‹ Essai sur la morale d'AristoteChapitre 79 sur 128 · Voir, par exemple, Elh. Nie, I, viii · texte numérisé non relu

Voir, par exemple, Elh. Nie, I, viii

par soi, l'homme peut l'être par une acquisition qui dépend de lui en quelque façon, et il y a quelques instants au moins où il atteint cette félicité qui en Dieu est continue. Ainsi la distinction demeure entre l'humain et le divine et pourtant un rapprochement s'opère, et il vient un moment où l'homme, sans cesser d'être homme, est presque divinisé. La félicité suprême pour l'homme a la plus étroite parenté avec la félicité divine '.

Déjà tout ce qui est instinct et qui, à ce titre, conduit l'être à sa fin, est chose divine, -âvra c-J7ct v/ii n Oiicv'\ L'homme, qui est maître de soi et de sa conduite par sa raison et sa libre volonté, doit beaucoup aussi à la divine influence qui soutient en quelque sorte sa nature '\ Et puis, ce qu'il acquiert par ses efforts raisonnables, par son art, par sa vertu, c'est quelque chose qui mérite d'être appelé divin; et pourquoi? C'est que dans cette beauté il y a un reflet de l'intelligence ; tout ce cjui est raisonvient d'une certaine manière de la sagessepratique, mais celle-ci s'explique par l'intelligence ^ ; l'intehigence

1. Aiistole l'exprime fortement en plus d'un endroit de la iVc/ap/ii/sù/i/e, de VÉthique,ûeh Volitique. Voici un texte d'Eudème, très concis, mais d'un tour qui ne semble pas aristotélicien, quoique l'idée soit conforme à la doctrine d'Aristote. VII, XII, 1245b 17. AÏTiov (la cause de la supériorité de Dieu) S' OTt TiU-Tv tô eu -/aO' é'xepov, èxsivy Sa aûxô; aCroû tô zlt £cjt(v.

2. Eth. Nie, X, viii, 7. "Qisxs f, toû ôeoû svspYîix ;xaxap'.ÔTT,Ti S'.a»î'pouffa 0£wpT,TiXT, àv eTt, •y.al TÛ)V àvOpoiTTivoJV or, f,Ta'jTr, au v-rj ve stxtt,, êJôa'.ixûvtxwxixT,.

3. Eth. Nie, VII, XIII, 6. — Comparer De Gen. An., III, x, 27 : ej'ov -z: (è'/îi) zb yévoî xô xôiv [j.s'/vixxwv.

4. Eth. Nie, I, IX, 1-G; X, ix, 6. (Tô ;j.èv o-jv xi,; -fjsswî ôv.ov ôj? oùv. io T.aTv ÙTzipyzi, iWx ôii xiva? Oetaç aixiaî xoî? oj; à/.T,Cù); c'Jx'j/e'siv 6j:âp/et). — Comparer Eth. Emkm., VU, xiv.

5. Eth. Nie, X, IX, 12. ... >>ôyoç wv à-ô xivo; çpovr.seioî xai voû. Texte cité et commenté plus haut à propos de la loi, p. 111.

est le principe de tout. Or l'intelligence est chose essentiellement divine ' ; ce qui émane d'elle a donc aussi une beauté divine, et plus ces œuvres où l'intelligence s'exprime sont hautes et excellentes, plus elles sont divines ^, L'homme règle sa vie pour la rendre belle, et c'est comme une traduction de l'intelligence dans un ordre de choses inférieur. 11 règle la cité pour y maintenir une belle harmonie, et cet emploi plus relevé encore de la raison a quelque chose de commun avec l'organisation de l'univers. Il cherche, quand il est bien avisé, la perfection et le bonheur de l'État, non dans la guerre seule, mais dans les féconds loisirs de la paix, et c'est une aspiration vers cette activité de l'intelligence qui ne sort pas de soi et n'en est que plus belle et plus heureuse ^

Ainsi l'homme s'avance comme par degrés vers le terme suprême, à mesure que s'affermit sa raison, à mesure que se développent ses facultés'', à mesure que la culture lui donne une notion nette et exacte de sa nature vraie, de sa fin, de sa perfection. Et parfois il arrive au terme môme, et, s'il ne peut s'y maintenir toujours, il y peut demeurer quelque temps. La divinité ne connaît point ces progrès. Elle n'a pas à s'acheminer

1. Metaph., XII (A), vu, 1072 b 93. Eth. Nie, X, viii, 7. — be Part. An., IV, X, 8.

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