, on peut sans scrupule le citer comme s'il était le maître même -.
Il n'en est pas ainsi des autres livres des Eudemia. Bien des différences distinguent cette œuvre de celles qui appartiennent incontestablement à Aristote. L'auteur suit pas à pas la Morale à Nicomaque, mais avec l'intention de la corriger, de la compléter, de la perfectionner. Ou croit sentir presque partout un disciple qui n'est point un esprit vulgaire, très épris de la doctrine d'Aristote, mais désireux de l'accommoder à son propre tempérament intellectuel, à ses
1. On peut même assurer que le livre V, sur la Justice, est d'Aristote : les citations ou allusions contenues dans la rolitique s'y rapportent très bien. Voir notamment Polit., III, vu, 1. Aoy-sï 5è Tâuiv îsov x: xô Sixaiov elvai, y.3.1 [xiyp: vi t'.vo; ôaGAoyoC/î'. to;; y.aTi '^'.Aoro'^tav a&vo:;, sv oI; o'.tAp'.fffai Tîpl TÛv ■rfi:y.b>w •:'. yio v.3.\ t:;: to c:y.2:ov. y.a'. ôîiv -o"; V-O'.; l'sov ïlvaî sas:.
2. Peut-ctre f.uit-il faire cxcoidion pour les derniers clKi|iiti-es du livre VII.
propres vues, à ses propres sentiments. Sans m'arrêter ici à tous les détails, comme il conviendrait de le faire dans une édition critique des J/o;'«/£?.s', je signalerai deux points qui attirent entre tous l'attention. Eiidème ou l'auteur des Eudcmia a, plus qu'Aristote, le sentiment que je nommerai proprement moral, il est aussi plus religieux. Certes, Aristote insiste sur le caractère pratique de la morale : là, dit-il, le but n'est pas la connaissance, c'est l'action ^ Toutefois la moralité proprement dite le touche moins peut-être qu'elle ne touche Eudème : de V Ethique il tourne volontiers les regards vers la Politique^ science supérieure, à ses yeux; Eudème, tout en répétant la même chose, demeure plus attaché à Y Ethique. Aristote, au-dessus de la vie pratique, place la vie contemplative : Eudème, qui ici encore répète la même chose, ne parle pourtant <[ue fort peu de la contemplation. Ce sont les choses proprement morales qui paraissent avoir ses préférences. Cette préoccupation se montre encore dans l'insistance, dans la complaisance, peut-on dire, avec laquelle il reprend après Aristote et développe l'étude de la volonté et du libre arbitre'. En revanche, Jes formules qu'il emprunte à Aristote semblent perdre, chez lui, quelque chose" de leur signification métaphysique \ On dirait qu'elles n'ont plus la même profondeur ni la même étendue. Celui qui les emploie
1. Elh. .V(C., I, m, G. E-îLor, 10 TcÀOî ijtlv où y'/iLï:;, àXÀà -p5;iî. •1. Etli. End., IJ, vi-xi. Comparer avec la Morale ù Nkomaque, 111, i-v. 3. Par exemple, le mot jvip-'îia. Voir I, viii, 17-19; 1, i, 2-9.
C INTlïODLCTlON.
se soucie moins de la philosophie générale que de XÈthique. Sa morale n'est pas aussi étroitement en relation avec de grandes conceptions d'ensemble, avec un système de métaphysique ou de physique. Moraliste avant tout, et littérateur % esprit élevé, délicat, très judicieux, très réservé aussi, il reproduit les formules du maître sans en avoir toujours, ce semble, la pleine intelligence, ou plutôt, il les entend sans doute fort bien, mais il en use sans avoir le goût de les creuser, sans avoir le dessein d'y chercher comme les racines de toutes ses idées. Il aime mieux ajouter aux analyses morales d'Aristote quelques détails, retoucher certaines définitions, revenir sur certaines distinctions, enfin modifier quelque peu, et toujours dans un sens plus proprement et plus décidément moral, la doctrine reçue. C'est un interprète qui pense à sa manière ce qu'il expose et explique, et sa manière de penser est toute morale. C'est aussi un esprit plus religieux. Aristote a de très hautes vues de métaphysiqne religieuse, il n'a pas de piété, et sa philosophie, en ôtant, du moins selon toute apparence, la connaissance du monde à Dieu, exclut tous les sentiments que fait naître la pensée de la Providence : la gratitude, la confiance, l'invocation sont supprimées. Dans un passage du livre X de la Morale à Xicomaque- , il dit que le sage doit être de
