‹ Essai sur la morale de Port-RoyalChapitre 4 sur 40 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

ExPOSÉ DES ÉLÉMENTS LA PATERNITÉ SPIRITUELLE DE SAINT PAUL ET DE SAINT AUGUSTIN

Que l'habitude, la négligence, la paresse naturelle à . l’homme aient amené les êtres à considérer dans l'Eglise les relâchements des règles et les abus conséquents comme les règles elles-mêmes, qu’elles aient aussi réussi à tromper des âmes candides mais dépourvues de force jusqu’à leur faire voir tout essai de réformation morale comme une atteinte inadmissible à l'immutabilité de l'Eglise et un doute insolent de la parfaite rectitude de ses mœurs, que cette confusion de l'indéfectibilité de la foi à l’intérieur de l'Eglise avec une impeccabilité morale — qui serait d’ailleurs contre les faits et aussi contre les avertissements de l'Ecriture — ait entraîné comme un renversement de la valeur des autorités, c’est contre quoi s'élève Arnauld dans la préface de son livre de la « Fréquente communion ».

Tentant de délier les enchevêtrements causés par de telles erreurs, c’est au retour à une vie plus proche de celle de la primitive Eglise qu’il engage à s’efforcer. Et contre ceux qui prétendent qu'il n'en peut plus être ainsi et qu'il y a scandale à vouloir déranger par de trop rigoureuses lois les règles d’une présente habitude, il n'aura qu'à retourner à l'esprit de juste réforme du Concile de Trente pour pouvoir répliquer que si ce Concile n’a pu — comme il l'aurait voulu — ramener les mœurs du peuple chrétien exactement analogues à celles des premières années de la

foi, au moins engagea-t-il tous les prélats à réformer par étapes, en des conciles provinciaux, les mœurs dépravées des troupeaux dont ils avaient la charge. Il ne trouvera de plus belle illustration que l'exemple de saint Charles Borromée.

« IT est vrai — dit-il de l’Archevêque de Milan — que quand je considère la constance et la vigueur avec laquelle ce grand Saint a soutenu la discipline ecclésiastique et quand je me représente la manière dont il parle et dont il agit dans les Conciles, je ne puis que j'’admire combien ses pensées étaient différentes de celles de quelques-uns, puisque s'ils rejettent cette pratique de la pénitence confirmé par les Papes et par les Pères, comme trop ancienne et trop éloignée de nous, ou même comme téméraire, si nous croyons l’Auteur de cet Ecrit (1), il faudra en même temps qu'ils condamnent cet homme divin, qui n’a cru faire autre chose en tout ce qu'il a fait qu'exéouter le Concile de Trente, »

Car ce sera sur la nécessité d'une juste pénitence et sur la condamnation d’une communion qui ne serait trop fréquente que parce que légèrement, frivolement accomplie, que roulera la discussion.

Sur la distinction des deux principes « que l'Eglise est incorruptible dans sa foi et l’autre qu'elle est corruptible dans ses mœurs en la plupart de ses membres et qu'elle dégénèrera toujours peu à peu de sa première pureté à mesure qu'elle s’avancera vers la fin du monde », Arnauld établira la nécessité de toujours recourir aux réformes. Cette distinction de l’'indéfectibilité de la foi dans l'Eglise et de la non-incorruptibilité des mœurs, il en soulignera l'importance et il montrera que cette distinction, les hérétiques ne surent la faire ; distinction que rétablit le cardinal du Perron pour répondre à l’objection que le roi d'Angleterre — comme chef de l'église anglicane —- faisait sur la dépravation des mœurs catholiques. Les exemples des saints qui osèrent prôcher le besoin d’une répréhension des relâchements et la condamnation des fautes viennent nom-

(1) L'Ecrit du Père Pétau auquel le sien est une réponse.

breux sous la plume d'Antoine Arnauld, mais il s'arrête particulièrement sur l'exemple de saint Bernard, puisqu’il nous dit ; « Ce grand Saint est considéré de plusieurs, non seulement comme le Père de la dévotion, mais encore tout plein de ce miel et de cette douceur de piété qui est estimée en çe temps ; de sorte qu'il fera voir clairement que la véritable douceur de la dévotion n’est point incompatible avec une force extraordinaire et une apparente sévérité. »

