‹ Essai sur la morale d'AristoteChapitre 9 sur 128 · YAh. Enil., Vil, X · texte numérisé non relu

YAh. Enil., Vil, X

2. Etk. EiuL, vu, X, S. Nous reviendrons plus loin sur ce passage. Mais remarquons dès niiiintenant qu'ailleurs (VII, m, 4) Eudème semble nier ce qu'il avance ici : « Dieu n'aime pas à son tour comme il est aimé, et il serait ridicule de le lui reprocher : le propre du supérieur c'est d'être aimé, non d'aimer. » 11 est vrai qu'il ajoute : « ou d'aimer d'une autre manière. »

',5'.).ïÏTai, ■?, TiT) aîp/CpVT'. y.al àoyo[J.i'^ti)- '^'.Aî'ïOa'. \'3.Çj, où s:Aîîv, toô oîp/ov- -o;, •?, a-.XîTv ôXacv tootov.

:;. F.lh. Einl.. VII. XV. il la fin. Nous reviendrons aussi sur ce passage.

INÏllODLCTION. Il

vertu est excellente parce qu'elle mène à Dieu'. La Grande Morale^ bien mal nommée, puisqu'elle est la moins importante des trois principales œuvres morales contenues dans les écrits d'Aristote , la Circmde Morale a tellement le caractère d'un résumé qu'on a pu se demander si le titre qu'elle porte n'avait pas pour origine une erreur de copiste : 'j.iyxly.^ au lieu de v.izy'/.y.iy.- . Quoi qu'il en soit, la

1. Voir encore Eth. EmJ., VII, xiv, 21-23. T6 ôè ^T,Toâ;j.svov tout' ïtt:', tî; •f, Tf,; x:v'f,T£(j>î a,o/r, sv Tr, '-J''-'/.^' •^'''i^o^ Stj, to^irsp iv tw SXu, 6îôc -axI iv r/.civw. Klvîï '^ip ttw^ —ivTx tô iv T,;jirv Oîïov. Aôy^i'-' 3' àp/T, où AÔyo;. àA/,â Ti y.pîrTTOV. Tî O'jv âv -/pîrTTOv y.al i—'.i~r,'j:r,^ e"— oi, ~)vT,v 6îô;; 'H •'àp àpîT'f, ToO voû ô'pvavciv 7.aî ô:i to'jto o: TriÀa'. £)>cyov, ï-jt-j/ôî; xa- AO'jVTai û'i àv ôp|j.ï,!jco5L xaTop6o'jv àtXoyoi cIvt£; -/al |io'j).c56a'. O'J (7'j;j.-^î'pî'. xJToT; • ïyryjs'. yàp ipy-y^w To;a'JTT,v r, vtpîÎTTdJV toû voO xal tt,; JjO'jXt,7c(jj;... •I>avîp6v îÈ oTi 6'jû îl'oT, £'jT'j/îa;' f, ;j.iv Oîîa- oiô y.ai ooxsï ô sûtu/^,:; oià fJîov y.aTopÔG'jv. « Ce qui met tout eu bi'anle dans l'àine, c'est Dieu. Le principe de la raison, ce n'est pas la raison, mais quelque chose de supérieur : et que peul-il y avoir de supérieur ii la science même, si ce n'est Dieu? La vertu est comme l'organe, l'instrument de l'intelligence; mais il peut arriver qu'on réussisse en ce qu'on fait par une sorte d'instinct, sans réflexion, et le vouloir ne sert plus de rien : c'est que l'on a alors en soi un principe d'action supérieur à linleiligence et à la volonté. Il y a donc une sorte de bonheur qui est divin. Dans le cas qui vient d'être indiqué, celui qui est heureux réussit, non par lui-même, mais par Dieu. » Placer la raison discursive et la science au-dessous de l'intelligence pure, c'est très conforme à la doctrine d'Aristote; mais n'y a-t-il pas ici, dans la manière dont celte vue est présentée, quelque chose de platonicien? L'influence et le souvenir de Platon se montrent encore plus dans ce qui est dit de cette bonne fortune (î'jT'j/îa) qui est en même temps bonne conduite (xaTop6o'jv), et qui, sans raison et sans volonté, dénote quelque chose de supérieur à l'intelligence même (Dieu est mis au-dessus de l'inlelligence, ce qu'Aristote ne ferait point). Tout ce passage rappelle la théorie du délire divw, 6ï(a uavîa, dans le l'hrdre de Platon (2oG D), et fait aussi penser par avance à Plotin parlant de cette ivresse causée par le nectar divin, ivresse qui vaut mieux que la calme et froide sagesse : les inspirés ne manquent pas de raison, ils ont plus et mieux. Eudème em[iloie le mot ÈvOo'j^'.aTaoî : ils ont Dieu en soi.

