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tence : offrir satisfaction pour que le Père remette la peine parce qu'elle aura été désirée dès ici-bas et maintenant par le pécheur repentant. Qu'il réponde comme David : « La raison pourquoi je vous supplie de me pardonner c’est que Je ne me pardonne pas à moi-même », c’est le discours que le pécheur se doit à lui-même. Ainsi se trouvera dissipée une confusion. « Soyez rigoriste pour vous-mêmes, si vous ne voulez qu'on ait à l'être contre vous... ».
Donc, la traditionnelle habitude d'éloioner les grands pénitents un certain temps du Sacrement de l'autel avait son fondement dans un tel souci. Or, Arnauld ne prétend pas défendre une autre position.
Dans une réponse manuscrite [imprimée d’après l’original dans les œuvres complètes d’Arnauld] à un sermon du Père Nouet où celui-ci fait remarquer (3) que si, au temps des persécutions, quand la vertu était si grande, les chrétiens communiaient tous les jours, que ne devraientils point faire aujourd’hui que la vertu est devenue si languissante et qu'ils ont tant besoin de cette force... Arnauld s'écrie indigné : « Prodigieux raisonnement, indigne d’un prêtre, indigne d’un chrétien, indigne d’un homme qui ait la moindre connaissance de la grandeur ineffable de ce Sacrement auguste !... ». Tout le reste du texte est marqué d'un sentiment d’une adoration écrasée de crainte qui aboutit à ces conditions précises pour la communion : «© IT faut pratiquer parfaitement le jeûne qui consiste à s'abstenir des vices, afin de ne recevoir ce Sacrement que dans Ja plénitude de Ia vertu ; il faut même que les personnes vertueuses aient soin de se purifier des taches et des fautes dans lesquelles la fragilité humaine tombe sans cesse, de peur que l’âme, s’en remplissant peu à peu, ne perde le fruit du rassasiement intérieur, il faut demeurer en Jésus-Christ par la foi et les bonnes œuvres. »
Rien n’est évidemment plus orthodoxe que ces der-
(3) La remarque du Père Nouet n'est peut-être pas à rejeter. L'indignation du grand Arnauld peut quand même montrer une certaine « absence de confiance ».. Nous tenterons de l’analyser dans la con-
clusion,
niers mots, Mais en prenant position contre l'ouvrage laxitaire et défendant ce qu’il eroyait être la seule vérité, risquait-il de brouiller peut-être des intentions qui, étant différentes, pouvaient avoir quand même leur raison d’être avant qu'y vinssent incliner les sentiments actuels de l'Eglise. Mais ce ne sont là que conséquences imprévues. Au moins le grand Arnauld faisait-il justice des basses çalomnies et des accusations imbéoïles, Quand le jésuite — le Père Nouet — monta en chaire pour avertir ses auditeurs que ceux qu’on savait déjà être contre les communions fréquentes étaient aussi contre les confessions fréquentes, il le confondit en dévoilant d’ailleurs la malhonnéteté de ses propos. En effet, les paroles du janséniste sont alors sans équivoque possible,
« Si vous entendez parler des confessions qui sont en usage parmi les gens de bien pour les péchés véniels c'est une calomnie grossière qu'il y ait des personnes de vertu qui trouvent mauvais que l’on se confesse souvent en cette manière. Que si vous comprenez dans cette coutume de se sonfesser souvent les fréquentes confessions de tant de personnes qui, vivant dans le désordre et dans le vice et commettant sans cesse des péchés mortels, se contentent de les raconter souvent à un prêtre, sans jamais sen corriger, je ne ferai point de difficulté de vous dire après un grand Pape, que d'approuver que les hommes se jouent ainsi pérpétuellement des Sacrements de Jésus-Christ, ce n’est pas los traiter avec indulgence mais consentir à leurs orimes : « Remitti culpa de prœæterito potest correetione sine dubio subsequente ; nam si deinceps sinitur mansura perversitas, non est benignitas remittentis séd consentientis assentia », dit le Pape Gélase. » (4)
Sans penser aucunement à disputer Arnauld sur sa position, on peut néanmoins pressentir 6e qu'elle pouvait offrir de dur au moins en apparence ét comment elle pouvait entraîner les futurs confesseurs dans un souci peut-être exagéré de ne pas donner l’absolution pour le même péché encore que le pécheur ait lutté. Le danger était d'être com-
(4) Pape Gélase. Ep. 3,
pris à tort ; on l’a bien vu, Si l'on a soin de ne pas omettre de faire intervenir la FD d'une part, le besoin de réagir contre un terrible relâchement des mœurs d'autre part et enfin les déformations fatales des choses humaines, peut-être comprendra-t-on mieux le plat et infécond rigorisme qui sévissait encore au siècle dernier. Si éloigné qu'il fût de la véritable éthique port-royaliste encore qu'on ne laissa pas, bien légèrement, de taxer de jansénisme toute rigueur, il faut bien admettre qu'à défaut d'une parenté doctrinalé, on pourrait en trouver une dé psychologie à Condition il çst vrai de savoir les équivoques de cette chose.
. Aux dernières paroles du jésuite sur les deux précipices à éviter : « Vae ei qui non eommunicat, et vae iterum ei qui indigne communicat », alors que celui-ci engage à communier souvent afin de communier dignement et qu’il veut que la première communion soit une préparation à la seconde et la seconde une préparation à la troisième ; Arnauld brûle les étapes et répond avec saint Ambroise de vivre de telle sorte que nous méritions de communier tous les jours. L'on sait ce que veulent dire ces mots sous la plume du grand théologien port-royaliste, On ne peut pas . ne pas voir qu'il vise la perfection, On a dit bien souvent du jansénisme qu'il avait erré par la confusion du précepte et du conseil et qu'il y avait chez ces directeurs d’âmes d'élite une ignorance des pauvres du Spirituel, les terribles difficultés que rencontre déjà une âme ordinaire à suivre les préceptes suffisant pour ne pas ériger l'invitation des conseils en des commandements comminatoires. Mais pour être juste, faut-il aussi ne pas oublier de voir la volonté intéressée des autres de bien profiter pour leur repos, de la parfaite distinction des deux ordres, voire même de
leur opposition.
ExPOSÉ PES ÉLÉMENTS
J'ai commencé cette étude par un bref aperçu du livre de La Fréquente Communion et des discussions qui fusèrent à son propos parce que le sujet du sacrement de la