1. Conip.iier notamment la rJébnt de lœuvre avec ceux des traités d'Aristote.
2. E//(. -V/c, X, VIII, 13. '0 Zi 7.272 voijv èvsoywv, y.al to'jtov BspaTîûojv, 2'. v.2/.îl;aîvo; à'p'.îT2 y.2'. Oîo-;'./.f7T2To; 3 0'.7. îv îlva:- s". "'2 0 Ti; t~:\}.i-
l.NTltODL'CTlON. 7
tous les hommes le plus aimé de Dieu, Qss'-jù.i'j-x-:::, car si les dieux ont quelque soin des choses humaines, comme il le semble, il est raisonnable qu'ils voient a\ec plaisir ce qui est le meilleur et qui a le plus de parenté avec eux, à savoir Tesprit, rintelligence, le v:î.ç, et qu'à ceux qui l'aiment et l'honorent le plus, ils fassent du bien, reconnaissant en quelque sorte le soin que ces hommes prennent de ce qui est cher aux dieux, et leur sachant gré de cette droite et belle manière d'agir. Mais il faut bien entendre ce passage. Ce n'est point ce qui lui semble à lui, Aristote, que le mot grec (îcx.ît exprime. Si Aristote eût voulu indiquer que l'opinion en question lui paraît à lui-même une conjecture probable, il eût dit : 6);ïciy.î; s'il eût \oulu designer une apparence naturelle et comme une sorte d'évidence, non pas démonstrative ou proprement rationnelle, mais très engageante, et même décisive, à peu près à la façon d'un fait visible encore que non expliqué, il eût dit : 6); '■sy.bz-xi ; mais il dit : m; d:y.ii\ C'est l'opinion d'autrui qu'il rappelle,
Aî:a TÔJv àvOpojzivwv û-6 Oîwv '■■.■n-:z:. Ci7-zp oo •/.£;, 7.al cl'r, av î'j aoyov /aîpîiv Te aÙTOù; xw àpiaro) xa: tw o''jyy£V£3'îXTw (toûto o' âv ïlt, ô voû;), •/.ai TO'Jî àya—ôJVTa? [xi'k'.s'zx toOto xsl T'.;jLwvTaî dtvTî'jzotîTv, w; TÔJv 'j!)>o)v aÙTotî £-C|j.ï/vO'j;j.svo'Jî, -/.al ôp6Ô); te y.at xaXwî -paTTOVTaî' oti 2; ■zxCiX-x — âvTa T(ô so'fo) ;jLâ)v'.3-a ÙTzipyj:, oJz ûtÔT,Aov 6c03'.)>£7TaTo; àpa* TÔv aÙTÔv S'î". •/. 6; '/.al sùoa'.aovisTaTov, ô')"tî y.a". ouTto; îl'r, o to-o; aa- À'.tt' s'JSaîawv.
1. Il importe de justifier par (luelqtic? exemples ces distinctions. Les trois mots en question, «aîvsTai, £0'.-/£, ooxsî, reviennent pour ainsi dire ii chaque instant dans Aristote. «taiveTat exprime partout une manière de voir, un jugement fondé sur des apparences qui ont la clarté et comme l'autorité d'un fait, de telle sorte qu'elles s'imposent à tout le monde. C'est une chose ipii apparaît, qui saute aux yeux. On traduirait bien par ces mots français :
s INTRODUCTION.
ainsi qu'on le remarque en tant d'endroits où il se sert du même mot; ici, c'est une allusion à l'opi-
0)1 loit que..., ou il eut visible que... Voici quelques exemples. Elh. yic, I, VIII, i 3. «taîvïTai 5' oaw; xal tûv Êy.To; icYaOôjv T:o&50£oaîVT, (f, EÙôaiiiovîa), y.a9izcp cT-oij-ev. Que le bonheur ait besoin des biens extérieurs, cela est visible : une plus profonde étude apprend qu'il ne consiste pas essentiellement en cela, mais il ne saurait se passer de cela; on voit cela par une simple vue jetée sur les choses. — I, i, 2. Aiasopi Se ti; saivcra; -rôJv TEAwv. Que parmi les fins qu'on peut se proposer, il y ait des différences ii faire, cela se voit tout de suite, cela apparaît de prime abord. — III, ii, 16. Tî ouv T, TTOÎôv TÎ £!7Ttv, ÈTî'.Sf, T(Lv elpï,|j.£V(i)v o'JSÉv èoT'.v; iy.oûj'.ov iiàv St, saîvîTa:, tq ô' éxoô-wv o'j -âv T&oa'.peTÔv. Qu'est-ce donc que la libre détermination (-poaîpsr.;), quelle eu est précisément la nature, puisqu'elle n'est rien de tout ce qu'on vient de dire? On voit bien qu'elle est quelque chose de volontaire, mais tout ce qui est volontaire n'est pas libre. — Voir encore Elh. Nie, VIII, ix, 4; VIII, xiv. 3; X, ix; 18, 20; et Mit., 1, III, 18. 