2. Conjecture de Trendclenhurg. 'liOiy-wv y.f^ihx:-z ou -r.O'./wv ;j.î-;'âA'ov y.:-;âAï'.a.

12 INTIIODL'CTION'.

doctrine d'Aristote se trouve, dans ce traité, modifiée en plusieurs endroits. Eudème semble souvent suivi de préférence à Aristote, mais Eudème à son tour est abandonné. L'auteur choisit entre ses deux guides, et ne se livre jamais complètement ni à l'un ni à l'autre. Il est moins religieux qu'Eudème : il déclare nettement qu'une relation affectueuse ne peut s'établir entre l'homme et Dieu, et même qu'aucun sentiment d'amour ne saurait avoir Dieu pour objet ' : on serait ridicule de prétendre aimer Jupiter. D'autre part, il écarte, comme Eudème, les hautes conceptions métaphysiques, et se réduit volontiers à la pure pratique. Aristote, ayant à cœur de faire de la morale une étude distincte et propre [-pxy[j.xzeix, ui9:hç), renvoie souvent ailleurs d'importantes questions [xlloroixç «r/é- •liO)i i/.v ûr^ : c'est par scrupule de méthode. L'auteur de la Grande Morale en ajournant ces questions semble n'en avoir guère souci, et sa philosophie des choses humaines ne repose plus sur une philosophie générale ferme et profonde. La grande théorie de la puissance et de l'acte est réduite, ou à peu près, à la distinction commune entre les facuhés ou tendances et les faits actuels qui en sont les manifestations. Les vues d'Aristote sur la félicité et la contemplation ne se retrouvent plus que rarement, et en général bien amoindries. La pensée de l'auteur ne semble pas toujours très sûre d'elle-même. S'il lui arrive de dire avec Aristote que

1. Mn'jn. Moi-.. II. xr. 'Il o£ -c6: O£07 -çwJ.t. o-Joâ àvxiïiAcTjOai ii/z-zu:,

1NT1!0DI:CTI0N. 13

Dieu est au-dessus de la vertu (ô ^àp 6cc; ^Hx-mv rnz àperÀ^)', c'est après avoir dit dans un autre chapitre que la vertu est au-dessus de tout {cvàïv fiilztsv z-n; àptToq)-. Il réserve la louange aux seules vertus morales proprement dites, et il déclare que la prudence, la sagesse, et en général les vertus intellectuelles ne sauraient en aucune façon l'obtenir, ce qui signifie dans son langage qu'elles n'ont aucune valeur morale ^ ; mais plus loin il énonce l'assertion absolument contraire, et dans les mêmes termes. A la sagesse pratique (œpcV/37:ç) il accorde expressément la louange \ Quant à cette sagesse spéculative, cette sagesse proprement dite (o-î(pta), qui était pour Aristote le terme suprême de l'activité humaine, la suprême félicité, une chose vraiment divine dans l'homme mortel, qu'en fait l'auteur de la Grande Morale ? 11 lui conserve le rang élevé que lui assignait Aristote, et il trouve même pour en marquer l'excellence de belles expressions. Aristote parle dans la Politique de la noble liberté du citoyen que l'active vigilance d'un intendant dispense d'entrer dans le détail de ses affaires'': l'auteur de la Grande Morale applique cela à la r.'dson pratique et à la sa-

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