( Les lignes oïitées de saint Bernard ont trait justement à la dépravation des mœurs dans l’Eglise de son temps et le saint ne manque pas d'aller jusqu’à dire : « Ils sont ministres de Jésus-Christ et ils servent l'ennemi de Jésus- Christ ». Entre le xr11° et le xvr1° siècle on sent Arnauld tout prêt à trouver de nombreuses ressemblances. Et d’ailleurs comme c’est une menace qui pèse toujours sur l'Eglise il trouvera excellente la parole d'un Père de l'Eglise grecque, saint Grégoire de Nazianze, qui nous dit qu’eneore que nous ne puissions empêcher les désordres, nous devons porter notre dévotion à les haïr et à en être touchés de honte et de confusion. Et comme pour donner un exemple proche et présent des bienfaits de la pénitence, l’auteur de la Fréquente communion rappelle l’histoire de ce village de Saint-Maurice du diocèse de Sens où le euré . Hamel rétablit toute l’ancienne discipline de la pénitence et où l’on vit les pénitents demander d'eux-mêmes par zèle et scrupule l'augmentation de la durée et de la rigueur de leurs peines. Arnauld d’insister sur le complet mépris de ces fidèles pour les moqueries que les autres purent faire sur leur conduite ; de souligner leur dépouillement de tout respect humain corroborant par leurs actions ce que pensa saint Augustin de l’incompatibilité de la pénitence avec la crainte de la confusion et de la honte. C'est une pensée importante que celle de Fhumiliation nécessaire, pensée à laquelle il reviendra quand au courant du livre, voulant prouver la nécessité qu'il y a à faire pénitence, même pour des fautes vénielles, il citera ce que rapporte saint Ambroise de l'Empereur Théodose : « Stravit omne quo utebatur insigne regium deflevit in Ecclesia publice peccatum suum, quod ei aliorum fraude obrepserai,

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gemitu et lachrymis oravil veniam. Quod privatu erubescunt, non erubuit Imperator publice agere poenitentiam, neque ullus postea dies fuit, quod non illum doleret errorem. » (2)

Donné en exemple, en excitant à la sévérité que nous devons apporter dans la pénitençce et dans la communion, le cas soulève aussi des réflexions sur le fondement moral de l'humilité, sur ses formes psychologiques et ses diverses difficultés sociales. Pour montrer que quelque dur que dût être à notre amour-propre l’humiliation de la pénitence, nous n'en étions pas pour autant dispensés d’en triompher ou tout au moins de lutter, Arnauld ne devait pas être peu heureux de pouvoir offrir comme paradigme le souvenir de ce victorieux repentir : le repentir public d’un Grand de la terre.

L'essentiel de ses intentions se trouve résumé à la fin de son livre quand, en réponse au Père Pétau, l’auteur d’un traité dont le sien est la réfutation, presque chapitre par chapitre, il remarque que si, selon le Père Pétau, « le plus grand malheur pouvant arriver à l'Eglise c’est qu'il se puisse trouver des gens qui, faisant profession de vivre vertueusement, détournent les âmes gouvernées par ceux de communier souvent et que c’est ainsi stratagème du Diable puisqu ‘il ne peut venir du Saint-Esprit, l'Eglise et les saints régis par lui ayant sentiment contraire. », ce ne sont là que malheurs imaginaires. Malheurs imaginaires, explique-t-il, puisqu'il ne s'agit de détourner de la communion que ceux qui mènent mauvaise vie et désirent la communion sans changer, sans pénitence, sans intention ferme de se corriger et de donner satisfaction ; simplement après des confessions de pure formalité lesquelles lui devaient apparaître comme autant de sacrilèges.

Toute la pensée d'Arnauld se trouve éclairée alors que, prenant saint Augustin comme guide, il montre que la Justice de Dieu peut bien être adoucie par sa miséricorde, mais qu'elle ne peut être absente. Le péché ne peut rester impuni et c’est bien Jà qu'est l'exigeante nécessité de la péni-

(2) Saint Ambroise. Or fun. Theodose.

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