19; II, VI, 18. — "Eoixc n'exprime plus cette sorte d'évidence de fait (justifiée d'ailleurs ou non par la raison, mais atant toujours au moins une valeur provisoire); èo-.xî marque la vraisemblance, la probabilité : l'apparence ici, c'est ce qui s'offre à l'esprit comme une conjecture ou conclusion raisonnable (du moins, dans telle ou telle supposition, comme dans le passage en question, 6co-f.AÉ5T:aTo; ïo:/.zw..., etc.) : on pourrait traduire en français par ces mots : il semble bien que..., ou 27 y a lieu de jteiiser que... ou on jieut conjecturer que... Ce ne sont que des vraisemblances, mais des vraisemblances qui ont du prix aux yeux de l'auteur, et il les prend à son compte. Voir Elh. Nie. III, ii, 9. "Oaw; yàp loixcv •f, Tpoa(pc5i; -cpl Ta s»' t,;jlïv sTvai. Il semble bien que la libre détermination est chose qui dépend de nous : cela ressort de l'analyse des faits; il est naturel de juger ainsi : c'est une conclusion raisonnable. Voir encore I, VIII, 17; VIII, xiv, a; et folit., II, vu, 1; III, ii, 11; III, viii, 7. Ce dernier passage est fort curieux. Aristote y parle de l'homme qui a une vertu tellement supéiieure qu'il ne peut être soumis à personne : lui donner un maître, ce serait presque vouloir commander à Jupiter. Il ne reste donc, conclut Aristote, qu'un seul parti à prendre, et cela conformément aux indications de la nature, c'est que tous obéissent de bon cœur ii un tel homme, en sorte que ces personnages extraordinaires soient comme des rois perpétuels dans les cités. Aîi-cTa-. Toîvjv, o-c p Ëoiy-s TZ'fjxsvai, TTEÎÔsaOai Tôj TOioÔTfo TrâvTaî àsasvwç, tosre pastî^éa; cTvai toùç toioûtou; à'ioîoui; Èv TaT; TTùAES'.v. — Aoy-ôT est le terme générique qui exprime l'opinion : c'est ce qu'où pense, ce qu'on croit, ce qu'on juge, ce qu'où admet. Il y a certainement des cas où l'opinion ainsi indiquée peut bien être celle d'Aristoie, mais même alors c'est à peine s'il prend parti : l'opinion signalée le laisse comme indifférent. S'il voulait marquer qu'il la juge raisonnable, probable.
nioii vulgaire, ou peut-être est-ce plus précisément une allusion à Platon. Admettant par hypothèse la conception platonicienne d'une Providence , il dit qu'en ce cas ce n'est pas l'homme juste, comme le veut Platon dans sa République^ mais c'est bien plutôt le sage parvenu à la vie contemplative qui doit mériter l'amour des dieux-. Caria divinité est avant tout intelligence et pensée, et c'est par la pensée surtout que l'homme lui ressemble. Tel est le sens de ce passage, le seul de la Morale d'Aristote, où il paraisse y avoir quelque chose de proprement religieux'. Ailleurs on ne trouve que des comparaisons empruntées aux traditions communes sur les dieux, ou bien des vues toutes métaphysiques, sereines, mais froides.
yutorisée, il emploierait [ilutùt la forme ôôçî:;v av, forme dubitative qui précisément substituerait à une opinion en quelque sorte impersonnelle les préférences d'Aristote : il se montrerait par là incliné vers l'opinion en question. En disant qu'on pourrait penser que..., il ferait entendre que luimême est porté à penser que... Les exemples abondent : il n'y a rien de particulier à citer. Revenons àooxsï: il semble que...; est-ce à Aristote ou aux autres? Souvent peu importe. Il semble à tout le monde, voilà très souvent le sens. Par suite, il semble au vulgaire, aux esprits superficiels ou aux sophistes. Alors vjv.z'. est le mot propre. Aristote ne mettrait point è'oixe. H se sépare lui-même de l'opinion qu'il rapporte. Voir par exemple Etii. Sic, I, m, 2 (xi oâ -/lAi xal -zz ci/aia TosajTT.v ïyv. S:a'fopàv y.al T/.ivr.v (offte ooxsïv vô|j.w |j.ôvov £Îva'., ■■iùsî'. oâ ;i'r,); I, X, 3 (oo7.£: \'ip slvai, -z: TiT) TîôVcôJT'. -/.al y.aviàv 7.a'. àyaOôv..,).